D’ex-prostituées applaudissent le projet de loi conservateur

Le projet de loi C-36 criminalise les clients, mais il criminalise aussi les prostituées dans certaines circonstances.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Le projet de loi C-36 criminalise les clients, mais il criminalise aussi les prostituées dans certaines circonstances.

Le projet de loi sur la prostitution ne fait pas que des mécontents. Trois femmes qui ont réussi à s’extirper de ce milieu sont venues à Ottawa jeudi remercier le gouvernement conservateur d’avoir pris une décision courageuse en s’attaquant à ce qu’elles estiment être une forme d’exploitation qu’il faut éradiquer.

 

« La prostitution n’est pas une profession, c’est une oppression dans 90 % des cas », a lancé Timea Nagy, qui se présente comme une « survivante du trafic sexuel » et qui a fondé le groupe d’appui Walk with Me. « La prostitution implique toujours un déséquilibre de pouvoir entre un client qui paye pour assouvir ses désirs et une personne qui est embauchée pour se comporter comme une marionnette sexuelle. »

 

Salons de massage

 

Casandra Diamond abonde dans ce sens. « Je suis encouragée de voir que le gouvernement soutient l’idée que la prostitution est intrinsèquement dangereuse pour les individus et les communautés. » Avec le recul, Mme Diamond estime qu’elle « exploitai[t] » les femmes qui travaillaient dans son salon de massage, même si elle leur conseillait de ne pas avoir de relations sexuelles complètes. « Aurais-je dû être accusée ? Tout à fait. »

 

Le projet de loi C-36 criminalise les clients, mais il criminalise aussi les prostituées dans trois circonstances : si elles arrêtent ou tentent d’arrêter des véhicules dans la rue, si elles entravent la circulation en offrant leurs services, ou enfin si elles sollicitent des clients dans des endroits où il est raisonnable de pouvoir trouver des mineurs. De plus, la publicité pour annoncer des services sexuels est désormais interdite. Plusieurs critiques ont reproché au gouvernement d’aller trop loin en rendant de facto la prostitution interdite.

 

Katarina MacLeod, qui s’est prostituée pendant 15 ans, estime que c’est très bien ainsi. « Ça me préoccupe que les femmes vendent [leurs services] ouvertement en public, parce qu’il y a des enfants. […] Nos enfants ne devraient même pas savoir ce que c’est. » La députée conservatrice Joy Smith, qui accompagnait les trois femmes, estime pour sa part que les prostituées ne devraient être criminalisées que dans les cas restreints de sollicitation diurne devant une école. Elle espère que le projet C-36 sera changé en ce sens, a-t-elle confié au magazine Maclean’s.

 

Temps de débat limité à six heures

 

Les femmes ont par ailleurs ricané quand on leur a demandé de commenter un sondage paru dans le Globe and Mail indiquant que les hommes approuvent en majorité la légalisation de la prostitution, mais pas les femmes. Les hommes veulent légaliser la vente (62 %) et l’achat de sexe (56 %), alors que les femmes le veulent à 40 % et à 34 % respectivement.

 

Le gouvernement conservateur a par ailleurs limité à six heures le temps qui sera alloué pour débattre de son projet de loi à la Chambre des communes. « Nous avons vu que les débats ont été utilisés pour retarder la législation, a fait valoir le ministre de la Justice, Peter MacKay. Il y a nécessité et urgence que ce projet de loi aille de l’avant. »

 

La Cour suprême a donné jusqu’au 20 décembre au Parlement pour agir.

La prostitution n’est pas une profession, c’est une oppression dans 90 % des cas

4 commentaires
  • Johanne St-Amour - Inscrite 13 juin 2014 08 h 33

    Prostituer est une violence envers les femmes

    Même s'il est plutôt mal transmis, le premier message du projet de loi C-36 est que prostituer une personne est une violence envers cette personne.

    Il est, par ailleurs, très dommage de constater la précipitation du gouvernement conservateur: ce projet de loi est important et doit être étudié avec attention.

    Très dommage de voir ce sondage où des hommes ne réalisent pas l'impact de la prostitution sur les prostituées, sur toutes les femmes et sur la société en général. Très dommage!

  • Serge Daigno - Inscrit 13 juin 2014 10 h 01

    La prostitution est une violence


    lorsqu'elle est souterraine, tout comme l'esclavage domestique.

    Aucun barrage n'est assez solide pour empêcher l'eau de suivre son cours. ainsi en est-il des pulsions sexuelles. Il faut faire avec, alors aussi bien décriminaliser cette pratique, l'encadrer, et cesser d'y voir un péché qui mène tout droit en enfer.


    Serge Daigno

    • Didier Bois - Inscrit 13 juin 2014 11 h 32

      Comme en Suisse? En 1999, le journal de Zurich, Blick, a indiqué que la Suisse avait la plus forte densité de maisons closes d'Europe. «Malgré cela, les lupanars illégaux se sont multipliés comme des champignons, () Nous savons en réalité que ces femmes sont toujours accompagnées d'un protecteur qui se fait passer pour un ami, un amant ou un parent et qui gère tous leurs gains. Parfois, elles sont contrôlées par d’autres prostituées. Mais il est difficile de dénoncer ces cas sans le témoignage des victimes, qui sont soumises à la dure loi du silence.» (Suisseinfo, 27 novembre 2012)

      Malgré tous ces bordels, la prostitution de rue explose. Les riverains sont envahis par l’activité prostitutionnelle, et sont confrontés aux va et vient permanents dans des zones non autorisée. Ainsi à Genève, il y avait 800 personnes prostituées en 2004, et 4140 recensées en 2011, sans compter les clandestines.
      «On est dans un quartier de non-droit. Avec tous ces dealers, ces bagarres et ces agressions, les mecs ont peur!» poursuit Marina qui ne veut plus travailler la nuit. Trop d’insécurité. Trop dangereux. «Certains soirs, on se croirait dans le 9-3 [banlieue connue pour sa violence]», poursuit Jérôme, le patron du sex-center (Le Matin, C'est la crise chez les prostituées, 03.04.2012)
      http://www.lematin.ch/suisse/c-crise-prostituees/s

  • Sylvain Auclair - Abonné 13 juin 2014 10 h 11

    Si ces femmes avaient un casier judiciaire...

    en quoi les arrestations et les condamnations à des amendes et/ou de la prison les auraient-elles aider à s'en sortir?