Flaherty a-t-il été l’objet d’un désaveu?

Jim Flaherty lors de la présentation de son dernier budget, le 11 février dernier.
Photo: La Presse canadienne (photo) Fred Chartrand Jim Flaherty lors de la présentation de son dernier budget, le 11 février dernier.

Ottawa — Il a été le seul ministre des Finances que Stephen Harper ait connu et aujourd’hui, le premier ministre doit le remplacer. Jim Flaherty tire sa révérence après avoir présidé pendant huit ans les finances du Canada, déposé sept budgets déficitaires et ajouté 161 milliards de dollars à la dette du pays. Il ne sera donc pas aux commandes lorsque le gouvernement conservateur renouera, tel qu’il le promet, avec l’encre noire en 2015.

 

« Je vais maintenant me concentrer sur la vie après la politique puisque je retourne dans le secteur privé », écrit M. Flaherty dans la déclaration qu’il a faite parvenir aux médias en fin de journée mardi. « Je crois que j’ai servi mon pays, ma province et mes commettants de Whitby-Oshawa au meilleur de mes compétences, et je les remercie de la confiance et de l’appui dont ils ont fait preuve pendant presque deux décennies. » M. Flaherty ajoute que la rare maladie de peau qu’il combat depuis un an est en voie d’être vaincue. « La décision de quitter la politique n’est liée d’aucune manière à ma santé. Cette décision a été prise parce que c’est la bonne pour moi et ma famille à ce stade-ci. »

 

M. Flaherty conserve cependant son siège de député pour l’instant. Faut-il alors lire dans ce départ en deux temps la preuve d’un désaveu ? Rappelons que le mois dernier, M. Flaherty avait publiquement formulé de sérieuses réserves quant à la pertinence de mettre en oeuvre une promesse électorale charnière du Parti conservateur : le fractionnement du revenu. « Cela profite beaucoup à certains Canadiens, et à certains autres, presque pas du tout », avait-il dit. Après quelques tergiversations, M. Harper a réitéré l’intention de son gouvernement d’aller de l’avant avec cette politique, qui pourrait coûter jusqu’à 3 milliards de dollars par année au trésor fédéral.

 

Le porte-parole de M. Flaherty, Chisholm Pothier, rejette du revers de la main la théorie du désaveu. « Certains verront des divisions partout parce que cela fait de meilleures histoires. Mais regardez la déclaration du premier ministre et la description du sentiment qui a animé leur rencontre de lundi [jour où M. Flaherty a fait part de sa décision à son patron]. Il y a beaucoup de respect mutuel et de certitude qu’ils n’auraient pas pu accomplir ce qu’ils ont accompli sans ce respect. Le fractionnement du revenu est totalement hors propos aujourd’hui. »

 

De fait, dans son communiqué de presse, M. Harper indique que « c’est avec un grand regret » qu’il a accepté la démission de son ministre qui a, selon lui, « incarné les meilleures qualités de ceux qui choisissent la vie publique : un véritable engagement envers le service et une volonté sincère de laisser le pays dans une position meilleure qu’à son entrée en politique ». M. Harper a rappelé que Jim Flaherty a dû guider le pays en 2008-2009 à travers sa pire crise économique depuis 1929. De fait, cet épisode (et la menace de renversement proférée par l’opposition parlementaire regroupée en coalition) a obligé le ministre à présenter le plus grand déficit de l’histoire du Canada : 55,9 milliards.

 

Depuis, les budgets de M. Flaherty s’écrivent tous à l’encre rouge. Au total, les conservateurs ont ajouté 161 milliards à la dette du Canada. Seuls leurs deux premiers budgets ont été équilibrés. Dans sa déclaration, M. Flaherty s’est félicité d’avoir contribué à réduire l’impôt des sociétés au plus bas niveau (15 %) parmi les pays du G7, d’avoir mis sur pied les Comptes d’épargne libre d’impôt (CELI) ou encore d’être intervenu « à quatre occasions pour protéger le marché de l’habitation » de la surchauffe. À ce sujet, il faut cependant noter que c’est sous son règne que le gouvernement avait d’abord assoupli les règles pour permettre de contracter un prêt hypothécaire sur 40 ans.

