Un avant-goût de 2015 aux élections partielles?

La première ministre libérale ontarienne, Kathleen Wynne (au centre), est venue prêter main-forte au candidat du PLC dans Trinity-Spadina, Adam Vaughan (à gauche de Mme Wynne). La lutte avec le NPD s’annonce chaude dans l’ancienne circonscription d’Olivia Chow.
Photo: Galit Rodan La Presse canadienne La première ministre libérale ontarienne, Kathleen Wynne (au centre), est venue prêter main-forte au candidat du PLC dans Trinity-Spadina, Adam Vaughan (à gauche de Mme Wynne). La lutte avec le NPD s’annonce chaude dans l’ancienne circonscription d’Olivia Chow.

La démocratie ne prend pas de vacances. En cette veille de fête du Canada, les électeurs de quatre circonscriptions sont appelés aux urnes pour élire leur nouveau député fédéral. Si personne ne retient son souffle en Alberta, où le Parti conservateur devrait faire élire deux des siens, l’issue du scrutin est beaucoup moins garantie en Ontario, où libéraux et néodémocrates bataillent ferme pour prouver aux électeurs qu’eux seuls représenteront la solution de remplacement à Stephen Harper en 2015.

 

En Alberta, les circonscriptions de Fort McMurray–Athabasca, chef-lieu des sables bitumineux, et Macleod devraient rester dans le giron conservateur. Les députés sortants, Brian Jean et Ted Menzies, avaient remporté leur siège à l’élection de 2011 avec respectivement 72 % et 78 % des voix exprimées. L’adversaire le plus près de Brian Jean avait été le néodémocrate, qui avait récolté 13 % des suffrages. Dans Macleod, le NPD avait talonné M. Menzies avec un score de 10 %. Le Parti vert y était arrivé troisième, tandis que le Parti libéral avait de peine et de misère devancé l’obscur Parti progressiste canadien en obtenant 3,7 % des voix contre 3,4 %.

 

C’est davantage du côté ontarien que les résultats des partielles seront observés avec attention. Tous les regards sont tournés vers Trinity-Spadina, la circonscription torontoise laissée vacante par Olivia Chow, la veuve de Jack Layton qui s’en est retournée sur la scène municipale pour tenter de déloger Rob Ford de la mairie. Le candidat libéral Adam Vaughan tente de l’emporter sur le néodémocrate Joe Cressy.

 

Digne remplaçant

 

Les libéraux ont bon espoir de ravir cette circonscription au NPD. Même dans les rangs néodémocrates, on concède qu’il serait étonnant de la conserver. Les libéraux veulent présenter cette joute comme un avant-goût de ce qui se prépare pour l’élection de 2015. Autant au NPD qu’au PLC, on estime que le défi, d’ici la prochaine élection fédérale, est d’amener les électeurs à percevoir leur formation respective comme celle qui a le plus de chance de former un gouvernement de remplacement à celui de Stephen Harper. Avec cette logique en tête, les libéraux font valoir en coulisse qu’une victoire dans Trinity-Spadina — présentée pour l’occasion comme un bastion orange — viendra prouver que ce sont les libéraux et non les néodémocrates qui incarnent cette alternative.

 

« C’est similaire à ce qui s’était passé dans Outremont [en 2007] quand Thomas Mulcair avait ravi Outremont au Parti libéral », explique un stratège de Justin Trudeau. « Ça avait envoyé un signal aux libéraux que leurs châteaux forts n’étaient plus aussi forts qu’ils le pensaient. Ce sera la même chose. »

 

La comparaison est cependant boiteuse. Le NPD n’avait jamais détenu Outremont auparavant et Thomas Mulcair était seulement le second député de l’histoire du NPD à se faire élire au Québec. En comparaison, l’Ontario est une province favorable au PLC et Trinity-Spadina a été libérale de 1993 à 2006. Olivia Chow avait mordu la poussière à sa première tentative électorale fédérale en 2004. Elle s’est fait élire en 2006, puis en 2008, avec des marges assez fragiles d’un peu plus de 3000 votes. Ce n’est qu’en 2011, quand la vague orange a déferlé, qu’elle a remporté son siège avec une marge de plus de 20 000 voix.

