Plus de 3 millions de dollars dorment dans les coffres d’Ottawa

Pendant que les refuges pour personnes sans abri fonctionnent au maximum de leur capacité à Montréal en dépit du temps chaud, des millions de dollars destinés à la lutte contre l’itinérance dorment dans les coffres d’Ottawa. Une situation qui dure depuis des mois, le gouvernement du Québec étant incapable d’en arriver à une entente avec le fédéral.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Pendant que les refuges pour personnes sans abri fonctionnent au maximum de leur capacité à Montréal en dépit du temps chaud, des millions de dollars destinés à la lutte contre l’itinérance dorment dans les coffres d’Ottawa. Une situation qui dure depuis des mois, le gouvernement du Québec étant incapable d’en arriver à une entente avec le fédéral.

Des organismes qui viennent en aide aux personnes sans abri accusent le gouvernement fédéral de retenir des fonds destinés à la lutte contre l’itinérance. Plus de 3,2 millions de dollars dormiraient actuellement dans les coffres du gouvernement fédéral parce qu’Ottawa et Québec ne parviennent pas à s’entendre sur le type de projets auxquels ils devraient être destinés, ont-ils dénoncé mardi.

 

Au coeur d’Hochelaga-Maisonneuve, le tristement célèbre 3911, rue Sainte-Catherine Est est là, vide et barricadé depuis de nombreux mois. L’édifice de brique rouge, autrefois perpétuellement le théâtre de transactions de drogue et de prostitution, a été racheté à l’automne dernier par l’organisme de logement communautaire L’Avenue, qui souhaite le convertir en 29 unités de logement social destinées aux jeunes adultes dans le besoin âgés de 18 à 29 ans. Un projet qui doit, en principe du moins, bénéficier de la Stratégie de partenariats de lutte contre l’itinérance (SPLI), offerte conjointement par Ottawa et Québec. Or, comme d’autres, L’Avenue attend toujours que le gouvernement fédéral confirme qu’il reconduira son engagement.

 

Voilà près d’un an que des pourparlers sont en cours entre le gouvernement du Québec et Ottawa concernant le renouvellement de la SPLI jusqu’en 2019. Des 7,8 millions y étant consacrés, près de 40 % demeurent intouchés en raison de la volonté du gouvernement conservateur de rediriger ces fonds vers un seul programme, « Logement d’abord », affirme le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM).

 

« L’approche Logement d’abord du gouvernement fédéral consiste à louer des logements vacants ici et là. Ces ententes-là sont temporaires. Si je suis propriétaire de logements vacants, pendant un an ou deux, je vais peut-être vouloir louer à un sans-abri, mais après, je vais vouloir y mettre un terme. Il n’y a aucune permanence, contrairement à des projets comme celui de L’Avenue : les logements seront encore là après que les gens s’en soient sortis pour servir à d’autres », illustre Pierre Gaudreau, le coordonnateur du RAPSIM.

 

Par l’entremise de la SPLI, le gouvernement fédéral apporte depuis plus de 12 ans un soutien aux organismes d’aide aux sans-abri, ayant notamment permis la construction de plus de 900 unités de logement leur étant destinées.

 

Pourparlers en cours

 

L’Assemblée nationale avait adopté à l’unanimité, le 30 avril 2013, une résolution demandant la reconduction sous sa forme actuelle de la SPLI, « en respectant les orientations québécoises en matière de lutte contre l’itinérance ». Une approche comprenant une diversité de programmes qui répondent ainsi mieux à la réalité des personnes itinérantes, de l’avis des députés québécois et de l’opposition officielle à Ottawa.

 

Plus d’un an plus tard, les négociations sont toujours en cours, selon le cabinet de la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse et à la Santé publique, Lucie Charlebois.

