Roméo Dallaire en a fini avec le Sénat

Le sénateur a tenu à défendre le rôle «essentiel» de l’institution qu’il quittera le 17 juin.
Photo: Agence France-Presse (photo) Adrian Wyld Le sénateur a tenu à défendre le rôle «essentiel» de l’institution qu’il quittera le 17 juin.

La popularité de Roméo Dallaire l’a rattrapé. Débordé à cause de ses projets d’ordre international et humanitaire, le lieutenant général à la retraite a annoncé qu’il quittera son poste de sénateur plus tôt que prévu, soit à la fin du mois. Il estime avoir beaucoup de travail à faire à l’extérieur du Sénat.

 

Nommé à la Chambre haute par Paul Martin en 2005, M. Dallaire avait encore quelques années devant lui avant d’atteindre l’âge obligatoire de la retraite, soit 75 ans, qu’il fêtera en 2021. Mais il commençait à manquer de temps pour s’occuper de tous les projets qui lui tiennent à coeur. « Je quitte [mon poste] parce que je considère que j’ai des devoirs en dehors du Sénat qui m’appellent et qui exigent plus de mon temps », a expliqué le sénateur de 68 ans, mercredi, en point de presse.

 

C’est qu’il a déjà une multitude de projets en branle dans plusieurs domaines : enfants soldats, prévention de génocides, résolution de conflits et recherche sur le syndrome de stress post-traumatique. S’ajoutent à cela deux projets de livre. « J’ai 68 ans. J’ai de l’ouvrage encore à faire. Alors c’était opportun de partir à ce moment-ci », a-t-il résumé.

 

M. Dallaire ne part donc pas pour se reposer. Ni en raison du scandale des dépenses de trois de ses collègues qui a secoué le Sénat l’an dernier, a-t-il insisté. Tout cela « n’a rien à faire avec ma décision […] Je ne pars pas insatisfait. Je pars tout simplement parce que j’ai fait ma job ici, et je considère qu’il y a une autre job qui a grandi et que je dois maintenant faire celle-là, parce que je ne suis pas capable de faire les deux en même temps. »

 

Quant à l’institution qu’il quittera le 17 juin, le sénateur a défendu son rôle « essentiel ». « C’est crucial pour l’équilibre du pouvoir dans notre système de gouvernance […] Il faut une autre gang qui apporte des dimensions de partout. »

 

Figure bien connue, M. Dallaire a été propulsé à l’avant-scène internationale lorsqu’il a dirigé la mission d’observation des Nations unies au Rwanda lors du génocide de 1993-1994, ayant réclamé en vain l’aide de la communauté internationale. Son séjour dans le pays africain l’a marqué et il en porte encore aujourd’hui les cicatrices, souffrant d’un syndrome de stress post-traumatique qu’il traite à coup de « neuf pilules par jour ».

 

« Roméo Dallaire est un humanitaire dans une classe à part. Même si son départ est certainement une perte pour le Parlement, le monde entier continuera de profiter de son leadership et des services qu’il a rendus à la communauté internationale », a fait valoir le chef libéral Justin Trudeau. Des éloges repris par des collègues de M. Dallaire de tous les partis.

 

Le départ de M. Dallaire laissera un 10e siège vacant au Sénat — le deuxième pour le Québec. Stephen Harper profitera-t-il de l’occasion pour accroître sa majorité à la Chambre haute, alors que les conservateurs comptent 57 sénateurs pour 32 libéraux et 7 indépendants ? Le bureau du premier ministre s’est contenté de répondre que M. Harper n’a « aucune intention d’en nommer dans un futur rapproché » — sans quantifier cette mesure.

1 commentaire
  • michel lebel - Inscrit 29 mai 2014 04 h 36

    L'histoire jugera

    Roméo Dallaire, personnage controversé quant à son rôle réel au Rwanda, est devenu un mythe canado-québécois, un héros contemporain. Je laisserais plutôt l'histoire décider de la question. On ne peut que souhaiter bonne fortune à cet ancien militaire et bientôt ancien sénateur dans ses projets humanitaires.

    Michel Lebel
    Paris