Les pro-vie veulent noyauter les partis en vue de 2015

Le mouvement pro-vie s’organise en vue de la prochaine élection fédérale. Campaign Life Coalition dit cibler les 30 nouvelles circonscriptions qui s’ajouteront à la carte électorale en noyautant les associations des principaux partis pour faire en sorte qu’ils présentent des candidats opposés à l’avortement. Il semble cependant que seul le Parti conservateur sera vulnérable, car après le NPD et le Bloc québécois, le Parti libéral annonce à son tour qu’il écartera tout candidat n’étant pas pour le libre-choix en la matière.

 

« Le mouvement pro-vie est plus fort que jamais auparavant. Nous sommes jeunes, dévoués, et nous avons un objectif à très long terme. Si les politiciens n’écoutent pas ceux qu’ils représentent, ils ne seront pas réélus »,a lancé en conférence de presse Alissa Golob, la directrice jeunesse de Campaign Life Coalition. « Notre objectif à long terme est de mettre un terme à l’avortement. À court terme, c’est de sortir du Parlement tout politicien pour l’avortement. Nous sommes tannés d’être ignorés. »

 

Mme Golob révèle que le mouvement anti-avortement a développé sa stratégie au cours de la dernière année et a lancé la campagne « 30 pour la vie » en référence aux 30 nouvelles circonscriptions qui s’ajouteront à la carte électorale fédérale pour le scrutin de 2015. En l’absence de député sortant, tous les partis politiques doivent y tenir une investiture pour désigner leur candidat.

 

« Nous ne révélerons pas les détails de notre stratégie, mais nous travaillons au niveau des investitures pour obtenir des candidats pro-vie et faire élire des députés pro-vie. » Tout au plus admet-on cibler le Parti conservateur et le Parti libéral, et concède-t-on que le Québec n’est pas un terreau fertile pour cette campagne.

 

Comme en 1993

 

Un autre porte-parole de Campaign Life Coalition, Matthew Wojciechowski, explique que cette discrétion est nécessaire pour ne pas faire dérailler le plan. « Nous avons vu que chaque fois qu’un candidat se présente à l’élection et dit croire à la vie et à la dignité humaine de la conception jusqu’à la mort naturelle, c’est comme si on lui peignait une cible dans le dos. Alors nous sommes évidemment très discrets et prudents, nous ne voulons pas nous cacher, nous n’avons pas d’intentions cachées, nous disons clairement ce que nous faisons, mais nous voulons aussi protéger ceux qui défendent la vie. » Il ajoute qu’« une fois que les candidats seront officialisés », l’information sera affichée sur Internet.

 

Cette tactique n’est ni chimérique ni inédite. Elle avait été utilisée avec succès en 1993. Attirés par les sondages donnant le PLC de Jean Chrétien gagnant, les opposants à l’avortement avaient créé le groupe Liberals for Life. Ils avaient réussi à faire élire leurs représentants à la totalité des postes de certaines associations libérales torontoises et se targuaient d’avoir remporté 60 des 295 investitures libérales, surtout en Ontario. Officiellement, le PLC était pour l’avortement, mais le NPD avait eu beau jeu de demander publiquement quelle était sa véritable position.

 

Le Parti libéral s’est retrouvé à la Chambre des communes avec un important contingent pro-vie, contingent qui lui a jusqu’à tout récemment causé de mauvaises surprises. En 2010, les libéraux s’opposaient à la décision du gouvernement conservateur d’exclure l’avortement et la contraception de son initiative en santé maternelle dans les pays pauvres. Les libéraux de Bob Rae ont fait voter une motion qui aurait dû être adoptée puisque les conservateurs étaient minoritaires et seuls dans leur coin sur cette question. Elle a plutôt été défaite… grâce aux libéraux : 13 se sont absentés lors du vote, un autre s’est abstenu et trois ont voté avec le gouvernement contre la motion. En 2008, autre revers libéral : 27 députés avaient voté avec le gouvernement pour un projet de loi qui faisait du foetus une victime à part entière lorsqu’une femme enceinte était agressée ou assassinée.

 

Trudeau

 

Le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, a indiqué mercredi qu’il ne laisserait pas son parti politique être envahi de la sorte par les candidatures pro-vie. « Tout candidat qui veut se présenter pour une investiture au Parti libéral doit s’engager à voter pro-choix, quelle que soit la proposition qui survient », a indiqué M. Trudeau. Il accorde une sorte d’amnistie aux députés pro-vie qui sont déjà dans l’équipe. En fait, il ne reste plus que John McKay. Ce dernier ne s’est pas étonné de la sortie de son chef. « C’est ce qu’est le parti, et tout député a un jour ou l’autre un moment malaisant avec son parti. »

 

À ceux qui accusent M. Trudeau de ne pas respecter sa promesse de tenir des investitures ouvertes en agissant ainsi, le principal intéressé répond que c’est mal comprendre la nature d’un parti politique. Un parti a toujours le droit de s’assurer que ses représentants incarnent ses politiques, fait-il valoir. « Ben oui, ça reste des nominations ouvertes. »

 

La colline parlementaire vibrera au rythme des pro-vie ce jeudi, alors que Campaign Life Coalition tiendra sa manifestation annuelle. Cette fois, les militants demanderont que Santé Canada refuse d’approuver la pilule abortive RU-486, toujours en évaluation. Cette pilule fait avorter une grossesse déjà entamée, par opposition à la « pilule du lendemain » qui prévient la grossesse en empêchant la nidification.

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