Le Canada aurait dû se joindre à une mission internationale multilatérale, conclut un rapport

Ottawa — Pour la troisième fois en quatre ans, le gouvernement Harper a dépêché un important contingent exclusivement canadien afin d’observer le processus électoral en Ukraine, et ce, malgré un rapport ayant conclu qu’il serait plus abordable, crédible et efficace de se joindre à une mission internationale multilatérale.

Quelque 338 observateurs font partie de la mission indépendante canadienne en cours en Ukraine. Ils sont répartis à travers le pays afin d’évaluer l’intégrité du processus électoral dans le cadre de la présidentielle de dimanche.

Un autre groupe de 162 Canadiens surveille également l’élection au sein d’une mission multilatérale coordonnée par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), dont les missions sont considérées comme la norme à respecter par les spécialistes du domaine.

Troisième mission

En 2012 et en 2010, déjà, le Canada avait dépêché d’importantes délégations indépendantes en Ukraine pour observer les élections parlementaires et la précédente présidentielle, en plus de participer aux missions de l’OSCE.

Toutefois, après la première mission entièrement canadienne en 2004, un rapport d’évaluation préparée pour le gouvernement a conclu que l’ampleur de cette démarche bilatérale «ne devrait pas être considérée comme un précédent, mais seulement comme une “option de dernier recours” pour les futures missions d’observation canadiennes».

«L’utilisation de missions multilatérales pour des observateurs électoraux canadiens en mission de courte durée devrait continuer d’être considérée comme la première option», indique le rapport, obtenu par La Presse canadienne en vertu de la loi sur l’accès à l’information.

Plus chère et moins longue

Entre autres constatations, le rapport a révélé que le coût d’une mission d’observation indépendante atteignait pratiquement le double de celui d’une mission avec l’OSCE : 9335 dollars par observateur pendant huit jours, en 2004, contre 4981 dollars pour 10 jours de mission en Ukraine plus tôt la même année.

La mission 100 % canadienne a toutefois ses avantages, dit le document, notamment de donner de la «visibilité» au pays et de générer de bons sentiments au sein de la population ukrainienne. Et puisqu’environ 60 % des observateurs canadiens sont d’origine ukrainienne, plusieurs membres de la délégation «étaient familiers avec l’Ukraine et connaissaient sa langue».

Toutefois, il n’y a pas que de bons côtés. La délégation canadienne avait peu d’expérience d’observation électorale, et les Canadiens de descendance ukrainienne étaient parfois perçus comme étant «non neutres».

Ron Gould, l’un des coauteurs du rapport, affirme ne pas connaître un autre pays qui dépêcherait ses propres missions d’observation. «Ce n’est pas monnaie courante chez d’autres États et nous ne le faisons pas dans d’autres pays que l’Ukraine.»

Jusqu’à 4 millions ont été prévus pour la participation canadienne à la mission de l’OSCE. Et une autre mission parlementaire de l’OSCE, à laquelle 12 députés canadiens participent, compte sur un budget pouvant aller jusqu’à 200 000.


Par Joan Bryden