 

Plusieurs prétendants potentiels

 

M. Harper annoncera le remplaçant de Jim Flaherty ce mercredi, à Ottawa. De nombreux noms circulaient mardi soir, dont ceux de John Baird (ministre des Affaires étrangères), de James Moore (Industrie) et de Jason Kenney (Emploi et Développement social). En fin de soirée, la CBC affirmait qu’il s’agirait plutôt de Joe Oliver, ministre des Ressources naturelles depuis 2011. L’ex-banquier — il a notamment dirigé la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario -— est né à Montréal, en 1940.

 

M. Kenney est un fidèle de M. Harper qui s’est acquitté d’importantes tâches pour lui. C’est lui qui a contribué à bâtir le lien de confiance entre les communautés culturelles et le Parti conservateur en sillonnant le pays pour rencontrer les nouveaux arrivants. Cela lui a valu le surnom de « ministre du cari sur le pouce » (curry in a hurry). Plus récemment, il a réussi à s’entendre avec toutes les provinces, y compris le Québec, sur la question de la nouvelle Subvention canadienne à l’emploi qui les avait d’abord braquées.

 

Lors de la bisbille conservatrice entourant le fractionnement du revenu le mois dernier, M. Kenney est un de ceux qui ont appuyé avec vigueur la promesse conservatrice, ce qui l’a placé en porte à faux avec M. Flaherty. « Nous devons appuyer les mères et les pères qui font des sacrifices pour leurs enfants, avait-il déclaré. Toutes les recherches sociales indiquent que les gens qui proviennent de familles stables tendent à se porter mieux économiquement. Et le fractionnement du revenu appuie les familles qui investissent dans leurs enfants. » Toutes les recherches démontrent que le fractionnement du revenu favorise les familles dont un des deux parents reste à la maison.

 

James Moore, pour sa part, avait évité de se prononcer sur la question du fractionnement du revenu. On le dit très heureux à son poste, important, de ministre de l’Industrie.

 

D’un trésor à l’autre

 

Avocat de formation, Jim Flaherty a fait son entrée en politique provinciale en 1995 dans l’équipe de Mike Harris. Il deviendra ministre des Finances de l’Ontario en 2001. L’année suivante, alors qu’il brigue la chefferie de son parti, une déclaration sur les sans-abri (qu’on devrait mettre en prison « pour leur bien » s’ils refusent d’être pris en charge) finit de le camper dans le rôle du politicien de la droite pure.

 

Il se fait élire député fédéral en 2006 et devient le premier ministre des Finances de Stephen Harper. Il a la réputation d’être un homme affable, doté d’un bon sens de l’humour et peu dogmatique.

 

M. Flaherty est né à Lachine, au Québec, en décembre 1949. Il est marié à Christine Elliott, qui l’a remplacé comme député dans sa circonscription provinciale. Elle a elle aussi tenté de devenir sans succès chef du Parti progressiste-conservateur ontarien. Ensemble, ils ont eu des triplés.

12 commentaires
  • Guy Lafond - Inscrit 19 mars 2014 06 h 26

    Encre rouge


    Et de surcroît s'en mettre plein les poches. Agir comme si tout était dû au Parti Conservateur. Oui, vous avez bien lu.

    Ce gouvernement fédéral: secouez-vous un peu, s'il vous plaît!

    "M. Harper a rappelé que Jim Flaherty a dû guider le pays en 2008-2009 à travers sa pire crise économique depuis 1929": vous n'avez pas d'excuse à donner, surtout avec M. Mark Carney qui a quitté lui aussi le navire pour se diriger vers la Banque d'Angleterre.

