Vivement un Québec post-charte

Il y a des symboles éloquents. Un drapeau canadien bien en évidence lors d’une cérémonie d’assermentation, par exemple. Ou encore un ministère dont le nom comprend les mots « diversité » et « inclusion ». Le Québec est bel et bienentré dans une ère post-Marois et post-charte, a-t-on remarqué dans la presse anglophone cette semaine.

 

Pour Graeme Hamilton (National Post), la place « proéminente » de l’unifolié dans le décor de la formation du Conseil des ministres mercredi n’était pas anodine. Non plus que le rôle dévolu à Kathleen Weil, désormais ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion.

 

Après l’épisode de la charte de la laïcité, la nouvelle appellation du ministère de l’Immigration envoie le message que « les jours de l’exclusion et de l’homogénéisation sont terminés », estime le chroniqueur. Il a retenu du discours de Philippe Couillard la main tendue vers les immigrants et vers les anglophones, de même qu’un message clair laissant entendre que les chicanes avec Ottawa ne seront pas au programme de son gouvernement.

 

Au Globe and Mail, l’équipe éditoriale souhaite que M. Couillard fasse plus que renommer un ministère au vocable inclusif : qu’il mette tout le dossier de la laïcité de côté. L’intention des libéraux de déposer un projet de loi encadrant les accommodements raisonnables et établissant le principe des services de l’État donnés et reçus à visage découvert doit ainsi être oubliée, dit le Globe.

 

Peu importe ce que les sondages disent, M. Couillard aurait tort d’aller de l’avant, écrit-on. « Il serait beaucoup plus intelligent » de ne pas toucher à un dossier « empoisonné ».

 

La charte des valeurs était une solution « perverse à un problème qui n’a jamais existé, soutient le Globe, qui a consacré des dizaines d’éditoriaux et de chroniques au sujet. M. Couillard sait comme n’importe qui que le projet de loi a été créé par le PQ pour semer la peur et la division au Québec », en plus de servir la cause souverainiste, poursuit le quotidien.

 

On estime que Philippe Couillard devrait faire confiance aux deux chartes des droits et libertés, aux tribunaux et à la maturité de la société québécoise en général pour réguler les problèmes quand ils se poseront.

 

Sécurité ferroviaire

 

La réponse d’Ottawa à la tragédie de Lac-Mégantic a été bien accueillie cette semaine — mais avec des réserves. D’une part, le Globe soutenait en éditorial que le gouvernement conservateur a pris beaucoup trop de temps à adopter de nouvelles règles de sécurité entourant le transport ferroviaire (annoncées mercredi par la ministre des Transports, Lisa Raitt). Bien sûr que le gouvernement est une grosse machine qui ne se retourne pas sur un dix cents, mais quand même.

 

Il aura donc fallu neuf mois pour qu’Ottawa annonce des changements législatifs qui vont forcer l’industrie à retirer immédiatement les wagons les plus dangereux. Ottawa accorde un délai de trois ans pour que les wagons DOT-111 construits avant 2011 soient retirés. C’est plus de temps qu’il n’en faut pour que l’industrie s’adapte, dit le Globe.

 

Le quotidien estime positifs les autres changements apportés — limitation de la vitesse des trains en zone peuplée, évaluation du danger des routes, maintenance renforcée, meilleure identification des produits. Au final, la réponse d’Ottawa est bonne, pense le Globe, qui remarque que Washington n’en a pas fait autant. Il faut ainsi saluer les efforts des conservateurs… mais aussi rappeler qu’ilsont manqué de vigilance avant l’accident.

 

Même réaction en éditorial au Toronto Star, où l’on souhaite notamment une plus grande transparence en ce qui concerne le transport des matières dangereuses près des villes.

 

Des nouvelles de Rob Ford

 

Quelques nouvelles de Rob Ford et de Toronto (où, encore une fois, il n’y a pas de hockey printanier pour se divertir) ? L’élection à la mairie n’aura lieu que le 27 octobre, mais la course est déjà bien enclenchée. Chroniqueur au Toronto Star, Bob Hepburn écrivait cette semaine que les Torontois n’ont pas de raison de s’inquiéter : Rob Ford ne sera pas réélu. Il a même toutes les chances de terminer troisième derrière Olivia Chow ou John Tory, dit-il.

 

Les premiers sondages ont donné de bons résultats pour Ford, avec plus de 40 % des gens qui approuvent sa gestion. On a vu 1500 partisans hurler à son lancement de campagne, d’autres agiter des figurines à tête branlante ou faire la file pour avoir une photo « selfie » avec lui. Dans ce contexte, il est normal que certains s’inquiètent de sa réélection, reconnaît Hepburn.