 

Les stratèges libéraux pensent néanmoins que cette élection partielle dans Trinity-Spadina pourrait marquer la fin d’une certaine popularité néodémocrate à Toronto avec la levée de « l’ancre » que constituait le couple Jack Layton-Olivia Chow. Cet effritement sera d’autant plus marqué, calculent les libéraux, que le député Joe Comartin a annoncé qu’il ne se représenterait pas aux élections de 2015. M. Comartin était devenu, en 1999, le premier néodémocrate à se faire élire en Ontario depuis 10 ans.

 

Courses à trois

 

Du côté néodémocrate, on s’attend déjà à ce que les libéraux fassent leurs choux gras d’une victoire dans Trinity-Spadina. « Comme nous on a fait du millage avec la victoire dans Outremont. » On dégonfle l’importance de la victoire libérale anticipée en faisant valoir que le candidat Vaughan arrive de la scène municipale avec une équipe bien huilée. Son district électoral municipal est presque entièrement compris dans la circonscription fédérale qu’il brigue. On répète donc qu’une victoire libérale n’augure rien de particulier pour 2015. « Ce sera des courses à trois à travers tout le pays. Peut-être à quatre dans certains endroits du Québec avec l’élection de Mario Beaulieu. Jamais on n’a eu trois partis dans les 20 et 30 % d’intention de vote dans les sondages. Quand les partis sont si rapprochés, ça ne prend pas grand-chose pour que tout bascule. »

 

Quant à la quatrième circonscription en jeu, Scarborough-Agincourt, tous concèdent qu’elle devrait rester libérale. Jim Karygiannis trônait sur cette circonscription en bordure de Toronto depuis 1988. Ses appuis s’effritaient cependant d’une élection à l’autre, passant de 71 % des appuis en 2000 à 45 % lors du dernier scrutin. Il détenait encore une avance de 4500 voix.

 

Tous se demandent par ailleurs quel effet aura un possible faible taux de participation. La fête du Canada ayant lieu un mardi cette année, beaucoup de travailleurs auront pris congé lundi pour « faire le pont ». Plusieurs électeurs pourraient donc se trouver au chalet. Le taux de vote par anticipation a été substantiellement inférieur à celui observé en 2011, sauf dans Trinity-Spadina où il s’est presque maintenu.

Jamais on n’a eu trois partis dans les 20 et 30 % d’intention de vote dans les sondages. Quand les partis sont si rapprochés, ça ne prend pas grand-chose pour que tout bascule.

3 commentaires
  • Florence Péloquin - Abonnée 30 juin 2014 04 h 58

    Machiavélisme

    On l'a écrit déjà mais cela vaut répétition: le choix de la date du 30 juin, un lundi coincé entre deux jours fériés, pour la tenue de ces partielles est une autre démonstration du machiavélisme de M. Harper. Il a ainsi maximisé les possibilités d'abstention, à son meilleure profit.

  • Josette Allard - Inscrite 30 juin 2014 07 h 05

    Élection partielle

    Exit Harper et cie. Espérons que nos amis anglophones auront l'intelligence et le bon goût de les remercier de leurs piètre services, en les renvoyant à la maison changer les couches du bébé.

  • Jacques Moreau - Inscrit 1 juillet 2014 09 h 40

    Profiter d'un long week-end!

    C'est peut-être la veille du "grand déménagement de Montréal", mais on profite du fait que la fête du Canada étant un mardi, le lundi, devient une journée ou beaucoup de gens et d'entreprises feront "relâche", alors que la vrai période de vancance commencera le lendemain du Jour de la Confédération. Ça devrait favorisé la participation des électeurs.