La GRC dépose 31 chefs d’accusation contre le sénateur Mike Duffy

Mike Duffy
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Mike Duffy

Les démêlés de Mike Duffy avec la justice en raison de ses dépenses injustifiées n’ont pas fini de hanter le premier ministre. Son ex-recrue au Sénat fait maintenant face à 31 accusations de fraude, d’abus de confiance et de corruption. Et les procédures judiciaires seront entamées le 16 septembre… au lendemain de la rentrée parlementaire.

 

L’enquête qui a débuté il y a un an et demi, en se penchant sur les indemnités de logement qu’a touchées M. Duffy, a évolué en cours de route, a expliqué la Gendarmerie royale du Canada (GRC) jeudi. Résultat, au final, la GRC a porté des accusations contre le sénateur dans quatre dossiers. Le scandale des indemnités de logement — qu’a récoltées le sénateur en déclarant que sa résidence principale était à l’Île-du-Prince-Édouard plutôt qu’à Ottawa — donne lieu à des accusations de fraude et d’abus de confiance, pour un montant de 90 000 $. Cette somme — que M. Duffy a reçue de l’ancien chef de cabinet de Stephen Harper, Nigel Wright, pourrembourser le Sénat — attire au sénateur des accusations de corruption, de fraude envers le gouvernement et d’abus de confiance.

 

La GRC accuse en outre M. Duffy dans deux autres affaires. La police a déposé des accusations de fraude et d’abus de confiance en raison d’autres demandes de remboursement « qui n’avaient rien à voir avec ses activités au Sénat ». M. Duffy est enfin accusé de fraude et d’abus de confiance pour un contrat de consultant de près de 65 000 $ qu’il a confié à un ancien collègue, en pigeant dans son budget du Sénat.

 

L’avocat de Mike Duffy n’a pas attendu que la GRC dépose ces accusations. Tard mercredi soir, Me Donald Bayne clamait déjà l’innocence de son client. L’année a été difficile — M. Duffy souffre de problèmes cardiaques et a été suspendu du Sénat —, « néanmoins le sénateur Duffy est reconnaissant que les 16 horribles mois à attendre, au fil d’une enquête policière publique et prolongée, soient enfin terminés et que nous puissions passer à une tribune impartiale et une audience équitable », a-t-il fait valoir.

 

« La preuve démontrera que le sénateur Duffy ne voulait pas participer au stratagème de remboursement de Nigel Wright et du bureau du premier ministre, qu’ils ont concocté strictement pour des raisons politiques », a argué l’avocat.

 

Le commissaire adjoint de la GRC, Gilles Michaud, a cependant affirmé en présentant les accusations que le sénateur « a demandé et reçu environ 90 000 $ de Nigel Wright ».

 

La GRC a conclu son enquête sur M. Wright en avril et déterminé que « la preuve recueillie ne permet pas de justifier des accusations criminelles ». Ce qu’a soulevé l’avocat de M. Duffy. « Je suis sûr que je ne suis pas le seul Canadien qui se demandera maintenant comment ce qui ne représentait pas un crime ou un pot-de-vin lorsque Nigel Wright l’a payé de sa propre initiative, est cependant devenu mystérieusement un crime ou un pot-de-vin lorsque reçu par le sénateur Duffy. »

 

La suite pour Harper ?

 

Les partis d’opposition n’ont pas perdu de temps pour attribuer la responsabilité de cette affaire au « manque de jugement » du premier ministre.

 

« L’ultime responsable de ce scandale, c’est Stephen Harper », a tranché Nycole Turmel du NPD. C’est lui qui a nommé M. Duffy au Sénat, afin qu’il représente une province qu’il n’habitait « visiblement pas ». Et c’est lui qui a embauché Nigel Wright comme bras droit et « qui a permis qu’une culture de corruption foisonne à Ottawa », a reproché Mme Turmel.

 

Un avis partagé par le libéral Marc Garneau, qui a rappelé que lorsque M. Harper a appris ce qu’avait fait son chef de cabinet, il a confirmé qu’il avait sa « pleine confiance ». Ce n’est que cinq jours plus tard qu’il l’a renvoyé.

 

Des documents de cour de la GRC citaient l’an dernier un courriel de M. Wright dans lequel il disait, au moment de confirmer son plan de match avec des collègues : « Tout est OK pour le PM. » C’est notamment cet échange que veut éclaircir l’opposition.

 

Néodémocrates et libéraux espèrent que le premier ministre répondra sous serment aux questions entourant cette affaire.

 

Stephen Harper acceptera-t-il de témoigner en cour, si on le lui demande ? « Avec les accusations déposées [jeudi], la GRC a clairement indiqué qui elle estime être coupable de méfaits. Ils ont aussi clairement indiqué qu’ils ne croient pas que le premier ministre ait eu connaissance du stratagème entourant le remboursement des dépenses inappropriées de M. Duffy », a répondu son directeur des communications, Jason MacDonald. Il a rappelé que le bureau de M. Harper a assisté la GRC au fil de son enquête et a qualifié la conduite du sénateur de « scandaleuse ».

