Des centaines d’intellectuels dénoncent le soutien du Canada à Israël

En plus des différentes manifestations de soutien pour l’un ou l’autre camp tenues ces derniers jours à Montréal, des comportements jugés haineux ont été répertoriés et signalés aux autorités policières, qui disent les prendre «très au sérieux».
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir En plus des différentes manifestations de soutien pour l’un ou l’autre camp tenues ces derniers jours à Montréal, des comportements jugés haineux ont été répertoriés et signalés aux autorités policières, qui disent les prendre «très au sérieux».

Près de 500 universitaires, juristes et défenseurs des droits de la personne ont accusé jeudi le gouvernement de Stephen Harper de « discréditer » le Canada en adoptant une position « déséquilibrée et partisane » exagérément pro-israélienne dans le conflit actuel.

Après avoir rappelé le lourd bilan humain des affrontements, les signataires de cette lettre ouverte publiée par le Globe and Mail estiment que « le mépris pour le droit international exprimé par le silence du Canada sur de potentielles violations très graves [des règles de la guerre] discrédite le Canada ».

Allié inconditionnel d’Israël, le gouvernement conservateur de M. Harper n’a eu de cesse de rappeler son droit à se défendre depuis le début des hostilités, il y a 17 jours, sans toutefois l’appeler à la retenue à Gaza comme Washington a pu le faire.

Ottawa a dénoncé mercredi l’ouverture d’une enquête de l’ONU sur les éventuels crimes de guerre commis par l’armée israélienne dans la bande de Gaza lors de l’actuelle opération Bordure protectrice.

« [Nous] sommes profondément perturbés par la position déséquilibrée et partisane adoptée par le gouvernement canadien et les parties politiques fédéraux », écrivent les auteurs de cette lettre.

« L’adoption d’une telle position manichéenne nuit aux propres objectifs de politiques étrangères [du gouvernement canadien], à savoir la conclusion d’un accord de paix global, équitable et durable entre Israël et la Palestine », remarquent les signataires.

Les 500 personnalités concluent leur lettre en estimant que, « plutôt que de garder le silence face à ces violations du droit international humanitaire, un vrai ami devrait agir avec responsabilité et appeler Israël à y mettre fin ».

En réaction, un porte-parole du ministère canadien des Affaires étrangères, Adam Hodge, a souligné que « le Canada regrette les morts et les souffrances de civils innocents à Gaza ». Toutefois, a-t-il insisté, « le Hamas et ses alliés portent l’entière responsabilité » de ces pertes.

Estimant que l’armée israélienne a « pris des mesures exceptionnelles pour réduire les pertes civiles », M. Hodge a fait valoir qu’Israël « devait être loué et pas critiqué pour ses efforts ».

Amnistie internationale interpelle John Baird

Dans un autre texte diffusé séparément jeudi, l’organisation de défense des droits de la personne Amnistie internationale interpelle le chef de la diplomatie canadienne, John Baird, à propos également du conflit israélo-palestinien.

Demandant qu’Ottawa « insiste pour que l’escalade rapide de ces violations — perpétrées par les deux parties en cause — cesse immédiatement », Amnistie se dit « grandement préoccupée que le gouvernement du Canada n’ait pas, jusqu’à maintenant, condamné énergiquement la nature de l’offensive militaire lancée par le gouvernement israélien ».

Au 17e jour de l’offensive israélienne sur Gaza, les secours ont recensé 798 Palestiniens tués, dont 15 jeudi dans le bombardement d’une école de l’ONU, et plus de 5000 blessés. Trente-deux soldats israéliens ont perdu la vie ainsi que deux civils israéliens et un ouvrier thaïlandais.

Agressions contre des juifs à Montréal : du « jamais vu »

Le sanglant conflit israélo-palestinien semble faire des dommages collatéraux jusqu’à Montréal, où des comportements jugés haineux ont été répertoriés et signalés aux autorités policières au cours des derniers jours.

Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes – Québec (CIJA-QC) a déploré jeudi le fait que des juifs ont récemment été la cible de violences physiques et de harcèlement dans la métropole.

Le porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), le commandant Ian Lafrenière, a confirmé qu’un certain nombre de plaintes avaient récemment été déposées auprès des autorités.

« C’est très difficile de pointer précisément le nombre, parce que c’est une situation qui 
évolue. Nous, on parle de quelques cas »
, a-t-il affirmé avant de préciser que le nombre de plaintes était de « moins d’une douzaine ».

Le réseau de télévision anglophone CTV a rapporté mercredi qu’un touriste juif d’origine française a été frappé au visage par un individu alors qu’il sortait d’un restaurant casher situé sur le chemin Queen-Mary, à Montréal.

Le CIJA-QC cite également le cas d’une voiture décorée de croix gammées et d’une inscription injurieuse à l’endroit d’Israël qui aurait circulé sur la côte Sainte-Catherine, à Outremont — quartier à forte concentration de résidants d’origine juive — avec à son bord deux occupants qui brandissaient des drapeaux palestiniens.

C’est du « jamais vu », a déploré le directeur associé aux affaires publiques au sein de l’organisation, David Ouellette, qui est en poste depuis 2006.

« On n’a jamais vu des cas de juifs agressés ou harcelés dans un contexte quotidien. Nous sommes très troublés de voir qu’il y a des éléments au Québec qui souhaitent importer la haine et la violence d’ailleurs », a-t-il dénoncé.

Il y a pourtant eu pendant cette période le conflit entre le Hezbollah et Israël (2006) ainsi que deux offensives de Tsahal contre Gaza (les opérations Plomb durci en 2008 et Pilier de défense en 2012).

M. Ouellette suggère que cette animosité pourrait s’expliquer par une « radicalisation des militants ».

Le commandant Lafrenière n’a pas voulu se lancer dans les comparaisons. Il s’est contenté d’affirmer que tout crime haineux, peu importe le motif, est inacceptable et que le SPVM prend ces cas au sérieux.
La Presse canadienne


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