Ottawa refuse de revoir la norme sur le béton

Québec a débloqué une enveloppe de 30 millions pour aider les victimes de la pyrrhotite.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Québec a débloqué une enveloppe de 30 millions pour aider les victimes de la pyrrhotite.

Le gouvernement conservateur n’a pas l’intention de revoir la norme fédérale qui établit si un béton peut être utilisé en construction, malgré une recommandation formulée jeudi dernier par la Cour supérieure. C’est à Québec de voir au problème, répond Ottawa.

 

« L’enjeu de la pyrrhotite tombe directement sous juridiction provinciale, a réaffirmé mercredi la ministre d’État au Développement social Candice Bergen. Les codes du bâtiment sont de juridiction provinciale. Et le récent jugement de la cour indique que l’industrie était entièrement responsable. »

 

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) rappelle pour sa part que c’est une norme fédérale (CSA A23.1) qui détermine la teneur en soufre qu’un granulat peut contenir pour être utilisé pour du béton. « Ottawa ne peut pas prétendre ne pas connaître le dossier, soutient le député Robert Aubin. Si le gouvernement renvoie la balle à Québec, c’est parce qu’il pense que le simple fait de poser un geste envers la norme serait comme un aveu de responsabilité quelconque. Or, ils veulent garder la porte fermée à toute réclamation financière », croit-il. Québec a débloqué une enveloppe de 30 millions pour aider les victimes, mais pas le fédéral.

 

SNC-Lavalin devra payer

 

Dans un volumineux jugement rendu jeudi dernier à la Cour supérieure, le juge Michel Richard a octroyé 196 millions à un peu plus de 800 victimes de la pyrrhotite à Trois-Rivières. Le juge a établi que SNC-Lavalin (dont un géologue*, Alain Blanchette, avait évalué et approuvé la qualité du granulat de la carrière fautive) doit assumer 70 % des dommages.

 

Les bétonnières impliquées (12,5 %) et la carrière BB (12,5 %) doivent assumer de leur côté le quart de la facture, alors que différents entrepreneurs et coffreurs sont jugés responsables de 5 % des dommages. Les compagnies d’assurances impliquées ont également été reconnues responsables.

 

Des 196 millions octroyés, la grande majorité (158 millions) est réservée à 814 propriétés résidentielles, alors que les 38 autres millions concernent 18 constructions commerciales. Le jugement pourrait être porté en appel dans les 30 jours.

 

Changer la norme

 

Mais au-delà des dommages imposés, le jugement recommande des changements aux normes en vigueur. Le juge Richard a souligné les efforts faits par les experts impliqués dans le dossier pour « comprendre et expliquer les causes du gonflement interne du béton par sulfures. Ils ont colligé une volumineuse documentation » qui devrait servir « à définir dans un proche avenir des normes ou balises appropriées par toute autorité compétente pour éviter que se reproduise ce genre de dommages ». Le juge a qualifié de « drame » ce que les victimes vivent.

 

La norme fédérale actuelle ne précise pas à partir de quel moment un granulat contient trop de pyrrhotite (ou, plus largement, de sulfures de fer) pour être utilisé. En Europe, la teneur en soufre du granulat ne doit pas excéder 1 %, ou 0,1 % si le sulfure a été précisément identifié comme étant de la pyrrhotite.

 

En se basant sur le consensus des experts participant au procès, le jugement de la Cour supérieure établit que si le taux de pyrrhotite en volume est de 0,23 % et plus, il y aura nécessairement des dommages. La suite est implicite : la norme devrait tenir compte de cette valeur.

 

À l’instar de la pyrite, la pyrrhotite est un sulfure de fer qui gonfle lorsqu’il s’oxyde. Ce minéral peut se retrouver dans le granulat qui compose le béton des fondations des maisons : les fissures qu’il provoque nécessitent généralement une réfection complète du solage. À Trois-Rivières, on dénombre près de 1500 bâtiments touchés jusqu’ici.


*Contrairement à ce qui était écrit dans la version papier, M. Blanchette est géologue, et non ingénieur. Toutes nos excuses.
 

1 commentaire
  • Charles Lebrun - Abonné 19 juin 2014 15 h 31

    Gouvernement pingre...

    Comme pour le drame Lac-Mégantic où il est clair que si le Fédéral avait bien fait sa job en matière de sécurité et de surveillance ferroviaire, cette tragédie n'aurait pas eue lieu... Mais qu'ont-ils faient? Ils ont laissé le Québec s'impliquer au maximum... Se disant que c'était de responsabilité provinciale puisque l'accident est survenu au Québec... puis sont arrivés bien des mois plus tard, avec un "cadeau" comme s'ils n'étaient responsables de rien!!!

    Même attitude ici, ils font croire que les normes CSA sont de responsabilités provinciales parce qu'il existe un code de la construction!!!

    Comme pour le pont Champlain, qui coûte trois à quatre fois plus cher pour permettre aux bateaux de la Voie Maritime du Saint-Laurent de passer dessous, des bateaux qui vont en Ontario! Mais Harper ne cesse de dire que c'est un pont RÉGIONAL!!!

    Avec cette façon PINGRE de faire et de penser, c'est certain qu'on peut faire la leçon aux autres Gouvernements comme l'a fait M. Lebel ce matin en entrevue à la radio en disant: "Nous, on a été économe, c'est pour ça qu'on va atteindre l'équilibre budgétaire, ce n'est pas à nous à donner plus d'argent aux provinces... Elles n'ont qu'à faire comme nous!"