Sheila Fraser s’en prend à l’attitude de Poilievre

Sheila Fraser
Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld Sheila Fraser

Ottawa — Sheila Fraser, l’ex-vérificatrice générale du Canada qui a attaché le grelot au programme des commandites, s’attaque au ministre de la Réforme démocratique Pierre Poilievre. Elle estime que le ministre rend un très mauvais service au Canada, au gouvernement et à la démocratie en général lorsqu’il dénigre comme il l’a encore fait mardi le patron d’Élections Canada.

 

« Ça m’inquiète beaucoup, ça me dérange beaucoup quand j’entends les commentaires faits par le ministre aujourd’hui [mardi] en comité lorsqu’il attaque le directeur général des élections [Marc Mayrand]. Cela ne rend service à personne. Cela sape la crédibilité des institutions. Et en bout de piste, si cela devait continuer, nous en paierions tous le prix parce que plus personne ne ferait confiance au gouvernement, au directeur général des élections ou au système démocratique. »

 

Mayrand attaqué

 

Les agents du Parlement tels que le DGE ou le vérificateur général exercent leurs fonctions de la manière la plus neutre et équitable possible, a-t-elle rappelé. « Je suis certaine que si le projet de loi est adopté, le DGE le mettra en oeuvre, mais de l’attaquer parce qu’il a formulé publiquement ses préoccupations est totalement inapproprié. »

 

Plus tôt dans la journée, M. Poilievre avait déclaré que les recommandations de Marc Mayrand sur les façons d’améliorer sa réforme électorale « se résument à trois grandes demandes pour lui : il veut plus de pouvoirs, un plus gros budget et moins d’imputabilité ». Une des raisons pour lesquelles le projet de loi C-23 est critiqué est qu’il met fin à la possibilité pour un électeur d’avoir recours à un répondant pour s’identifier lorsqu’il ne possède pas les documents requis. M. Poilievre répète qu’en 2011, plus de 50 000 erreurs de documentations ont été détectées en lien avec les répondants. M. Mayrand réplique qu’il s’agit d’erreurs administratives ne permettant pas de conclure qu’il y a eu fraude. M. Poilievre n’aime pas cette réponse, a-t-il fait savoir mardi. « Le témoignage d’Élections Canada renforce ma détermination à exiger des pièces d’identité. Parce que le DGE a simplement balayé du revers de la main ce gigantesque nombre d’irrégularités comme n’étant pas pertinentes ou importantes, ce qui me laisse croire qu’il n’a aucun plan pour s’y attaquer. »

 

La fin du recours aux répondants pourrait retirer le droit de vote à 100 000 électeurs, évalue Élections Canada. Plusieurs observateurs pensent que ces dispositions pourraient donc être contestées devant les tribunaux. Le projet de loi a-t-il été jugé constitutionnel par les experts du ministère ? Le ministre Poilievre a refusé de répondre. « Je suis convaincu que ces propositions respectent la Constitution », a-t-il répondu.

 

Manning à la barre

 

Par ailleurs, l’ex-chef du Parti réformiste, Preston Manning, a aussi comparu en comité lundi soir pour commenter le projet de loi C-23. S’il n’est pas aussi critique que d’autres, il pense cependant que le gouvernement fait fausse route en voulant interdire à Élections Canada de faire des campagnes d’incitation au vote.

 

Fait à noter, les députés conservateurs exigent désormais de tous les témoins qui donnent leur avis sur C-23 qu’ils déclarent s’ils ont déjà travaillé pour Élections Canada. Cette approche a été qualifiée de « maccarthysme » par les députés de l’opposition. Les conservateurs avaient laissé entendre que Mme Fraser n’était pas neutre puisqu’elle siège au comité consultatif d’Élections Canada, un regroupement d’éminences grises. « J’espère qu’avec les années, j’ai démontré que je dis ce que je pense et qu’on ne m’influence pas facilement ! » a rétorqué la principale intéressée.

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