Adil Charkaoui obtient sa citoyenneté après 19 ans d’attente

Adil Charkaoui montre un signe de victoire en 2009 alors que son avocate et lui ont réussi à faire invalider les deux certificats de sécurité lancés contre lui par le ministre de l’Immigration.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Adil Charkaoui montre un signe de victoire en 2009 alors que son avocate et lui ont réussi à faire invalider les deux certificats de sécurité lancés contre lui par le ministre de l’Immigration.

Adil Charkaoui est officiellement devenu citoyen canadien jeudi, la première de trois étapes dans son combat pour laver son honneur.

 

M. Charkaoui n’y croyait presque plus, surtout avec le durcissement du gouvernement Harper, qui ne voulait même pas reprendre Omar Khadr de la prison de Guantánamo. « Je suis agréablement surpris, surtout que ça ne vient pas d’un gouvernement modéré », dit-il.

 

Sa mère, son père, sa femme et ses enfants étaient tous citoyens canadiens. Adil Charkaoui a dû patienter 19 ans avant de pouvoir en dire autant.

 

M. Charkaoui a fait l’histoire du droit canadien. Il a combattu avec succès deux certificats de sécurité lancés contre lui par le ministre de l’Immigration, afin de le renvoyer dans son pays d’origine, le Maroc. Les autorités le soupçonnaient d’être un « agent dormant » du réseau terroriste al-Qaïda.

 

M. Charkaoui et son avocate de la première heure, Johanne Doyon, ont réussi à faire invalider les deux certificats de sécurité en 2007 et en 2009.

 

Selon la Coalition justice pour Adil Charkaoui, l’octroi de la citoyenneté canadienne par Ottawa est « une admission définitive par le Canada que les deux certificats de sécurité […] furent des erreurs monumentales d’utilisation d’un processus fondamentalement injuste, raciste et islamophobe ».

 

Poursuite de 26 millions

 

M. Charkaoui avait été arrêté en 2003. Il a séjourné 21mois en détention préventive et il a dû porter par la suite un bracelet électronique (une première au Canada) pendant quatre ans et demi.

 

Lors de sa victoire en 2009, il avait demandé au gouvernement fédéral de lui accorder sa citoyenneté, de lui faire des excuses publiques et de lui verser la somme symbolique de 1 $.

 

En 2010, ses demandes ont gonflé. Il a intenté une poursuite de 26 millions contre le fédéral pour atteinte à sa réputation, et pour son arrestation et sa détention jugées abusives. « Mon objectif, ce n’est pas d’obtenir des millions, au contraire. C’est de rétablir ma réputation », explique-t-il.

 

En novembre dernier, le professeur montréalais a remporté une importante manche. La Cour supérieure a forcé la Gendarmerie royale du Canada (GRC), le Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS) et l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) à lui remettre des documents secrets à son sujet, tels que des rapports de filature et des conversations d’écoute électronique.

 

Adil Charkaoui a « des boîtes et des boîtes » de CD à étudier. Il ne souhaite pas passer une autre décennie de sa vie dans les procédures judiciaires, et il espère encore de conclure « une entente à l’amiable » avec le gouvernement fédéral.

 

Adil Charkaoui enseigne au secondaire et fait un doctorat à l’Université de Montréal. Il est aussi président du Centre communautaire islamique de l’est de Montréal.

 

Lors des dernières élections, il fut l’un des plus volubiles opposants à la charte de la laïcité, ce qui lui a valu des critiques acerbes. Le centre a été vandalisé à plus d’une reprise, et M. Charkaoui ne compte plus le nombre de lettres haineuses qu’il a reçues.

 

« C’est la preuve que les dommages à ma réputation sont profonds », estime-t-il.

 

En août 2013, il avait défendu le droit de deux prédicateurs islamistes français de donner une conférence à Montréal, même s’ils entretenaient une vision sexiste et misogyne de la place des femmes en société. Le Palais des congrès avait finalement annulé la conférence.

 

Adil Charkaoui avait défendu la venue des prédicateurs radicaux au Canada au nom de la liberté d’expression. « Je n’ai pas cautionné ces prédicateurs, mais c’était de l’islamophobie de leur interdire de venir au Canada », estime-t-il.

5 commentaires
  • Jacques-Hugues Bérubé - Inscrit 26 juillet 2014 16 h 34

    Qui sont les vrais intégristes?

    Les autorités soupçonnaient Adil Charkaoui d’être un « agent dormant » du réseau terroriste al-Qaïda.

    Nous pouvons non pas soupçonner, mais affirmer que le gouvernement conservateur de droite de Stephen Harper est constitué d'intégristes (non-dormants) chrétiens pro-israélien et pro-industrie pétrolière qui représentent un réel danger pour la démocratie, pour la valeurs sociales et pour l'environnement.

    Pas de certificats de sécurité ou de bracelets pour eux

    • Nicole Moreau - Inscrite 27 juillet 2014 07 h 50

      l'un n'exclut pas l'autre, il me semble, quand on parle d'intégriste

  • Isabelle Guillemette-Bilodeau - Inscrite 27 juillet 2014 10 h 52

    Misogynie

    "Adil Charkaoui avait défendu la venue des prédicateurs radicaux au Canada au nom de la liberté d’expression. « Je n’ai pas cautionné ces prédicateurs, mais c’était de l’islamophobie de leur interdire de venir au Canada », estime-t-il."

    Personne ne leur a interdit de venir au Canada mais la direction du Palais des congrès avait parfaitement le droit d'annuler la conférence. L'utilisation de ce bâtiment est un privilège, non un droit.

    De plus, de vrais islamophobes auraient efusé de louer ses locaux à des musulmans dès le départ car ils ne feraient pas la distinction entre ceux qui tiennent des discours misogynes et les autres. Personne ne dénonce les musulmans respectueux des droits des femmes. C'est plutôt Adil Charkaoui qui prétend qu'interdire la venue de prédicateurs misogyne est de l'islamophobie qui a l'air de penser que la misogynie est indissociable de l'islam.

  • Yvon Bureau - Abonné 27 juillet 2014 14 h 14

    Tout

    ce qui n'est pas dit et écrit! Et que de gros et grands mots utilisés.

    L'avenir nous apprendra plus.

  • Lise Bélanger - Abonnée 28 juillet 2014 13 h 27

    Le fait que des membres de sa famille soient déjà citoyens canadiens exprome bien le fait que M. Charkaoui était refusé pour une raison sérieuse.

    Est-il réellement un agent dormant d'al Quaïda? Peut-être. Directeur du centre islamique, cela me rend plus que perplexe.

    Cet homme n'est pas pour l'égalité des femmes. Ceci nuit à l'évolution de nos sociétés occidentales, tant pour nos fille que nos fils. Je trouve dommage d'avoir à régresser à cause de ce genre de mysoginie.

    Je ne me réjouis pas de la présence d'une telle personne au Québec.