Dans l’ombre de la star

Une photo avec Justin Trudeau dans la Grande-Allée, à Québec, lundi, veille de la Fête nationale
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Une photo avec Justin Trudeau dans la Grande-Allée, à Québec, lundi, veille de la Fête nationale

Le couple passe son chemin, quand un point d’interrogation prend graduellement naissance entre les deux sourcils de l’homme, qui s’arrête quelques mètres plus loin pour forcer le conciliabule. « As-tu vu qui c’est qu’est-ce qui est là ? », demande-t-il à sa dame. Celui qui est là, dans cette Grande-Allée exceptionnellement piétonnière en cette veille de Fête nationale radieuse, c’est Justin Trudeau.

 

L’invitation journalistique était alléchante : passer une journée en compagnie du chef libéral dans un de ses bains de foule sans filet qu’il affectionne et multiplie depuis plus d’un an. Mais, bien vite, on constate que, pour comprendre le phénomène Justin Trudeau, il faut savoir marcher quelques mètres en retrait. C’est dans le sillage de l’homme qu’on mesure toute l’étendue de l’effet qu’il provoque chez les gens.

 

Chemise blanche aux manches retroussées, veston foncé rabattu sur l’épaule, Justin s’invite sur les terrasses où les vacanciers se rafraîchissent dans le houblon, tend la main. Nul besoin de présentation. Le charme opère à chaque coup. Les vieillards se dérident. Les jeunes délaissent leur téléphone. Les tatoués détendent le biceps. Voici Robert Charlebois attablé devant la carcasse nettoyée d’un poulet St-Hubert. Le chanteur populaire connaît le populaire politicien depuis la tendre enfance de ce dernier. « Tu travailles fort, on te suit », lui lance celui qui s’apprête à chanter « You’re a frog » au visage de Patrick Watson, sur les plaines d’Abraham. De toute la journée, seule une femme à l’allure renfrognée et aux lèvres cloutées refusera la poignée de main du député de Papineau. Rien de personnel, expliquera-t-elle. Elle se « sacre » de tous les politiciens.

 

Les demandes de photos se multiplient. Et quand le politicien s’éloigne enfin pour aller à la rencontre d’autres gens, les conversations se poursuivent entre ceux restés là, tels des fans encore sous le choc d’avoir croisé « leur » vedette. Une dame explique que, l’an dernier, Justin était venu au Centre des congrès où elle travaille. « On le trouvait beau. On faisait toutes un détour pour aller le voir. » À l’ombre de l’Assemblée nationale, un groupe se pince. « On était venu se rafraîchir notre histoire du Québec et paf !, sur qui on tombe ? » Une autre le croise rue Saint-Jean. « Toi, tu fais ma journée ! », s’exclame-t-elle, avant de lui saisir le visage à deux mains et de l’embrasser comme le ferait une vieille tante.

 

Plus tard, à Montmagny, quatre dames s’éventeront d’émotion après avoir rencontré celui qui « ressemble tellement à son père, mais en plus beau ». L’une d’elles dira à Justin qu’une connaissance aura 90 ans le 5 juillet prochain et aimerait recevoir de lui un petit mot. « Elle parle tout le temps de toi. Ça lui ferait plaisir. »

 

Car le chef du Parti libéral du Canada ne s’appelle pas « Monsieur ». On le tutoie. C’est le bon fils que tout un peuple, l’ayant vu grandir, croit un peu sien. « Au fond, les Trudeau, c’est un peu la famille royale du Canada ? » Justin Trudeau roule des yeux à la question. Mais, quelques coins de rue plus loin, une dame lui lancera : « Félicitations pour votre belle famille ! »

 

L’émeute de 1968

 

C’était il y a 46 ans. En ce 24 juin 1968, bien avant la Crise d’octobre, l’élection du Parti québécois, le premier référendum ou le rapatriement unilatéral de la Constitution, un autre Trudeau, nouvellement élu chef de ce même Parti libéral du Canada, osait assister au défilé de la Saint-Jean-Baptiste rue Sherbrooke, à Montréal. Sous les volées d’oeufs et les huées (« Trudeau traître », « Trudeau vendu », « Trudeau au poteau ») et malgré les suppliques policières, le politicien en campagne, crâneur, était resté à l’estrade, tandis que le mécontentement virait à l’émeute. Il remporterait ses élections le lendemain. Que de chemin parcouru pour la marque de commerce en sol québécois…

 

« On tombe dans le cliché, lâche Trudeau fils. Est-ce qu’il y a beaucoup de gens qui m’ont parlé de ça aujourd’hui ? » En fait, personne. Selon lui, c’est surtout dans sa circonscription de Papineau qu’il a vécu cela. « J’ai eu à me présenter dans Villeray et les gens me disaient : “ Ah, Trudeau, on te voit venir. On n’est pas d’accord avec vous .” Je leur demandais s’ils n’étaient pas d’accord avec moi sur l’environnement, les programmes sociaux, la santé. Ils me disaient : “ Non, non, on est d’accord. On n’est pas d’accord sur le Québec.” Je leur explique qu’on est en désaccord sur la meilleure façon de protéger la langue française et notre culture au Québec, mais on n’est pas en désaccord sur le besoin de le faire. On arrive à avoir une conversation qui finit par avoir de l’allure. »

 

