Un régime de moins en moins accessible

En chiffres absolus, on note qu’il y a eu 1,31 million de chômeurs en 2012-2013, une baisse de 2,6 % attribuable à l’amélioration de la situation économique au Canada.
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz En chiffres absolus, on note qu’il y a eu 1,31 million de chômeurs en 2012-2013, une baisse de 2,6 % attribuable à l’amélioration de la situation économique au Canada.

Nouveaux chiffres, nouveaux records : l’accès au régime d’assurance-emploi s’est encore resserré l’an dernier, révèle le rapport de contrôle annuel du système. Moins de 40 % des chômeurs ont ainsi pu recevoir des prestations d’assurance-emploi, un plancher historique.

 

Mis en ligne discrètement sur le site d’Emploi et Développement social, le Rapport de contrôle et d’évaluation de l’assurance-emploi 2012-2013 montre que le ratio prestataires/chômeurs s’est établi à 38,8 % durant la période visée.

 

L’an dernier, le même rapport situait à 41,3 % cette proportion, et soulignait qu’il s’agissait du « plus faible ratio depuis le début du siècle ». Jusqu’au début des années 90, près de 85 % des chômeurs touchaient des prestations. Les différentes réformes menées par les gouvernements Mulroney, Chrétien et Harper ont réduit de plus de la moitié le taux de couverture.

 

Autre indicateur d’un accès plus restreint : le ratio entre les chômeurs dont la cessation d’emploi répondait aux critères de l’assurance-emploi et ceux qui ont touché des prestations. Il s’est établi à 53,9 % l’an dernier, en baisse de 1,2 point par rapport à 2011, et de près de neuf points par rapport à 2010.

 

Ce ratio est « jugé plus pertinent que les autres mesures de l’accessibilité, car il tient compte uniquement des chômeurs qui font partie des clients visés par l’assurance-emploi », indique la Commission de l’assurance-emploi du Canada (CAEC). Celle-ci estime que le ratio prestataires-chômeurs a certes l’avantage de la « simplicité et de la disponibilité des données historiques » permettant les comparatifs. Mais il « englobe beaucoup de personnes qui ne répondent pas aux critères du régime », dit-on.

 

Filtres

 

En chiffres absolus, on note qu’il y a eu 1,31 million de chômeurs en 2012-2013 (une baisse de 2,6 % attribuable à l’amélioration de la situation économique au Canada). De ce nombre, 808 000 personnes avaient contribué au régime — première étape pour se qualifier. Les autres, un peu plus d’un demi-million, étaient des chômeurs de longue date ou des travailleurs autonomes.

 

Parmi ceux ayant cotisé au régime, 180 000 avaient quitté leur emploi volontairement, ce qui les rendait inadmissibles. Au final, moins de la moitié des chômeurs (48 %, soit 629 000 personnes) avaient eu un emploi assurable et une cessation d’emploi valide.

 

Un autre filtre — le nombre d’heures travaillées — a disqualifié 113 000 personnes. La CAEC établit donc à 515 000 le nombre officiel de chômeurs admissibles à recevoir des prestations (soit un taux d’admissibilité de 82 %). Tout mis ensemble, 339 000 chômeurs ont finalement touché des prestations en 2012-2013. Cela veut dire que 469 000 chômeurs ont payé des cotisations sans retirer de prestations.

 

Plusieurs facteurs peuvent expliquer les variations, note le rapport. Le taux d’admissibilité fluctue notamment en fonction des modifications à la composition du marché du travail.

 

Québec

 

La CAEC constate encore une fois que les provinces de l’Atlantique et le Québec sont « surreprésentés au niveau des demandes de prestations ordinaires, alors que l’Ontario et les provinces de l’Ouest sont sous-représentés ».

 

Les chômeurs québécois ont déposé près du tiers (32,2 %) de toutes les demandes de prestations du pays, devant l’Ontario (29,8 %). Or, le marché de l’emploi du Québec ne représente que 22,8 % du total canadien, note le rapport. Au bout du compte, les chômeurs québécois ont touché 29,8 % des prestations versées.