 

« Ce que l’on souhaite, c’est une approche beaucoup plus globale » que ce que propose Ottawa, explique l’attachée de presse de Mme Charlebois, Alexandra Bernier. « Logement d’abord, c’est une chose. Il y a d’autres priorités qu’on doit prendre en considération, il y a d’autres programmes et services qui pourraient être envisagés. »

 

Ces doutes quant à l’avenir de la SPLI subsistent alors que le phénomène de l’itinérance ne cesse de prendre de l’ampleur selon le RAPSIM, qui regroupe 102 organismes de lutte contre la pauvreté. De nombreux refuges pour personnes sans abri fonctionnent actuellement au maximum de leur capacité à Montréal. Les centres pour hommes auraient connu une hausse de 4 % de leur achalandage l’hiver dernier. Dans les centres d’hébergement pour femme, le taux d’occupation atteignait 125 % la semaine dernière. Il y aurait plus de 30 000 sans-abri à Montréal, dont un peu moins du tiers seraient des femmes.

Plus de soins, pas de Taser, demande le Réseau d’aide aux itinérants

La mort d’un itinérant sous les balles d’un policier dans le métro de Montréal, en 2012, aurait pu être évitée si de meilleurs services sociaux avaient été dispensés par la province, estime le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes (RAPSIM).

Le Bureau du coroner concluait en début de semaine que la mort du Canado-Iranien Farshad Mohammadi, qui souffrait de problèmes psychologiques, était évitable. Il enjoint à Québec d’améliorer l’aide offerte aux itinérants et suggère d’étendre l’utilisation de pistolets électriques (« Tasers »). « Encore une fois, des policiers se sont retrouvés en première ligne d’intervention auprès d’une personne nécessitant des soins de santé et des services sociaux plutôt qu’une intervention policière », écrit le coroner Jean Brochu dans sa décision.

Le RAPSIM rappelle que ces dispositifs peuvent eux aussi causer la mort lorsque mal employés, et demande à Québec d’accroître l’aide en santé mentale à domicile et dans la rue.
9 commentaires
  • Serge Grenier - Inscrit 23 juillet 2014 07 h 00

    Ottawa n'a rien à dire

    On n'a pas à obéir à Ottawa, c'est à Ottawa de faire ce qu'on lui dit de faire.

    Les fonctionnaires et les élus du fédéral n'ont pas à avoir préséance sur les fonctionnaires et les élus du provincial. Il faut arrêter de nous mettre nous-mêmes en situation d'infériorité. Cette époque est révolue. On a juste à les envoyer promener. Et à nous occuper nous-mêmes de nos sans-abris sans l'aide d'Ottawa ni de personne d'autre. On en est parfaitement capables.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 23 juillet 2014 07 h 18

    Où est la COLLABORATION?


    A Roberval, on parlait de COLLABORATION mais quand c'est le temps, on niaise au détriment des sans logis.

  • Alexie Doucet - Inscrit 23 juillet 2014 08 h 19

    Des millions qui dorment à Ottawa

    ... ou des milliards si l'on ajoute la disparition des surplus de 57 milliards de dollars de la caisse de l'Assurance emploi. Dormiront-ils jusqu'à ce qu'on les oublie? Probablement.

  • Daniel Bérubé - Abonné 23 juillet 2014 09 h 06

    Et aussi considérer...

    que leur situations devient de plus en plus difficile (les itinérants) considérant que les changements climatiques (vagues de chaleurs plus chaudes durant l'été et de froid plus froides durant l'hiver).

    ...

    Mais... ne nous faudrait-il pas voir la chose d'un oeil religieux, comme Harper ? (droite religieuse)... et considérer que si ces personnes sont itinérantes, c'est qu'elles le méritent: elles ont faient de mauvaises choses qui ont déplus à Dieu, et Il les punies. Si nous venons les aider, nous contrevenons à la volonté de Dieu ! Nous mettons des battons dans les roues du Bon Dieu ! Vous rendez-vous compte ?!?!?!?!?

    Non, la logique canadienne voudrait que nous aidions Dieu dans la chose, donc, que nous fesions des efforts pour leur rendre la vie encore plus difficile (aux itinérants), les faire souffrir ! Et comme remerciement, la providence nous fera découvrir de nouvelles surfaces de sables bitumineux...

    C'est pas si compliqué, me semble !

  • Chantale Desjardins - Abonnée 23 juillet 2014 10 h 18

    Est-ce possible?

    Ce commentaire révèle une déviation religieuse causée par un fanatisme blamable.
    Que vient faire Dieu chez les itinérants. Vraiment lest religions sont à bannir et ça presse.