Soulagement à Ottawa

Ottawa — Tout sourire. Les trois chefs des partis officiels à la Chambre des communes se sont réjouis de la victoire libérale au Québec, y voyant la preuve que les citoyens veulent parler d’économie et non d’un hypothétique troisième référendum. Mais ils se gardent bien de prédire la mort du mouvement souverainiste.

 

« Les Québécois ont rejeté la tenue d’un autre référendum. Ils veulent un gouvernement qui soit ciblé sur l’économie et la création d’emplois », a déclaré Stephen Harper à la Chambre des communes, alors qu’il venait de se faire interroger à propos… de la réforme électorale. Sa réponse a été accueillie par une ovation conservatrice à laquelle se sont jointes les troupes libérales. Les néodémocrates sont restés assis.

 

Même discours du côté du chef néodémocrate Thomas Mulcair, pour qui le verdict des élections de lundi démontre que les « Québécois ont exprimé le voeu d’avoir autre chose, de penser d’abord et avant tout à des emplois pour les prochaines années ». Lui-même a voté pour le libéral Geoffrey Kelley.

 

C’est en volant plusieurs circonscriptions au Bloc québécois en 2011 que le NPD s’est retrouvé à former l’opposition officielle à Ottawa. La défaite du PQ débarrasse-t-elle les néodémocrates de la menace bloquiste pour l’élection de 2015 ? « Je suis en politique depuis trop longtemps pour ne pas avoir vécu des prévisions de toutes sortes, a réfuté M. Mulcair. On dit qu’une semaine c’est une éternité en politique. Il nous reste environ 75 éternités d’ici aux prochaines élections. »

 

Sa députée Françoise Boivin s’est montrée moins équivoque. « Je ne serai jamais de celles qui prétendent que c’est la fin du mouvement souverainiste : chaque fois qu’on déclare la mort de quelque chose, ça renaît ! » Le député conservateur albertain Peter Goldring, qui fait partie du Comité spécial sur l’unité canadienne, a osé prédire cette mort. « S’il y a eu un moment dans l’histoire où nous avons eu le sentiment honnête et sincère que cet enjeu sombrait dans l’oubli, c’est maintenant. C’est probablement le rejet le plus clair de la séparation que nous avons eu depuis de nombreuses années. »

 

Oui au Canada

 

De passage à Ottawa pour prononcer un discours en soirée, l’ex-premier ministre Brian Mulroney a fait mention des résultats. « Il y a eu des élections au Québec hier [lundi], et le Canada a gagné », a-t-il résumé.

 

De la Saskatchewan, une prédiction similaire a été faite par le premier ministre Brad Wall. Sur Twitter, il a écrit : « À tous mes amis dans le PQ, mes sincères adieux. Le ratoureux ». Pauline Marois l’avait ainsi baptisé à cause de son refus lors de rencontres entre premiers ministres de considérer ses idées.

 

Le chef libéral Justin Trudeau a salué le rejet québécois des « politiques identitaires divisives ». Il prédit que Philippe Couillard ne rappliquera pas avec une version édulcorée de la charte qui reprendrait les éléments de la précédente faisant consensus. « Je suis en faveur d’une charte, et c’est la Charte des droits et libertés »,a-t-il dit avant d’ajouter : « C’est un enjeu qui n’est pas une priorité pour le nouveau premier ministre du Québec. »

 

Le père de la clarté référendaire, Stéphane Dion, avait un conseil à offrir aux souverainistes. « Ça s’est beaucoup joué sur non pas ce qu’on a appelé la peur d’un référendum, mais le refus d’un référendum, qui est un refus rationnel. […] Si les partis indépendantistes continuent d’appeler ça une peur, ils ne comprendront pas ce qui leur est arrivé. »

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