 

Pour être admissible, un chômeur doit notamment avoir cotisé au régime d’assurance-emploi dans les 12 derniers mois, et avoir travaillé entre 420 et 700 heures assurées, selon la région économique où il habite. Une démission ou un renvoi pour inconduite disqualifie automatiquement un chômeur.

 

Le rapport de contrôle indique aussi que les prestataires ont touché des chèques pendant 19,9 semaines en moyenne (ces chiffres sont pour 2011-2012), une baisse de près de deux semaines par rapport à l’année précédente. Un peu moins du tiers des prestataires ont épuisé toutes les prestations auxquelles ils avaient droit.

 

Les effets de la réforme du régime d’assurance-emploi décrétée par le gouvernement Harper seront pleinement mesurés dans le prochain rapport de contrôle et d’évaluation. Les modifications sont entrées en vigueur en janvier 2013, alors que le rapport analyse les données jusqu’à la fin mars.

 

Ottawa satisfait

 

À Ottawa, le cabinet du ministre Jason Kenney s’est dit satisfait de l’état de la situation brossé par le rapport. « Il démontre que le programme continue de soutenir les chômeurs dans leur transition au travail, en tenant compte des conditions du marché du travail local », juge-t-on.

 

Le gouvernement salue le fait que « le volume des demandes de prestations continue de diminuer avec la reprise économique », et soutient que « l’admissibilité à l’assurance-emploi a augmenté en 2013 ».

 

Pour en arriver à cette conclusion, Ottawa ne tient compte que du taux d’admissibilité — soit essentiellement le ratio entre les chômeurs admissibles à des prestations par rapport au nombre de chômeurs qui se seraient qualifiés, mais qui n’ont pas travaillé assez d’heures. Le rapport indique que ce taux a augmenté entre 2011 et 2012, pour revenir aux niveaux prérécession.

23 commentaires
  • Guy Vanier - Inscrit 7 mai 2014 02 h 19

    De plus en plus comme nos voisins américains!

    <Ottawa — Le nombre de détenus dans les prisons fédérales n’a peut-être pas augmenté autant que prévu à la suite des divers resserrements de la loi par les conservateurs, mais il a quand même crû et les nouvelles cellules construites ne permettront pas d’alléger la surpopulation à moyen terme. Résultat : les infrastructures vieillissantes coûtent plus cher à gérer et les condamnés n’obtiennent pas tous les services nécessaires.

    Ce sont les constats auxquels arrive le vérificateur général Michael Ferguson, dans un rapport portant sur le Service correctionnel Canada (SCC) rendu public mardi. Le nombre de détenus dans des prisons fédérales a augmenté depuis que les conservateurs sont au pouvoir, passant de 12 600 (moyenne entre 2000 et 2005) à 15 200 (chiffre de 2013). Mais il n’a pas atteint le sommet de 18 000 que prévoyait le SCC.>

    Bientôt avec harper, nous allons ressembler à nos voisins avec ce qu'ils ont de plus désagréable. Plus de support pour les chômeurs, s'ils désespèrent nous allons avoir de belles prisons pour eux.....

    • Serge Lemay - Inscrit 7 mai 2014 07 h 03

      Bien dit Monsieur Vanier, Harper à l'instar de ce que l'on entend à la commission Charbonneau sait très bien où investir, le béton des prisons plutôt que les services sociaux. C'est ce que s'apprête à faire Couillard. réviser les programmes sociaux luxueux du Québec (ce sont ces termes) pour les aligner sur le contexte nord Américain tout en dégagent de l'argent pour les infrastructures, j'en perd mon latin...

    • Michel Vallée - Inscrit 7 mai 2014 11 h 57

      @Serge Lemay

      <<Le béton des prisons plutôt que les services sociaux>>

      Bah! La prison, n'est-elle pas une forme de service social ?

    • Daniel Bérubé - Inscrit 7 mai 2014 14 h 02

      @ Michel Vallée 11h54

      Votre référence provient du gouv. féd., qui selon moi y fait apparaître les chiffres qui lui conviennent le mieux, pouvant alors démontrer la sois disant efficacité de vos choix. Soyons plus sérieux...