Justin Trudeau reconnaît qu’il existe au Québec une propension à discréditer d’emblée ce qu’il avance à cause du nom qu’il porte, mais il estime que ce barrage existe davantage dans les médias que sur le terrain. « Avez-vous vu cela aujourd’hui ? Dans les médias, certain. Mais, sur le terrain, que je sois au Saguenay, à Sept-Îles, à Gaspé, à Trois-Rivières, en Estrie ou en Outaouais… Je me promène partout au Québec et partout il y a cet intérêt. Les gens m’approchent. »

 

Et si les gens abordent d’emblée Justin Trudeau, c’est moins pour lui parler de ses politiques que pour jaser de tout et de rien. « Il faut savoir se détacher un peu de cette habitude politique qu’ont les gens à Ottawa — les politiciens, les stratèges, les journalistes — de ne pas reconnaître qu’il y a une évolution sur le terrain dans la façon dont les gens veulent être interpellés par leurs politiciens. Ils ne veulent pas seulement connaître nos positions ou notre branding. Ils veulent comprendre notre raisonnement. » Et c’est pour cela que Justin continuera à serrer des mains.

12 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 25 juin 2014 04 h 20

    Un peu court, non?

    Madame Buzzetti, votre reportage ressemble beaucoup à une forme d'hagiographie qui se rapproche dangereusement du culte de la personnalité.
    Parlez-nous aussi des bailleurs de fonds du Parti libéral du Canada, de monsieur Stephen Bronfman, de tous ceux et de toutes celles qui s'affairent dans l'ombre pour poursuivre l'oeuvre délétère de remettre le Québec à sa place (et pourquoi pas, dans le ton de «Speak white» de Michèle Lalonde), du gouvernement des riches, de la ploutocratie, ce système de gouvernement ou l'argent constitue la base principale du pouvoir...

    • Guy Vanier - Inscrit 25 juin 2014 07 h 36

      En plein dans le mille monsieur Bernier.

    • Luc Lavoie - Inscrit 25 juin 2014 08 h 57

      ...vous avez tout dit.

      Le devoir de distance....

    • Alain Laramée - Abonné 25 juin 2014 09 h 03

      Bien d'accord avec votre commentaire. C'est, on ne peut plus surprenant et décevant, de lire ce genre d'article dans Le Devoir. Le Devoir glisserait-il vers La Presse par hasard!

  • François Beaulne - Abonné 25 juin 2014 07 h 46

    Opinion complaisante

    Cet article est d'une complaisance simpliste à l'endroit d'une vedette artificiellement montée en épingle qui, jusqu'ici, outre son apparence agréable, n'a pas brillé, ni par son jugement politique, ni par sa créativité.
    Il est à espérer que la prochaine joute électorale au fédéral, l'an prochain, ne se limite pas, au Québec en tout cas, à un simple concours de beauté de 'Mr. Canada". Voyons un peu se qui se cache sous cette enveloppe fabriquée avant de lui confier notre avenir.

    • Louis Huot - Abonné 25 juin 2014 11 h 27

      Attention, Ronald Reagan, avec un certain nombre de qualités se trouvant dans un spectre assez rapproché de celles de notre Justin, a pu faire deux mandats de président. Et malgré qu'à tort, les commentateurs le décrivaient au départ comme affligé d'un vide intersidéral! Vous pourriez avoir des surprises.

  • michel lebel - Inscrit 25 juin 2014 07 h 51

    Il faut bien!

    Comme m'avait dit un jour un responsable de médias, "quand il n'y a pas de nouvelles, il faut en créer"! C'est réussi, Mme Buztetti! Bravo...!

    Michel Lebel

  • Richard Loiselle - Inscrit 25 juin 2014 10 h 39

    Le meilleur espoir pour se débarasser des Cons

    Merci Madame Buzzetti !!

    En tant que Canadien-français manitobain, je suis heureux de voir que mes compatriotes de "la belle province" sont tout aussi heureux que moi de réaliser l'espoir canadien que représente Justin.

    J'ai rencontré son père à quelques reprises et je compte celui-ci parmi mes héros canadiens. Je suis certain que Justin saura être à la hauteur.

    À ceux qui voient cet article d'un oeil négatif, je vous demande de sortir de votre isolement et de réaliser le tort que fais Harper et ses CONservateurs à toutes les provinces du Canada. Ce n'est pas un parti provincial (PQ, CAQ, etc.) qui pourra renverser les années de dommages que représente le parti de Harper.

    Bonne Saint-Jean (en retard) à TOUS les Canadiens-français !!!

    • - Inscrit 25 juin 2014 12 h 44

      "Ce n'est pas un parti provincial (PQ, CAQ, etc.) qui pourra renverser les années de dommages que représente le parti de Harper. "

      Pas un parti provincial, Vous avez bien raison. Mais pour le Québec, pas une parti provincialiste non plus ! Or le PLC nous condamne à demeuré provincialisé.

      À Ottawa, qu'une option, le Bloc, à Québec, l'indépendance !

  • - Inscrit 25 juin 2014 12 h 40

    Une star !

    Ou une étoile filante ? Je lis tous les articles sur le jeune Trudeau. Je ne vois rien en terme de contenu qui pourrait avoir une signification avec la monde réel.

    Mais je me trompe sans doute. Le monde réel d'aujourd'hui est un monde virtuel. Le icônes valent plus que le tangible. Justin Trudeau sera donc élu PM du Canada à la prochaine élection !

    Mais la société se délitant, il gouvernera un pays virtuel, une fiction.