    • Cédric Poulin - Inscrit 19 mars 2014 08 h 24

      Visiblement vous n'êtes pas conservateur, mais, s'il vous plaît, ne sous-estimer pas la conjoncture économique puisque, peu importe la personne qui est à ce poste, s'il n'y a pas de croissance, c'est plutôt dur de relancer l'économier.

      C.P

    • Guy Vanier - Inscrit 19 mars 2014 09 h 22

      harper est à la dérive, il cherche tout les moyens pour rester en selle mais ça sent pas très bon pour lui!
      2015 arrive rapidement et < its time for a change>
      Au revoir et bon débarras.

  • Michel St-Pierre - Inscrit 19 mars 2014 08 h 06

    Qui ?

    Vous avez vu les beaux résultats de la participation des occidentaux au Moyen-Orient ?

    Pendant que l'on contribue largement à entretenir le CONSORTIUM DE LA GUERRE, on nous demande de nous restreindre dans les services sociaux, cuturels et scientifiques ou de nous en priver carrément.

    Et le scénario se répète d'une élection à l'autre...

    Au fait, qui mène les ministres des Finances du monde ?

  • Stéphane Martineau - Abonné 19 mars 2014 08 h 10

    Bon débarras

    On ne le regrettera pas ...malheureusement, les conservateurs, avec ou sans lui, continueront à faire du tort au Canada (enfin, pas pour le Canada des riches toutefois).

    • Roland Berger - Inscrit 19 mars 2014 14 h 21

      J'ajouterais qu'il n'y a jamais eu d'autre Canada que celui des riches. Seule l'assurance santé universelle arrachée par un socialiste de l'Ouest leur a échappé. Mais Harper s'en occupe. Il coupe dans les transferts à la santé aux provinces et déjà ces dernières peuvent difficlement appliquer cette initiative.

  • Serge Lemay - Inscrit 19 mars 2014 08 h 39

    un ministre des finances qui n'aime pas les fractions !

    Le fractionnement des revenus projet voulant favoriser les parents d'enfants de moins de 18 ans dont l'un des deux parents a des revenus plus élevé que l'autre à transférer une partie de son revenu à (sa conjointe) disons-le comme ça puisque les femmes gagnent moins que les hommes en moyenne et que losque les enfants sont jeunes les femmes ont plus tendance à travailler un peu moins pour s'occuper des enfants...

    Petit calcul rapide, monsieur gagne 250,000 $ et madame est à la maison, ils ont un jeune enfant qui vient de naître, monsieur transfert 45,000 de son revenu à son épouse ce qui lui fait payer entre 15,000 et 20,000 dollars de moins d'impôt... Pendant ce temps là, le travailleur saisonnier qui gagne 12,000 $ durant son été, n'aura pas son assurance emploi qui lui aurait rapporté 8,000 de plus pour passer l'hiver...

    Merci Monsieur Harper de vous occuper des vrais problémes !

    • Roland Berger - Inscrit 19 mars 2014 14 h 25

      Sans compter que le fédéral considère la conjointe à faible ou sans revenu comme devant vivre au dépens de son conjoint comme une putain et lui coupe le supplément de revenu garanti si elle y avait droit avant de vivre sous le même toit que son conjoint.

  • Jacques Beaudry - Inscrit 19 mars 2014 09 h 00

    mémoire courte.

    en 2008, il a fallu que les partis d,opposition fassent un tollé en chambre plusieurs semaines afin de réveiller ce ministre des finances et son parti qui nous assuraient qu'il n,y avait pas lieu de prendre des mesures pour faire face à la crise qui se présentait. Alors les éloges du sauveur du canada vous repasserez.

    • Roland Berger - Inscrit 19 mars 2014 14 h 26

      Mais quand un « grand » quitte la politique, il faut être gentil. Il ne faut pas rappeler son incompétence ou son injustice envers les petits.