 

Sénateurs dans l’embarras

 

M. Duffy est le troisième sénateur accusé dans la foulée du scandale qui a secoué la Chambre haute. L’ex-conservateur québécois Patrick Brazeau et l’ex-libéral Mac Harb font face à des accusations de fraude et d’abus de confiance pour des indemnités de logement qu’ils auraient aussi touchées injustement. L’ex-conservatrice Pamela Wallin fait quant à elle toujours l’objet d’une enquête en ce qui a trait à ses indemnités de logement et de déplacement.

8 commentaires
  • Pierre Valois - Abonné 18 juillet 2014 00 h 13

    On en oublie un?

    N'oublie-t-on pas aussi le comportement assez nébuleux du sénateur Boisvenues avec sa pseudo-conjointe-secrétaire?

    • Serge Lemay - Inscrit 18 juillet 2014 11 h 28

      On oubli aussi le directeur de cabinet de Harper Nigel Wright ! C,est lui qui a donné l'argent au sénateur mais la GRC dit ne pas avoir de preuve dans son cas !!!

  • Josette Allard - Inscrite 18 juillet 2014 05 h 42

    On va rire

    En pleine campagne électorale, quand Harper et les membres de son bureau vont être assignés comme témoins.

    • Alexie Doucet - Inscrit 18 juillet 2014 07 h 49

      À moins qu'on ait déjà oublié!

    • Raymond Chalifoux - Abonné 18 juillet 2014 08 h 08

      À la lumière de ce que l'on sait maintenant à propos des gestes posés par les Conservateurs lors de la dernière élection, j'ai quant à moi assez hâte de voir comment va se passer le prochain scrutin: il va y avoir du sport!

      Car si les politiciens et les Partis peuvent quant à eux connaître une certaine fatigue du Pouvoir, pour les "Amis" du Parti, c'est une toute autre histoire et le lobby du pétrole et des mines dans ce pays ne lâchera pas le morceau facilement, croyez-le.

      D'autant que les Conservateurs savent maintenant qu'il est beaucoup plus facile de "dealer" avec les poursuites et les pots cassés quand le Parti majoritaire fraîchement élu, c'est bibi!

      Méconnaissable, le Canada!

      Et la faute revient aux Libéraux et à leur Scandale des Commandites, ne l'oublions pas. (Le dégoût des Canadiens a été tel, alors, qu’il a rendu acceptable, comme alternative, les promesses d’intégrité de notre version locale du Tea Party appelée « Reform Party ». La suite, on la connaît… : réformer voulait dire mettre la hache dans tout de ce qui avait caractérisé ce pays jusqu’alors sur la scène internationale et en matière de « filet social »; entre autres… )

      Les Libéraux du Québec quant à eux - l'avenir dira si c'est ou non pour le mieux - sont en train (semble-t-il) de doucement s'en sortir de leur scandale de "financement sectoriel patenté"...
      À suivre.

  • Christian Fleitz - Inscrit 18 juillet 2014 09 h 12

    Le poisson commence à pourrir par la tête

    Le népotisme est une démonstration d'une dérive politique éloignée de la gouvernance et quand les profiteurs du système se laisse aller à leur pire turpitude, comptant sur l'impunité, la décadence est proche.
    Un proverbe chinois précise que ''Le poisson commence à pourrir par la tête''.... conclusion cohérente dans un pays qui, en réalité, n'est pas vraiment démocratique, du moins selon l'acceptation contemporaine de ce mode de gouvernement.

  • Damien Tremblay - Inscrit 18 juillet 2014 09 h 39

    Mon Dieu! Quelle fosse septique que cette gouvernance conservatrice!

    La moralité c’est du cas par cas. Mike Duffy éprouve des problèmes cardiaques qui n’ont sans doute rien à voir avec ses démêlés judiciaires. Si nous étions à la place de ce monsieur, nous serions plutôt tenaillés a posteriori par des remords inhérents aux balises morales que nous avons reçues de nos parents.

    La situation est d’autant plus troublante que le Parti Conservateur est intiment noyauté par une clique qui se réclame de valeurs religieuses fondamentalistes. Mais il faut se rappeler qu’à travers l’histoire, le sabre, le goupillon et l’argent ont toujours formé un triptyque parfaitement bien soudé, avec des intérêts communs.

    Entre-temps, magistrale malversation de ce gouvernement Conservateur : 57 milliards de $ sont disparus de la Caisse de l'Assurance-emploi avec la bénédiction du tribunal suprême qui n'a pu faire autrement que d'avaliser la légalité de la chose.

    Ce 57 milliards de $ sera éventuellement recyclé en quincaillerie militaire. Comme toujours, on s'évertue à prendre l'argent des moins nantis pour le donner aux plus riches. Typique des civilisations en pleine décadence.

  • Martine Fortin - Inscrite 18 juillet 2014 15 h 08

    Abolir le sénat

    On peut régler beaucoup de problèmes et des économies en abolissant des inutilités coûteuses. Le sénat, le CSF, lieutenant-gouverneur, et beaucoup d,autres...