Conservateurs, libéraux et néodémocrates poussent un soupir de soulagement

Le chef du NPD, estiment certains stratèges, n’aura plus à justifier la présence de députés ayant déjà manifesté des sympathies pour le mouvement souverainiste.
Photo: Agence France-Presse (photo) Adrian Wyld Le chef du NPD, estiment certains stratèges, n’aura plus à justifier la présence de députés ayant déjà manifesté des sympathies pour le mouvement souverainiste.
Ottawa — L’élection d’un gouvernement libéral majoritaire à Québec a fait pousser un soupir de soulagement aux trois chefs fédéraux à Ottawa. En écartant la menace souverainiste, cette élection modifie la dynamique politique, et tant les conservateurs que les libéraux et les néodémocrates croient pouvoir tirer profit de la situation.

Le parti le plus soulagé semble être le NPD de Thomas Mulcair. « Ça assure un minimum de quatre à six ans de stabilité au niveau de l’unité nationale, explique un stratège néodémocrate. C’est le plus important. Les conservateurs et surtout les libéraux nous attaquent régulièrement sur ce front en nous reprochant d’avoir des éléments nationalistes refoulés dans nos rangs. Quand il n’y a pas de menace à l’horizon, ça sonne encore plus faux. »

Ce stratège rappelle à quel point le chef libéral, Justin Trudeau, critique le Nouveau Parti démocratique parce qu’il défend l’idée qu’un référendum est gagné par 50 % plus un des électeurs. Le Parti libéral du Canada (PLC) y voit un déni de la Loi sur la clarté référendaire qu’il a fait adopter lorsqu’il était au pouvoir. Cet enjeu n’est plus d’actualité pour plusieurs années, juge le NPD. « Les libéraux fédéraux ne pourront plus faire campagne là-dessus dans le ROC. Ça neutralise ce genre d’attaques. »

Au Québec, poursuit ce stratège, la dynamique est différente. La déroute du Parti québécois n’augure rien de bon pour le Bloc québécois, qui entame ces jours-ci la course au leadership pour remplacer Daniel Paillé, qui a quitté son poste pour des raisons de santé. Sans compter que les troupes souverainistes devront aussi trouver un successeur à Pauline Marois. « Il y aura deux courses au leadership simultanées, les troupes seront essoufflées. Ça nous donne les coudées plus franches pour conserver les sièges qu’on a ravis au Bloc en 2011. C’est plus facile quand il n’y a pas de vague vers un troisième référendum avec des drapeaux partout et l’enthousiasme qui vient avec. »

Les conservateurs

Du côté conservateur, on est aussi d’avis que le PLC se serait probablement repu — discrètement — d’une victoire péquiste. « Les libéraux fédéraux et les péquistes dansent au fond la même danse. Ce sont des ennemis qui se nourrissent l’un l’autre », explique un stratège. On estime donc que la victoire de M. Couillard enlève à Justin Trudeau la possibilité de se poser en « capitaine Canada ». On se réjouit par ailleurs du fait qu’un gouvernement fédéraliste n’assommera pas Ottawa avec « des chicanes fabriquées de toutes pièces ».

Au Parti libéral, on propose une tout autre lecture de la situation. Un conseiller de M. Trudeau souligne qu’une lassitude constitutionnelle s’est installée dans le reste du Canada. Il s’en trouve plusieurs pour ne plus craindre une séparation du Québec, voire pour penser que, si le Québec veut quitter le Canada, qu’il le fasse enfin. « Rappelez-vous le grand rallye de Montréal en 1995, le love-in, quand les gens étaient arrivés de Toronto ou de Terre-Neuve pour dire leur attachement au Québec. Cette fois, même avec la perspective d’un troisième référendum, on n’aurait pas eu autant de capital émotif dans le reste du Canada qu’aux deux précédents », pense ce conseiller.

En outre, la perspective d’un autre référendum aurait forcé les trois chefs fédéralistes à Ottawa à s’allier pour répondre au camp du Oui. Cette alliance aurait été une situation propre à mettre en valeur le premier ministre, pas un chef de l’opposition. « M. Harper aurait pu prendre une position dure dans le ROC, mais M. Trudeau est plus rassembleur. Ça n’aurait pas été une alliance naturelle. Disons que j’aurais été nerveux. »

Le Bloc

Pour sa part, le Bloc québécois a mis les analystes en garde contre les pronostics de mort imminente. L’aspirant chef André Bellavance a soutenu cette semaine que le Bloc et le PQ n’étaient pas « des vases communicants ». Son ex-chef, Gilles Duceppe, rappelle lui aussi que bien de l’eau peut couler sous les ponts d’ici le scrutin fédéral de 2015. « Tous s’entendaient pour dire qu’une victoire du PQ positionnerait bien le Bloc. À l’inverse, on pourrait facilement conclure que ça positionne mal le Bloc. Mais que va-t-il se passer d’ici un an ? »

Il faudra voir, croit-il, comment se dérouleront les négociations fédérales-provinciales sur une multitude d’enjeux. « Il y aura des négociations sur les paiements de transfert en matière de santé qui affectent les provinces. Ou encore sur la péréquation. Ça recommence. Le gouvernement fédéral a laissé entendre qu’il veut revoir la formule de calcul. Les autres partis fédéralistes sont un peu coincés par le fait qu’ils ont des intérêts différents dans les autres provinces. » Le Bloc aura beau jeu de se faire le porte-parole des revendications du Québec, prédit M. Duceppe.

