PKP ébranle le ROC

Une bombe ? Assurément. À fragmentation, et aux retombées inconnues. L’entrée en politique du baron des médias Pierre Karl Péladeau a catapulté la question référendaire à la une des grands quotidiens du pays cette semaine. Forme de stupeur dans le ROC.

 

On le notait la semaine dernière dans cette même revue de presse : le Canada anglais s’intéresse beaucoup à l’élection québécoise et à la possibilité que le Parti québécois obtienne un mandat majoritaire. Mais l’inquiétude exprimée jusqu’ici s’est décuplée avec l’entrée en scène de PKP.

 

Plusieurs se sont étonnés qu’un conservateur puisse être souverainiste (Le Devoir en parlait mercredi). D’autres, comme Andrew Coyne (National Post), ont eu tôt fait de révéler les contradictions qui entourent le passage de Péladeau au Parti québécois.

 

Un conservateur antisyndical qui se joint à un parti réputé pour être proche des syndicats ? Coyne s’étonne. Un homme qui veut léguer à ses enfants un pays, le Québec, mais qui a mis sur pied un réseau de télévision dont le Quebec bashing est le pain et le beurre ? Coyne s’étonne.

 

Mais Péladeau cultive depuis longtemps ses contradictions, écrit le chroniqueur. PKP est un adepte du libre marché qui n’a pas hésité à se servir dans le « buffet étatique » quand ça l’accommodait, dit-il, en faisant référence à l’engagement de la Caisse de dépôt et placement dans Vidéotron et au lobbying de SunNews (la « boîte de propagande du Parti conservateur ») pour obtenir une licence plus payante du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

 

Coyne n’hésite pas à qualifier PKP de « ploutocrate arrogant », prêt à passer outre les recommandations du commissaire à l’éthique. Selon lui, il serait « grotesque » que Péladeau se contente d’une fiducie sans droit de regard pour la gestion de ses avoirs. Ce n’était pas suffisant pour la compagnie de bateaux de Paul Martin, ce ne l’est certainement pas pour un empire médiatique, écrit-il. Andrew Coyne parle de « copinage capitaliste » comme on en voit en Russie et en Italie, d’une « concentration de pouvoir dangereuse ».

 

Le plan Parizeau

 

Michael Den Tandt (Postmedia) a consacré plusieurs chroniques depuis deux semaines à l’élection québécoise. Selon la dernière, l’arrivée de PKP ajoute une pierre au plan de Pauline Marois qui a son origine… dans le discours de Jacques Parizeau au soir du dernier référendum. L’argent et le vote ethnique, on se rappelle.

 

Le plan péquiste consisterait donc à mettre de côté ces deux variables, écrit Den Tandt. Le projet de charte des valeurs a été le « signal » d’une mise à l’écart des immigrants, pense-t-il. Et l’embauche de Péladeau vise à régler le problème de « l’argent ». Partant de là, les péquistes doivent espérer convaincre un peu plus de francophones blancs (le « nous » de Parizeau) à voter Oui qu’en 1995, et voilà l’indépendance. « C’est une stratégie sans scrupule, mais aussi astucieuse », dit-il.

 

« Voici pourquoi tous les Canadiens, et pas seulement les passionnés du débat national, doivent s’intéresser à ce qui se passe : si Pauline Marois obtient sa majorité, un référendum pourrait survenir avant même l’élection fédérale de 2015 », avertit Den Tandt.

 

Pourquoi si tôt ? Parce que les péquistes ont tout avantage à profiter de la présence des conservateurs à Ottawa, dont les appuis sont faméliques au Québec. « Pourquoi risquer d’avoir Trudeau ou Mulcair dans les pattes ? Pourquoi attendre que les souverainistes aux cheveux gris aient un an de plus ? » Ce référendum n’est certainement pas gagné d’avance, ajoute-t-il. Mais avec cette nouvelle coalition intégrant PKP, la menace est réelle. « Ce n’est plus le PQ de vos parents : ils opèrent avec plus de ruse et de froideur que dans le passé », conclut Michael Den Tandt.

 

Que le Québec parte

 

Lawrence Martin (iPolitics) croit pour sa part que Stephen Harper pourrait profiter du nouveau contexte québécois. Il soupçonne le premier ministre de souhaiter une victoire péquiste majoritaire, qui ferait du « séparatisme un enjeu important de la prochaine campagne électorale ».

 

Probable, dans ces conditions, que les Canadiens auraient le réflexe de se tourner vers un « dur », écrit Martin. Car les « Canadiens ne seront pas d’humeur à faire des compromis avec les péquistes ».

 

Chroniqueur dans les journaux de Sun (Québecor), Lorne Gunter dit qu’il n’est pas fâché outre mesure de l’arrivée de PKP, même si ça implique que le PQ a de meilleures chances d’obtenir une majorité. Gunter ne veut pas que le Québec se sépare, mais il ne veut pas non plus « lever un doigt » pour convaincre les Québécois de rester, écrit-il.

 

Et si d’aventure le Québec choisit la voie de l’indépendance, Gunter pense que celle-ci devra se faire sans concession. Pas de souveraineté-association et autre concept : non, la pleine autonomie fiscale, politique et culturelle. Que le Québec s’assume, suggère-t-il : mais l’ampleur de la dette et la dépendance aux transferts fédéraux devraient calmer quelques ardeurs, ajoute Gunter.

 

Consulter les sondages devrait en calmer d’autres, écrivait Jeffrey Simpson dans le Globe and Mail mercredi. Car ceux-ci montrent que les Québécois ne veulent pas de la souveraineté, sont insatisfaits du gouvernement Marois et de la direction que prend le Québec actuellement. Concernant l’arrivée de PKP au PQ, Simpson écrit que c’est la preuve que le parti a des principes très élastiques, vu l’historique de Péladeau. Et selon lui, Québec solidaire pourrait profiter de la situation.

 

Il y aurait moyen de continuer longtemps sur le thème PKP : les textes abondent. Le baron des médias fascine. Et ça ne fait que commencer.

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