 

Mais ce n’est pas son cas. Hepburn soutient que Ford ne peut pas monter plus haut dans les sondages. Il n’a le soutien d’aucun leader politique, municipal, religieux ou universitaire. Tous les journaux, y compris son ex-allié Toronto Sun, s’opposent à sa candidature. Et son principal argument de vente — un appel au contrôle des dépenses à l’hôtel de ville — peut facilement être récupéré par ses adversaires.

 

Rob Ford ne fait aucun effort pour courtiser de nouveaux électeurs, se contentant de solidifier sa base électorale avec ses formules habituelles — où les « élites », les « gauchistes » et les « downtowners » sont cloués au pilori, remarque Hepburn. Ainsi, à moins que ses deux adversaires n’implosent carrément, ils se disputeront assurément la victoire, prévoit-il.

4 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 26 avril 2014 02 h 21

    Donneurs de leçons!

    On n'a pas de leçons à recevoir du canada (commandites, option-canada, coup d'État de Trudeau contre le Québec en 1982), et certainement pas du Globe and Mail! La charte ne faisait qu'imposer le minimum du minimum, il faut croire que c'est encore trop pour certains du ROC!

  • Jean Lapointe - Abonné 26 avril 2014 09 h 21

    Ce qui écoeure c'est leur bonne conscience.

    «La charte des valeurs était une solution « perverse à un problème qui n’a jamais existé, soutient le Globe, qui a consacré des dizaines d’éditoriaux et de chroniques au sujet. M. Couillard sait comme n’importe qui que le projet de loi a été créé par le PQ pour semer la peur et la division au Québec », en plus de servir la cause souverainiste, poursuit le quotidien.» (Guillaume Bourgault-Côté)

    Pourquoi peut-on laisser ce journal dire de telles énormités sans que personne au Québec ne proteste?

    Ils n'y vont pas de main morte en parlant de «solution perverse».

    Il serait temps que ces gens-là s'ouvrent sur le monde. Ils constateraient que le problème est bien réel et que la laïcité de l'Etat est une solution non seulement légitime mais très prometteuse.

    On dirait que ces gens-là à Toronto sont en retard d'un siècle.

    Et ce qui écoeure c'est leur bonne conscience.

    Il est temps qu'on en sorte de ce maudit pays.

  • Pierre CHAIX - Inscrit 26 avril 2014 12 h 32

    Le Québec et la Charte...

    Bonjour! Je suis un franco-québécois depuis...bien longtemps! Pas la nationalité, non, elle n'existe pas (encore!). Il est impensable de penser contre la laïcité dans l'Etat...Je l'ai dit et le répète : politique et Religion(s) n'ont rien à faire ensemble. La politique, c'est pour tout le monde, la Religion, quelle qu'elle soit, est individuelle...Elle doit se pratiquer chez soi et dans le lieu de culte, quel qu'il soit...mais pas dans l'espace public...Il y a plusieurs Religions, et c'est très bien, ce sont - comme en politique, d'ailleurs - les extrémistes que l'on doit éviter...En plus, avez-vous pensé aux athé(e)s ? Mêmes si on ne les suit pas, il faut les respecter! Alors, évitez de suivre une seule Religion (car, qu'on le veuille ou non, c'est de cela qu'il s'agit : je ne crois pas que d'autres Religions aient les mêmes "problèmes"...). Et, à part dans les pays où la Religion ci-dessus évoquée fait la Loi, il n'y a pas d'autres pays qui soient contre cette Charte...Merci de m'avoir lu et, j'espère, compris! A bientôt! Pierre.

  • Mario Jodoin - Abonné 26 avril 2014 13 h 25

    Servir la cause souverainiste?

    «en plus de servir la cause souverainiste, poursuit le quotidien.»

    En fait, cette politique de division a plutôt nuit à la cause souverainiste. Les derniers sondages ont tous accordé moins de 40 % à l'appui de l'indépendance. Avec son projet de charte, le PQ a fait reculer comme jamais l'appui à l'indépendance chez les non francophones d'origine canadienne-française. Or, cette population étant en croissance, c'est au contraire elle qu'il fallait convaincre de l'ouverture d'un Québec indépendant.

    Au bout du compte, le PQ a fait reculer sa raison d'être dans l'espoir de pouvoir obtenir un gouvernement majoritaire. Quel gâchis...