Aide médicale à mourir : Steven Fletcher aura l’appui de la néodémocrate Manon Perreault

Le député conservateur Steven Fletcher souhaite déposer deux projets de loi autorisant et encadrant le suicide médicalement assisté.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Le député conservateur Steven Fletcher souhaite déposer deux projets de loi autorisant et encadrant le suicide médicalement assisté.

L’intention du député conservateur Steven Fletcher de déposer deux projets de loi autorisant et encadrant le suicide médicalement assisté ne trouve pas beaucoup d’appuis au sein du gouvernement. Mais, symbole puissant, la députée néodémocrate Manon Perreault appuiera ses textes législatifs.

 

« Je ne veux pas que quelqu’un soit criminalisé parce qu’il a eu de la compassion. Et c’est à nous, les députés, d’étudier cela et d’entendre les pour et les contre », a expliqué Mme Perreault en entrevue avec Le Devoir mercredi. Il faut, insiste-t-elle, « respecter les gens qui veulent abréger leurs souffrances ».

 

Mme Perreault, qui est devenue paraplégique en 1993 à la suite d’un accident équestre, est porte-parole officielle du Nouveau Parti démocratique dans le dossier des personnes vivant avec une limitation fonctionnelle. Elle sera ce jeudi après-midi aux côtés de M. Fletcher lorsqu’il présentera ses deux projets de loi. M. Fletcher est lui-même devenu quadriplégique à l’âge de 23 ans lorsque son véhicule a heurté un orignal.

 

Ce coparrainage a une double utilité : il démontre que l’initiative transcende les frontières partisanes et garantit qu’elle sera débattue par la Chambre des communes. En effet, à la loterie parlementaire, M. Fletcher est arrivé 240e, rendant peu probable l’étude de son projet de loi d’ici l’élection de 2015. Mme Perreault, elle, est 158e sur une liste rendue à 122. Elle troquera sa place si M. Fletcher le lui demande.

 

Beaucoup de réticences

 

M. Fletcher s’attaque à l’article 241 du Code criminel qui rend passible de 14 ans de prison toute personne qui en aide une autre à se suicider. Il permettrait aux provinces qui voudraient, comme le Québec, légiférer en la matière de le faire sans craindre une contestation judiciaire de leur compétence. Il obligerait toute personne à d’abord considérer les solutions de remplacement au suicide. Il établirait une « Commission canadienne sur l’aide médicale à mourir ».

 

Les députés conservateurs interrogés à propos de l’initiative de leur collègue se sont montrés très réticents à l’appuyer, bien qu’ils soient unanimes à se dire solidaires de M. Fletcher. Le ministre de la Justice, Peter MacKay, a rappelé qu’un projet de loi similaire de la bloquiste Francine Lalonde avait été défait en 2010 parce que le gouvernement n’appuie pas le suicide assisté. « Cela n’a pas changé. »

 

La ministre des Transports, Lisa Raitt, se dit mal à l’aise. « Je suis aussi une catholique romaine et je prends très au sérieux les enjeux reliés à tout ceci. Et c’est pour cela que, personnellement, je ne suis pas en faveur du suicide assisté. »

 

La ministre d’État (développement social), Candice Bergen, dit avoir vu sa soeur mourir du cancer. Elle croit que la solution réside dans l’amélioration des soins palliatifs. « Personnellement, je ne pense pas qu’on doive accélérer la fin. » D’ailleurs, les éléments pro-vie du caucus conservateur, tels queMaurice Vellacott et Mark Warawa, disent tous préférer les soins palliatifs.

 

À l’autre bout du spectre se trouve le sénateur Pierre-Hughes Boisvenu. « Ma mère est morte du cancer, mon frère est mort du cancer. Je les ai vus souffrir jusqu’à la dernière minute. Je pense qu’à un moment donné, il y a un geste humanitaire qu’il faut poser, c’est d’alléger les souffrances. […] Je suis ouvert à la réflexion. »

 

De son côté, le chef libéral, Justin Trudeau, dit vouloir attendre le jugement de la Cour suprême avant de se prononcer, mais il ajoute être « libéral », ce qui signifie qu’il « respecte et trouve important le droit des individus » de faire leurs propres choix tout en reconnaissant la responsabilité de la société de « protéger les vulnérables ».

 

Au Bloc québécois, enfin, le député Jean-François Fortin se dit « content de l’ouverture ». Mais il s’inquiète « de voir que le fédéral imposerait des règles et un cadre à la manière de faire des provinces ». Ne faut-il pas au contraire voir qu’Ottawa, avec un tel projet de loi, garantirait le droit des provinces d’intervenir dans ce domaine que certains estiment être réservé au gouvernement fédéral ? Peut-être, mais M. Fortin craint que les « balises » que veut imposer M. Fletcher « puissent contrevenir à la volonté de Québec », qui a déjà établi les siennes.

