Trudeau défend le droit absolu des femmes à l’avortement

Justin Trudeau
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Justin Trudeau

C’est au nom du droit absolu des femmes au libre-choix que Justin Trudeau refuse que le gouvernement fédéral s’immisce d’une quelconque façon dans l’encadrement des avortements au Canada. Le débat sur les avortements sélectifs ou tardifs ne relève pas d’Ottawa, dit ainsi le chef libéral.

 

« Ma position est très claire : le Parti libéral du Canada [PLC] ne croit pas que c’est la job du Parlement d’imposer des limites au choix des femmes, a soutenu Justin Trudeau en entretien avec Le Devoir, samedi. Je sais que le milieu médical est déjà préoccupé par cette question [des avortements sexo-sélectifs]. Mais pour moi, le choix d’une femme informée par son médecin est un droit à défendre. »

 

Même chose en ce qui concerne les avortements tardifs : M. Trudeau se fie là aussi au bon jugement des médecins pour déterminer la limite acceptable. « Ce qu’ils font déjà », dit-il.

 

Le PLC « ne veut pas rouvrir le débat sur l’avortement », indique son chef. Mais des propos tenus par M. Trudeau le 7 mai l’ont toutefois indirectement remis à l’avant-plan.

 

En réaction à une initiative de la Campaign Life Coalition — qui souhaite noyauter les associations des principaux partis pour faire élire des candidats pro-vie dans les 30 nouvelles circonscriptions qui seront en jeu en 2015 —, Justin Trudeau a décrété que, pour être candidat libéral, une personne devra « s’engager à voter pro-choix, quelle que soit la proposition qui survient ». Point barre. Les pro-vie déjà membres de son équipe profiteront toutefois d’une sorte d’amnistie.

 

La position du PLC rejoint celle du NPD et du Bloc québécois, mais elle a suscité de très nombreuses réactions dans la presse anglophone du pays (le cardinal Thomas Collins, de Toronto, s’en est aussi mêlé).

 

Doutes éthiques

 

Certains chroniqueurs ont notamment fait valoir que Justin Trudeau privera ses troupes de candidats qui seraient pro-choix, mais auraient des doutes éthiques sur le recours aux avortements sélectifs ou tardifs. Depuis le jugement Morgentaler en 1988, l’avortement n’est plus un crime au Canada. Mais aucune loi n’encadre la pratique. Et ça ne changerait pas sous un gouvernement Trudeau.

 

« Ce que les gens doivent comprendre, dit-il, c’est que le PLC va toujours défendre ce droit des femmes » de choisir. En légiférant, « le gouvernement ne ferait que limiter les droits. Il s’immiscerait dans un débat qui finirait trop facilement par enlever des droits aux femmes. Le PLC est le parti de la Charte des droits et libertés, il défend donc les libertés individuelles, dont celle du libre-choix d’une femme au sujet de l’avortement ».

 

Quant aux candidats libéraux qui voudraient faire valoir leur réticence devant les avortements sexo-sélectifs, Justin Trudeau dit que « les opinions personnelles sont bienvenues au PLC. Mais le parti est pro-choix et va le demeurer », martèle-t-il.

 

Au Canada, l’existence du recours aux avortements décidés selon le genre du foetus (ce que certains appellent « foeticide féminin ») a été révélée en janvier 2012 par l’ancien rédacteur en chef du Journal de l’Association médicale canadienne, Rajendra Kale. Il s’inquiétait notamment du déséquilibre observé dans le ratio entre les sexes chez les enfants de familles canadiennes originaires de certains pays d’Asie.

 

Relever le parti

 

Justin Trudeau a par ailleurs participé samedi à la première journée du congrès biennal de l’aile québécoise du parti, à Victoriaville. Quelque 500 militants ont assisté à l’exercice présenté comme une préparation électorale. Trois ans après la dégelée électorale du PLC (qui avait fait élire sept députés au Québec), le chef Trudeau dit qu’il y a toujours « des ponts à rebâtir avec le Québec ».

 

« Le grand défi, pour nous, c’est de retisser un lien de confiance avec les Québécois, exprime M. Trudeau. Mais c’est un défi qui est aussi vrai un peu partout au pays, où le PLC a perdu énormément de sièges en 2011. » La recette ? « Le contact humain, répond-il. Il faut parler des priorités des gens, être à l’écoute, démontrer que le Canada va mieux quand les Québécois sont pleinement participants dans notre gouvernance. Ça fait trop longtemps que les Québécois sont en opposition [au fédéral]. Moi, je veux des candidats québécois forts pour avoir des ministres québécois forts. »

 

M. Trudeau pense que les Québécois sont « tannés de Stephen Harper », et qu’ils « veulent un gouvernement à l’image des valeurs que nous avons au Québec et ailleurs au pays ».

 

« Quand on voit ce sur quoi le gouvernement conservateur mise — notre monarchie, notre histoire militaire, l’appartenance britannique —, ça ne me surprend pas que les Québécois se sentent plus ou moins interpellés par cette conception du Canada que véhicule M. Harper », indique Justin Trudeau. Samedi, La Presse +faisait état d’une enquête menée pour le Conseil privé qui révélait que le sentiment d’appartenance des Québécois à l’égard du Canada a diminué depuis une décennie.

 

« Je peux rassurer les Québécois, il y a bien des gens du ROC qui se questionnent profondément sur ce que M. Harper fait de notre identité collective depuis presque dix ans », affirme le député de Papineau. Lui promet qu’un gouvernement libéral remettrait au goût du jour des « symboles que le gouvernement conservateur a complètement mis de côté et qui, pour bien des gens, sont des éléments de fierté du Canada ». Il cite le « bilinguisme, la Charte, les grandes contributions à l’international ».

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