    • Daniel Bérubé - Inscrit 7 mai 2014 14 h 06

      @ Michel Vallée 11h57

      J'imagine que le retour à l'esclavagisme serait exellent pour la baisse du chômage, les gens n'étant plus disponible à l'emploie ?

      Pourquoi ne pas fonder, ici au Québec, quelque chose comme... "La fête du thé" ? ... ;-)

    • Michel Vallée - Inscrit 8 mai 2014 03 h 27

      @Daniel Bérubé

      Mon commentaire était sarcastique

    • Michel Vallée - Inscrit 8 mai 2014 03 h 29

      @Daniel Bérubé

      L’école de criminologie de l’U de M elle-même affirme que la criminalité régresse au pays depuis plusieurs années.

  • Josette Allard - Inscrite 7 mai 2014 07 h 05

    Priver les travailleurs de ce qui leur revient

    Harper est passé maître dans ce domaine. J'ai près de soixante ans et n'ai eu recours à cette assurance qu'à deux reprises dans ma vie , mais j'étais bien content que ce régime existe au moment où j'en ai eu besoin.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 7 mai 2014 08 h 45

      M.Cossette

      "Les chômeurs québécois ont déposé près du tiers (32,2 %) de toutes les demandes de prestations du pays, devant l’Ontario (29,8 %). Or, le marché de l’emploi du Québec ne représente que 22,8 % du total canadien, note le rapport. Au bout du compte, les chômeurs québécois ont touché 29,8 % des prestations versées."

      Le QC est largement bénéficiaire de l'A-E canadienne...Croyez-vous que le QC ne devrait pas mettre de l'ordre dans ce programme s'il était sous juridiction provincial ou sous celle d'un nouveau pays?

    • Serge Clement - Inscrit 7 mai 2014 10 h 11

      À Mme Sol Wandelmaier,
      Faire des comparaisons d'ordre quantitatif comme vous le faites revient à tenter de faire avaler des couleuvres à "la populasse"comme nos politiciens savent si bien le faire. Vous ne parlez pas des domaines d'emplois, du travail précaire ou pas, etc. qui meublent notre réalité du marché du travail et qui en conditionnent son articulation. Vous ne travaillez certainement pas dans le milieu de la réinsertion socio-professionnelle quand vous parlez de mettre de l'ordre dans ce programme. Osez donc une aventure en sol Assurance emploi et vous m'en reparlerez. Mais je ne vous le souhaite pas, sincèrement pas.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 7 mai 2014 10 h 14

      Ceci m'apparaît comme : pourquoi payer des pompiers quand il attende qu'il y ait un feu. Au Canada, parce qu'il y a des saisons bien différentes il y a des emplois saisonniers et que voulez-vous on pêche quand c'est possible et les travailleurs spécialisés selon certains emplois ne sont pas facile à former et quand ils sont compétents c'est bien désolant de perdre du temps et dépenser inutilement pour devoir en former d'autres.
      Il semble, que les députés et nembres du PCC de Harperpensent que tout le Canada fonctionne comme le nord de l'Alberta le long de la rivière Athbaska 24/24 365 jours par an pour produire le sale bitume qui devrait polluer le plus de pays de la planète.
      J'espère que des gens ayant un minimum de conscience sociale pourront faire changer les choses pour mieux encadrer les revenus des travailleurs saisonniers.
      Mais ce qui est pire, c'est que ce fonds de l'A E payés par les travailleurs et employeurs est régulièrement accaparé par le gouvernement fédéral qui l'utilise à sa guise.
      Puis, quand les travailleurs n'ont plus accès à l'A E ils doivent recourrir à l'aide sociale de compétence provinciale qui doit écoper et subir les décisions fédérales.
      Selon moi, les fonds de L'A E devraient contribuer à faire de la modernidsation de formation à de la mise à jour des compétences pour rendre les travaill;eur plus aptes à combler les milliers d'emplois qui sont tôt ou tard disponbibles dans tous les régions " coast ti coast " (from US border to NWT )...

