Le choix de Harper contesté par des experts

Le chef néodémocrate, Thomas Mulcair, s’inquiète de l’impartialité du commissaire Daniel Therrien, car celui-ci a contribué à l’élaboration de certains projets de loi sensibles.
Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick Le chef néodémocrate, Thomas Mulcair, s’inquiète de l’impartialité du commissaire Daniel Therrien, car celui-ci a contribué à l’élaboration de certains projets de loi sensibles.

Nouvelle nomination du gouvernement, nouvelles critiques. Le dernier nommé de Stephen Harper, cette fois-ci au commissariat à la protection de la vie privée, ne fait pas l’unanimité. Une coalition de groupes et d’experts dans le domaine reproche au premier ministre d’avoir retenu un ex-fonctionnaire qui manque d’expérience et qui pourrait se retrouver en conflit d’intérêts en surveillant des lois et politiques qu’il a aidé à façonner.

 

Mercredi dernier en fin d’après-midi, Stephen Harper annonçait la nomination de Daniel Therrien à titre de commissaire à la protection de la vie privée. Un choix rapidement contesté par une trentaine de chercheurs, professeurs d’université et associations qui ont fait connaître leurs inquiétudes dans une lettre envoyée au premier ministre cette fin de semaine.

 

Lacunes

 

À leur avis, M. Therrien, fonctionnaire depuis une trentaine d’années, « manque de perspective et d’expérience ». Qui plus est, il était jusqu’à sa nomination sous-procureur général adjoint responsable de la Sécurité publique, de la Défense et de l’Immigration au sein du ministère de la Justice. « La responsabilité directe de M. Therrien et son regard porté sur plusieurs des programmes contre lesquels il devra maintenant lutter ne font qu’aggraver la courbe d’apprentissage à laquelle il fait face », font valoir les experts dans leur missive. « Nous nous inquiétons en outre [du fait] qu’en raison de son rôle de conseiller juridique pour nombre de ces programmes, M. Therrien pourrait être confronté à des conflits d’intérêts qui pourraient le disqualifier de pouvoir contester ces programmes en tant que commissaire à la vie privée », écrivent-ils au premier ministre.

 

Des critiques reprises par le chef néodémocrate, Thomas Mulcair, qui s’est inquiété, aux Communes lundi, de voir « un chien de garde des programmes d’espionnage sans mandat qu’il a lui-même aidé à créer ».

 

Le premier ministre a défendu sa recrue, « un expert dans son domaine ». « Il a passé trente ans comme fonctionnaire distingué. Il est pleinement capable de comprendre à la fois son rôle de fonctionnaire dans le passé et son futur rôle de commissaire à la vie privée, et il s’acquittera de ses responsabilités comme il se doit », a réitéré M. Harper, en notant que M. Therrien saura s’expliquer en comité — où il est prévu qu’il comparaisse ce mardi midi.

 

C’est le président du Conseil du trésor, Tony Clement, qui a recommandé la nomination de M. Therrien après l’avoir rencontré, de même qu’une autre candidate, en entrevue, révélait le Globe and Mail lundi. M. Clement n’a pas voulu commenter le processus de sélection confidentiel, à sa sortie des Communes, reprenant plutôt les éloges du premier ministre.

 

Les libéraux ont de leur côté appuyé la nomination de M. Therrien. Les inquiétudes du NPD et des groupes de protection de la vie privée quant à l’impartialité de la personne nommée ne les préoccupent pas. « Je pense qu’il va être tout à fait capable de faire la distinction, a affirmé Stéphane Dion. On a vu très souvent des fonctionnaires de haut niveau qui, lorsqu’on leur donne de nouvelles responsabilités, les remplissent avec autant de compétence et d’efficacité que ce qu’ils faisaient avant. »

 

Déséquilibre

 

Les signataires de la missive déplorent par ailleurs que le projet de loi C-13 contre la cyberintimidation — qui octroie de nouveaux pouvoirs policiers pour mener des enquêtes dans Internet — soit étudié trop rapidement à leur goût par le comité de la justice. Résultat, l’aspect « cybercriminalité » a amplement été discuté, disent-ils, mais les mesures sur le transfert de renseignements personnels aux autorités gouvernementales sans mandat « n’ont pas reçu le même niveau d’attention particulière ». Un sort réservé de façon générale aux lois sur la protection de la vie privée, alors que celles régissant les pouvoirs d’enquête des policiers sont toujours rapidement adaptées à l’ère numérique, concluent-ils.

1 commentaire
  • André Fournier - Inscrit 3 juin 2014 07 h 39

    Choix du commissaire

    L'ironie, on apprenait hier, est que le comité de sélection avait choisi un autre candidat, en effet une candidate. Cependant, Harper, par le biais de son acolyte Tony Clement, mieux connu comme "Uncle Tony" par ses électeurs qui bénéficient pleinement de sa largesse quand vient le temps d'accorder des fonds pour multiples projets, a nominé M. Thérrien. Quand vient le temps de choisir des candidats, on se demande pourquoi il existe des comités de sélection si le choix se fait peu importe.