Les Femen s'invitent chez les pro-vie

Deux militantes du groupe Femen, seins nus et scandant des slogans, se sont invitées pendant le discours du cardinal et archevêque de Québec, Gérald Cyprien Lacroix.
Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick Deux militantes du groupe Femen, seins nus et scandant des slogans, se sont invitées pendant le discours du cardinal et archevêque de Québec, Gérald Cyprien Lacroix.
Ottawa — La manifestation annuelle pro-vie sur la colline parlementaire à Ottawa a accueilli des visiteuses inattendues : deux militantes du groupe Femen se sont invitées pendant le discours du cardinal et archevêque de Québec, Gérald Cyprien Lacroix. Seins nus, scandant des slogans tels que « Dieu, sors de mon vagin » ou bien « Ma chatte, mes règlements », elles ont fini par être menottées et arrêtées pour trouble à l’ordre public. Aucune accusation ne sera toutefois portée contre elles.

Cette année encore, environ 5000 personnes ont convergé vers le parterre du parlement pour demander que l’avortement soit interdit au Canada. L’archevêque Lacroix venait de commencer à lire un message envoyé par le pape François lorsque les deux militantes Femen ont surgi, portant seulement un court short de jeans et hurlant en boucle leurs messages. Les policiers les ont maîtrisées, mais ont dû plaquer au sol l’une d’elles, Neda Topalosky, qui résistait fortement à son arrestation. C’est alors que leur patron leur a fait signe de les relâcher.
 
Aussitôt libres, les femmes se sont dirigées de nouveau vers le podium. Un des organisateurs, Matthew Wojciechowski, a lancé : « Messieurs les agents, faites quelque chose. Il y a des enfants ! » Neda Topalosky et Delphine Bergeron ont alors été menottées et embarquées dans une voiture de police sous le regard de militants récitant des prières ou lançant des « On vous aime quand même ».
 
Une des organisatrices des Femen, Laurence Bergeron-Michaud, a expliqué que le coup d’éclat avait été organisé pour répliquer à ces milliers de personnes « qui sont dogmatiques dans leur jugement de la façon dont les femmes gèrent leur corps. Il n’y a pas d’ouverture au dialogue ». Si l’interruption est survenue pendant le discours du prélat, c’est parce que « c’est une personne qui représente l’Église, un pouvoir patriarcal qui est encore beaucoup trop fort ».
 
Le message du pape que l’archevêque a lu disait que François « prie pour que cet événement suscite un plus grand respect pour le droit inviolable de la vie de chaque personne, à partir de la conception jusqu’à la mort naturelle, et appuie les efforts de tous ceux qui travaillent pour que ce droit humain fondamental reçoive la protection légale adéquate ». Le Saint-Père a transmis « sa bénédiction apostolique » aux « personnes qui aident les femmes lors de grossesses non désirées ».
 
Présent à la manifestation, le porte-parole de Campagne Québec-Vie, Georges Buscemi, a déploré cette action des Femen tout en la prenant avec un grain de sel. « Un événement n’est jamais un véritable événement tant que les Femen n’y apparaissent pas », a-t-il d’abord dit à la blague. Il dit voir en ces femmes « une espèce de rage de blessure ». « Ça fait pitié. On n’agit pas comme ça. C’est pas du monde. Mais en même temps, je comprends que des gens peuvent être choqués contre nous. »
 
Au nombre des personnes ayant pris la parole à l’événement cette année se trouvait Jason Evert, instigateur du Projet Chasteté prêchant l’abstinence dans les écoles américaines. Il regrette que les jeunes d’aujourd’hui soient élevés « dans une culture de la contraception où on dissocie faire l’amour et donner la vie ». Si on désire réduire le nombre de grossesses non désirées, « on a besoin de faire renaître la vertu de la chasteté. Le message du sexe sécuritaire dévalorise la femme en la réduisant à ses organes reproducteurs. Les femmes sont bien plus que leurs organes reproducteurs. Les femmes ont un coeur, une âme, un esprit ».

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