La formule de péréquation doit être revue pour 2014-2015. Cependant, le calcul des transferts en santé pour la période 2014-2024 a été scellé — unilatéralement — il y a déjà plus de deux ans. Ottawa haussera les transferts à raison de 6 % par année jusqu’en 2017, après quoi la hausse sera arrimée à la croissance économique, avec un plancher de 3 %. Les provinces se sont plaintes de l’absence de négociations, mais Ottawa n’a pas bougé. Il y a également d’autres sujets susceptibles de permettre au Bloc de se démarquer, lui qui n’a pas à prendre les intérêts des autres provinces en considération. Par exemple, le péage sur le nouveau pont Champlain est dénoncé unanimement à Québec et à Montréal, mais le chef du NPD, Thomas Mulcair, n’a encore pas dit qu’il s’y opposait. La création d’une Commission des valeurs mobilières pancanadienne dérange le Québec et l’Alberta, mais est désirée par l’Ontario et la Colombie-Britannique, deux provinces que courtisent à la fois le PLC et le NPD.

Les votes de la CAQ

Les résultats de la Coalition avenir Québec, lundi dernier, intéressent également les partis fédéraux. La CAQ a perdu quatre sièges dans la grande région de Québec, fief du Parti conservateur sur la scène fédérale. En contrepartie, elle a fait des gains dans la région du 450. Du côté conservateur, on ne craint pas de perdre des plumes à Québec. « Les gens ont davantage dit non à un référendum qu’à la CAQ. » Le parti de François Legault a perdu en moyenne 3 ou 4 points de pourcentage par rapport à son score de 2012 dans les quatre circonscriptions perdues de Québec. Et cette baisse a été suffisante pour permettre au PLQ de la coiffer au fil d’arrivée. Inversement, dans la région du 450, la CAQ a obtenu un pourcentage de vote à peu près inchangé par rapport à 2012, mais comme le vote péquiste a diminué et que le vote libéral a augmenté d’autant, cela lui a permis de se faufiler.

Cela donne confiance aux néodémocrates, qui calculent que 40 % du vote caquiste est allé au NPD en 2011. « C’est parce que le vote caquiste n’est pas tant un vote de droite qu’un vote pour un parti non traditionnel. C’est un vote populiste, de rejet des vieux partis. En ce sens, c’est nous qui représentons cela sur la scène fédérale. Ce n’est pas pour rien que le NPD fait campagne sur des mesures telles que l’abolition des frais bancaires ou alors la préservation des services de Postes Canada. Ce sont des politiques de gros bon sens populaire. »

M. Harper propose des mesures similaires, par exemple la fin des frais d’itinérance sur les cellulaires, mais « il aura été au gouvernement pendant neuf ans. […] Il ne peut pas incarner cette fraîcheur de l’outsider ».
9 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 12 avril 2014 08 h 01

    Une idée

    "Une idée ne meurt pas" - Philippe Couillard

  • Benoit Toupin - Abonné 12 avril 2014 09 h 22

    Tout peut survenir!

    Il vient de se dégager une liste intéressante de candidats aguerris pour le Bloc. La dynamique politique au fédéral est tout à fait différente. Compte tenu des enjeux à venir, du choc brutal des souverainistes, de la faiblesse de la députation NPD, de la difficulté des partis fédéraux à concilier les intérèts nationaux et les préoccupations du Québec, tout peut survenir. Il est très difficile de prévoir les réflexes politiques des québécois. Leur attachement aux divers partis politiques, spécialement les partis fédéraux, est ténu et fragile. Auront-ils la prudence de ne pas mettre tous leurs oeufs dans le panier fédéraliste?

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 12 avril 2014 09 h 39

      Quand on voit un fédéraliste voter en faveur de la Souveraineté, ça fait sourire, et ;

      lorsqu'on voit un souverainiste voter couleur rouge ou orange, ça ... ?

      Oups ! - 12 avril 2014 -

  • André Michaud - Inscrit 12 avril 2014 09 h 47

    Non au PQ, oui au Bloc ?

    Comment peut-on rejeter l'idée même d'un référendum de façon massive et appuyer un parti qui prône la séparation ?

    Le Bloc c'est fini, quand au NPD au Québec , il faudra voir...

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 12 avril 2014 09 h 50

    ... se souvenir !

    Soupir de soulagement ou non, à et d'Ottawa, Québec se tient debout même si, parfois, il tombe !

    Soyons sans crainte à cet effet !

    En effet, bien avant nos fiers fédéralistes, les souverainistes savent que ce "Debout-du-Québec" ne cesse d'inspirer, de ...

    ... se souvenir ! - 12 avril 2014 -

  • Guy Lafond - Inscrit 12 avril 2014 10 h 07

    Un soupir de soulagement, vous dites?


    Un soupir dans les deux langues officielles, j'espère.

    En attendant de pousser ce long soupir, le prochain grand projet s'enclenchera-t-il aussi rapidement?

    Pourquoi pas un référendum à l'échelle du Canada avec deux questions très claires:

    Que désirez-vous accomplir avant la célébration du 150 ième anniversaire de la Confédération?

    a) réouvrir la Constitution afin de réintégrer le Québec dans le giron canadien avant 2017;

    b) ou tout simplement donner au Québec son statut officiel de pays avant 2017.

    Nous ne pouvons pas avoir le devoir de dire que cette proposition de référendum est hors de créance.

    Et il n'est pas question non plus de demander ici l'avis aux Américains!

    Je n'ai pas peur des Américains.

    Et vous?