    • Michel Vallée - Inscrit 7 mai 2014 12 h 02

      @Louis Cossette

      <<Priver les travailleurs de ce qui leur revient. Harper est passé maître dans ce domaine>>

      C'est le PLQ à Jean Chrétien qui a commencé le bal à ce sujet. Sous son règne, la caisse de l'Assurance-chômage avait été carrément détournée.

    • Charles Lebrun - Abonné 7 mai 2014 12 h 38

      Personnellement, j'y ai eu recours 14 fois! Et à chaque fois, c'était la déprime... Mes emplois n'étaient que des remplacements de congé de maternité! J'avais même la réputation, à la blague, dans mon milieu, de mettre mes copines enceinte afin de les remplacer! Après 20 ans de ce manège, je me suis tanné et j'ai démarré mon entreprise. Heureusement car aujourd'hui, je ne me qualifierais plus. Et avec la "discrimination positive", je ne suis jamais parvenu à me trouver un emploi permanent dans mon domaine... Ce sont les "travers du système" et il faut vivre avec et je suis d'accord!

      Le problème, avec l'AE c'est que ce sont les travailleurs et les employeurs qui paient, mais c'est géré par le Fédéral! Les "payeurs" n'ont pas leur mot à dire! Étrange! Ne trouvez-vous pas?

  • Pierrette L. Ste Marie - Inscrit 7 mai 2014 08 h 06

    C'est quoi

    Tout le monde en paye mais peu y ont droit......!

  • Nicole Moreau - Inscrite 7 mai 2014 08 h 20

    de moins en moins un programme en lien avec ses objectifs

    si peu de gens ont accès au programme d'assurance emploi qu'il est à se demander si les objectifs initiaux n'ont pas été "oubliés" par le gouvernement, qui ne fournit aucune somme pour son financement mais qui érige les balises qui en fixent le fonctionnement, si bien que beaucoup d'argent est sans doute amassé grâce à ce programme

  • Damien Tremblay - Inscrit 7 mai 2014 08 h 23

    Un pas de plus vers l’assimilation aux États-Unis

    Aucun doute : Le gouvernement Harper est celui qui aura le plus contribué è la destruction de l’entité canadienne et de sa social-démocratie. Comme les Canadiens ne sont pas moins naïfs que nos voisins du Sud, ils ne voient pas venir l’Armageddon déguisé en bon premier ministre.

    Le tout « agrémenté » d’une forte dose de négationnisme et de créationnisme. La voix de l’agneau, au timbre lénifiant pour nous franco-québécois, fait son œuvre de destruction. Toutes les civilisations et les sociétés qui les composent se sont effondrées sous le poids de leurs erreurs (Ronald Wright, Survivre au progrès).

    Caché derrière le paravent de la rationalisation, la destruction lente mais inexorable de l’assurance emploi est le dard qui va crever la ballon de la fierté ouvrière, en obligeant les travailleurs à sa plier aux diktats d’une oligarchie mondialiste dénuée de tout humanisme.

    Le pays qui était le plus riche de la planète (les USA) cache pudiquement des millions de chômeurs et d’itinérants derrière l’exubérance hollywoodienne : « The top of the luxure! ». D’ailleurs, 99% du bon peuple canadien-anglais a ses antennes branchées sur les stations de télévision américaines; contribuant ainsi à entretenir le mirage de l’American way of life ».

    La crise financière de 2008 n’a pas mené à la condamnation de l’armée des truands de Wall Street responsables d’une telle catastrophe. Au contraire : les gouvernements canadien et américain ont volé aux secours de ces mécréants qui récidivent de plus belle et sans aucune balise pour protéger les avoirs du petit peuple. Incurie totale!

    La destruction de l’assurance emploi n’est qu’un élément pour réduire à jamais au silence les apôtres du socialisme. Loin d’être mort, le maccarthysme a fait des petits canadiens d’autant plus efficaces avec ses prosélytes blottis à l’intérieur du Parti Conservateur.