Ottawa met sa réforme en veilleuse

Ottawa — Le gouvernement fédéral a perdu son interlocuteur au sein des Premières nations, avec le départ du chef national Shawn Atleo vendredi dernier. Prenant acte de ce changement de garde, Ottawa suspend l’étude de sa réforme du système d’éducation autochtone au pays.

«Toute considération future du projet de loi sera mise en veilleuse jusqu’à ce que l’APN [Assemblée des Premières nations] clarifie sa position», a fait savoir le bureau du ministre des Affaires autochtones Bernard Valcourt, lundi. Le député autochtone Rob Clarke —membre du comité parlementaire sur les affaires autochtones — a indiqué à sa sortie des Communes que, «lorsqu’un nouveau chef sera en poste, nous lui parlerons probablement».

Les conservateurs consulteront-ils d’autres chefs de bande, ou rencontreront-ils uniquement le prochain chef national de l’APN qui remplacera M. Atleo? 

Pas de réponse, ni de la part de M. Valcourt ou ni de celle de M. Clarke.

Shawn Atleo a causé la surprise vendredi lorsqu’il a annoncé sa démission, expliquant qu’il voulait éviter d’être une distraction dans le débat entourant la réforme du système d’éducation des communautés autochtones du pays.

C’est qu’au moment du dépôt du projet de loi C-33, mi-avril, M. Atleo avait parlé d’un «premier pas» dans la bonne direction. Or, plusieurs chefs s’opposent à la proposition conservatrice — notamment l’Assemblée des Premières nations du Québec et du Labrador, qui la conteste en Cour fédérale. Les critiques du C-33 arguent qu’en vertu de la réforme c’est Ottawa qui contrôlera l’éducation de leurs enfants.

Les leaders autochtones se rencontrent cette semaine à Ottawa, pour convenir de la suite des choses pour trouver un successeur à M. Atleo, de façon temporaire ou lors de leur prochaine assemblée.

Le règne de M. Atleo à l’APN avait déjà été contesté à l’hiver 2012-2013, dans la foulée du mouvement Idle No More. Des chefs l’avaient blâmé de participer à une rencontre avec Stephen Harper qui n’inclue pas tous les leaders.

Lundi au Parlement, les partis d’opposition se sont réjouis que le fédéral suspende l’étude de sa réforme, pour laquelle les conservateurs n’avaient pas suffisamment consulté à leur avis les centaines de Premières nations. «M. Harper, fidèle à sa nature, essayait d’enfoncer dans la gorge des Premières nations sa solution. Il a un ministre qui est coupé de la même étoffe que lui; il décide et il essaie d’imposer», a reproché le chef néodémocrate Thomas Mulcair.