Néodémocrates et libéraux pressés d’afficher leurs idées

Parce que la partisanerie n’a pas sa place dans le débat sur la prostitution, plusieurs groupes de femmes abolitionnistes demandent au Nouveau Parti démocratique et au Parti libéral du Canada de faire preuve de « courage ». Au lieu de seulement critiquer le projet de loi du gouvernement conservateur, les deux formations devraient énoncer clairement comment elles répondraient au jugement de la Cour suprême.

 

« Pour nous, c’est une question non partisane et nous nous attendons à ce que ce comité parlementaire mène une étude non partisane de ce qu’est la prostitution et dise clairement aux citoyens canadiens que d’acheter des services sexuels est contraire à l’égalité des femmes », a lancé en conférence de presse Diane Matte, organisatrice communautaire et porte-parole du groupe Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle. La CLÉS est un regroupement d’une quarantaine d’entités abolitionnistes.

 

La CLÉS appuie l’objectif d’éradication du gouvernement, bien qu’elle demande comme beaucoup d’autres que C-36 soit modifié de manière à ne jamais permettre la criminalisation des prostituées, même lorsqu’elles sollicitent là où on peut s’attendre à trouver des personnes mineures. « On peut être critique des conservateurs sur plein d’autres dossiers […], mais il demeure que c’est très courageux en 2014 de dire “ non ” à l’industrie du sexe et on aimerait que le NPD et les libéraux fassent de même », dit Mme Matte en entrevue avec Le Devoir. Elle assiste aux audiences du comité parlementaire qui étudie C-36 cette semaine à Ottawa.

 

« Ce que je constate depuis lundi, c’est que dans le fond, les partis d’opposition semblent se cacher derrière le processus de consultation, qu’on peut juger déficient ou trop court, et ils se cachent derrière le jugement de la Cour suprême, mais je n’ai aucune notion de ce que le NPD et les libéraux ont à offrir en réponse aux fondements du jugement de la Cour suprême. »

 

Propositions absentes

 

Depuis que la Cour suprême a tranché en décembre dernier que certaines dispositions encadrant la prostitution au Canada sont inconstitutionnelles, ni le NPD ni le Parti libéral n’ont exposé comment ils réécriraient la loi. Les deux partis s’opposent au projet de loi C-36. Le chef libéral, Justin Trudeau, et son critique en matière de justice, Sean Casey, répètent que ce n’est « pas le rôle » d’un parti d’opposition d’écrire des lois.

 

Mme Matte n’est pas d’accord. « Éventuellement, on va peut-être changer de gouvernement. Nous, on aimerait bien savoir à quoi on fait face. […] C’est pour cela que je parle de courage. On a besoin de partis politiques qui vont définir c’est quoi notre vision sociale des relations entre les hommes et les femmes et comment la prostitution joue un rôle — positif ou négatif selon leur analyse — dans ces relations. Et on ne l’entend absolument pas. »

 

La critique néodémocrate en matière de justice, Françoise Boivin, rejette les reproches. « Ce n’est pas parce qu’on ne dit pas ce qu’ils veulent entendre qu’on n’est pas clair. » Mme Boivin se garde volontairement de faire des déclarations de principes sur la prostitution, qu’elle assimile à des « débats de morale ». Ce qui importe, dit-elle, est de s’assurer que les personnes qui se prostituent y consentent de manière vraiment éclairée, jamais sous la menace ou le coup d’une dépendance. Mme Boivin a tendance à penser qu’il vaudrait mieux laisser mourir les dispositions du Code criminel invalidées par la Cour (interdiction de sollicitation, de tenue de bordel, et de vivre des profits de la prostitution) et d’entreprendre une réflexion plus large sur la lutte contre la pauvreté et l’inégalité.

 

Objectif naïf?

 

La députée néodémocrate, comme d’autres critiques des abolitionnistes, fait valoir que la prostitution existera toujours et que de croire à son éradication relève de la « pensée magique ». Mme Matte rétorque à cela que si le mouvement féministe avait baissé les bras parce que les pratiques inégalitaires affectant les femmes existaient depuis la nuit des temps, « j’aurais fait autre chose ». D’autres groupes abolitionnistes accompagnaient mercredi Mme Matte, tels que EVE et la Asian Women Coalition Ending Prostitution. Toutes approuvent le gouvernement dans son désir d’envoyer le message que la prostitution n’est pas souhaitable en soi.

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