Le grand soupir du ROC

Le ROC respire mieux. Après avoir littéralement tremblé à l’idée que le Parti québécois obtienne un mandat majoritaire et déclenche un troisième référendum, la presse anglophone a poussé cette semaine un grand soupir de soulagement à la suite de la victoire de Philippe Couillard.

 

Preuve que le temps passe vite en politique, tous les chroniqueurs et éditorialistes s’inquiétaient sérieusement du cocktail PQ-PKP il y a moins d’un mois. Le ROC était ébranlé. Certains prédisaient la tenue d’un référendum dans moins d’un an. Qui allait être le capitaine Canada ? Aujourd’hui, on pose la question à l’envers : y a-t-il encore un avenir pour le Parti québécois ?

 

Les tables éditoriales des deux plus grands quotidiens du pays — le Globe and Mail et le Toronto Star — préviennent qu’il serait erroné de prédire la disparition du PQ ou la fin de l’idée de l’indépendance. Mais le résultat de lundi permet un répit d’au moins quatre ans, se réjouissent-ils.

 

Le Globe remarque que les péquistes sont toujours plus clairs quant à leurs objectifs quand ils perdent que lorsqu’ils font campagne. Le quotidien rappelle l’ambiguïté des deux questions référendaires, qui n’étaient pas exactement des modèles de clarté, dit-il. La valse-hésitation référendaire de la dernière campagne (entre le poing levé de Péladeau et les démentis des autres) est à mettre dans la même catégorie, estime le Globe.

 

Or Jean-François Lisée, Bernard Drainville et Pierre Karl Péladeau ont eu vite fait de rappeler lundi soir que la souveraineté était la pierre angulaire de leur projet. Mais les Québécois n’ont pas été dupes, écrit le journal, et ont voté aux deux tiers contre les deux partis promettant un référendum à court ou moyen terme. Le séparatisme n’est pas mort, mais il demeure la préférence d’une minorité, observe le Globe and Mail.

 

De l’épisode de la charte de la laïcité, le journal conclut qu’il ne visait qu’à créer une « atmosphère de crise et une mentalité d’assiégés » propres à soulever des tensions avec Ottawa et à alimenter le feu souverainiste. C’est là une stratégie cohérente pour un mouvement dont « la crise est le carburant », estime-t-on.

 

Au Star, on salue l’intention de Philippe Couillard d’agir comme « premier ministre de tous les Québécois », son appel clair à la fin des divisions et sa main tendue aux minorités. L’ampleur de sa victoire lui donne un mandat clair pour se concentrer sur l’économie et la création d’emplois.

 

Le Star espère surtout que le premier ministre désigné ne tentera pas de toucher au dossier constitutionnel ou à celui identitaire. L’élection a prouvé que ce ne sont pas des thèmes gagnants, rappelle le quotidien.

 

Durant la course au leadership libéral, Philippe Couillard avait évoqué l’idée que le Québec signe la Constitution avant 2017. C’est une « intention honorable, mais une proposition risquée », estime le Toronto Star. L’enjeu n’est pas prioritaire, et il pourrait provoquer des querelles qui serviraient au mouvement souverainiste, dit-on.

 

En matière identitaire, le Star écrit que la position des libéraux sur les signes religieux (qui se traduira dans un projet de loi établissant le principe du visage découvert pour donner et recevoir les services de l’État) va trop loin. Le journal plaide pour que les libéraux se tiennent loin de toute politique de contrôle vestimentaire, pour éviter des tensions autour du concept du « nous » et du « eux ». Le port de la burqa, du niqab ou du tchador est de toute façon quasi inexistant au Québec, fait-on valoir.

 

La victoire de Philippe Couillard a aussi été applaudie au National Post, qui lui souhaite de remettre le Québec sur la voie de la santé économique et de la tolérance.

 

L’élection de lundi a démontré selon le Post qu’il ne faut pas surestimer l’appétit des électeurs pour des changements profonds, ni sous-estimer leur capacité à résister à la démagogie populiste.

 

Autant sur la question nationale que sur les accommodements raisonnables ou la langue, les Québécois ont dit lundi qu’ils préféraient le statu quo au changement, interprète l’équipe éditoriale du National Post. Celle-ci estime que le PQ a été « ridicule » et « absurde » dans ses efforts pour convaincre les électeurs qu’ils étaient menacés par des baigneurs musulmans ou des Ontariens étudiants à McGill.

 

L’appui théorique à la charte de la laïcité s’est estompé quand les gens ont compris que cette politique impliquerait que des gens perdent leur emploi, remarque le Post.

 

Au final, Philippe Couillard n’est pas le politicien le plus enthousiasmant qui soit, dit le journal. Mais son style sobre est ce dont la province a besoin pour rompre avec « l’esprit de clocher » du gouvernement Marois, dit le journal.

 

Kenney le prétendant

 

Soulignons la parution, dans le numéro de mai du magazine The Walrus, d’un grand portrait du ministre Jason Kenney. Écrit par Marci McDonald (auteure de The Armageddon Factor, sur l’influence de la droite religieuse à Ottawa), le texte en complète un, remarquable, publié par L’Actualité l’an dernier.

 

En une quinzaine de pages tassées, McDonald décortique l’homme fort du gouvernement Harper, à qui l’on prête de sérieuses ambitions pour succéder à son patron actuel. Son enfance, ses convictions religieuses, son rôle délicat pour courtiser les communautés culturelles et en même temps durcir les conditions d’entrée auCanada, sa foi dans le conservatisme social, tout y passe. Et l’éclairage est instructif.

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