4 commentaires
  • Mohamed Sow - Inscrit 27 mars 2014 09 h 27

    Ou va le monde?

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 mars 2014 14 h 30

      Vers plus de liberté.

  • Yvon Bureau - Abonné 27 mars 2014 14 h 49

    Un appui massif

    M. Fletcher aura l'appui de Perreault et de tellement bien d'autres personnes au Canada. Dans notre pays comme dans bien d'autres, la population est très majoritairement favorable à l'aide médicale à mourir pour les finissants de la vie, si nécessaire, si librement choisie et si bien balisée. C’est la somme de ces «si» qui apporte sécurité, dignité et sérénité.

    Il y a entente sur l’objectif: pour une personne en fin de de vie, qu’il soit permis de demander une aide médicale pour terminer sa vie et que soit permis à un médecin de faciliter son mourir. Ainsi cette aide n‘aura rien à voir avec un crime.

    Quant aux moyenx pour y arriver, M. Fletcher veut amender le Code criminel. Le Québec utilise parallèlement une autre voie: faire de l’Aide médicale à mourir un soin approprié, proportionné et personnalisé de fin de vie, incluse dans les soins de fin de vie, incluse dans le processus de la continuité des soins. La Santé est reconnue comme un champ d’exclusivité provinciale.

    J’espère que M. Fletcher se concentrera sur un vocabulaire rassembleur, se tenant loin des mots Suicide et Euthanasie. Aide médicale à mourir est l’expression du peuple.

    J’hypothèse que les autres provinces attendent avec impacience et avec espoir l’adoption du PL52 concernant les soins de fin de vie. Je l’espère en mai prochain.
    J’espère que des députés libéraux fédéraux se joindront à M. Fletcher et à madame Perreault. Plus ce groupe sera apolitique, représentatif, plus son humanité et sa compassion s’exprimeront; plus sa crédibilité sera importante.

    Quant à M. Trudeau qui veut la plus grande protection possible des personnes vulnérables, il est opportun de lui souligner que la protection des personnes vulnérables passe par des soins appropriés et personnalisés, respectueux des choix de chacun.

    M. Fletcher, il est bon de vous souligner que le PL52 a l’appui de près de 30 corporations et organismes concernés par la fin de la vie dont COPHAN, OPHQ, RPCU, CPM, FMPAQ, …

  • Yvon Bureau - Abonné 27 mars 2014 15 h 49

    Un appui massif

    M. Fletcher aura l'appui de Manon Perreault et de tellement bien d'autres personnes au Canada. Dans notre pays comme dans bien d'autres, la population est très majoritairement favorable à l'aide médicale à mourir pour les finissants de la vie, si nécessaire, si librement choisie et si bien balisée. C’est la somme de ces «si» qui apporte sécurité, dignité et sérénité.

    Il y a entente sur l’objectif: pour une personne en fin de vie, qu’il soit permis de demander une aide médicale pour terminer sa vie et que soit permis à un médecin de faciliter son mourir. Ainsi cette aide n‘aura rien à voir avec un crime.

    Quant aux moyens pour y arriver, M. Fletcher veut amender le Code criminel. Le Québec utilise parallèlement une autre voie: faire de l’Aide médicale à mourir un soin approprié, proportionné et personnalisé de fin de vie, incluse dans les soins de fin de vie, incluse dans le processus de la continuité des soins. La Santé est reconnue comme un champ d’exclusivité provinciale.

    J’espère que M. Fletcher se concentrera sur un vocabulaire rassembleur, se tenant loin des mots Suicide et Euthanasie. Aide médicale à mourir est l’expression du peuple.

    J’hypothèse que les autres provinces attendent avec impatience et avec espoir l’adoption du PL52 concernant les soins de fin de vie. Je l’espère en mai prochain.
    J’espère que des députés libéraux fédéraux se joindront à M. Fletcher et à madame Perreault. Plus ce groupe sera apolitique, représentatif, plus son humanité et sa compassion s’exprimeront; plus sa crédibilité sera importante.

    Quant à M. Trudeau qui veut la plus grande protection possible des personnes vulnérables, il est opportun de lui souligner que la protection des personnes vulnérables passe par des soins appropriés et personnalisés, respectueux des choix de chacun.

    M. Fletcher, il est bon de vous souligner que le PL52 a l’appui de près de 30 corporations et organismes concernés par la fin de la vie dont COPHAN, OPHQ, RPCU, CPM, FMPAQ, …