La mission canadienne en Afghanistan est terminée

À Kaboul, l’économie dévastée prédit des lendemains difficiles aux habitants. Ci-dessus, des enfants jouent sur un terrain vague.
Photo: La Presse canadienne (photo) Murray Brewster À Kaboul, l’économie dévastée prédit des lendemains difficiles aux habitants. Ci-dessus, des enfants jouent sur un terrain vague.

Le caporal-chef Jordan Taylor n’a pas vraiment vu le rouge et le blanc de l’unifolié canadien, mercredi, alors qu’il le descendait pour une dernière fois au quartier général de l’OTAN à Kaboul, en Afghanistan.

 

Ce sont plutôt les visages de ses amis morts au combat qui lui sont apparus sous les yeux. « Certains de mes bons amis ont perdu la vie ici », a laissé tomber le caporal-chef, originaire de Regina, en Saskatchewan.

 

« Je vois constamment leurs visages, ils sont toujours dans ma mémoire. C’est à cela que je pensais », a poursuivi le militaire, qui a aidé à replier le drapeau canadien lors de la cérémonie de mercredi. L’événement soulignait la fin officielle de la mission militaire la plus longue de l’histoire des Forces armées canadiennes.

 

L’un de ses frères d’armes occupait particulièrement ses pensées : le caporal Darren Fitzpatrick. Le soldat est décédé dans un hôpital d’Edmonton après avoir été blessé, en mars 2010, dans l’explosion d’une bombe artisanale placée en bordure de la route — un fléau extrêmement meurtrier lors de cette mission. Les deux hommes, qui s’étaient enrôlés ensemble dans le 3e Bataillon d’infanterie légère Princess Patricia, étaient bons amis et veillaient l’un sur l’autre.

 

L’adjudant-chef Bill Crabb, lui, pensait aux premières victimes qu’a faites ce conflit dans les rangs canadiens. Il était du premier détachement canadien déployé par le gouvernement libéral de Jean Chrétien au printemps 2002. Quatre soldats avaient alors été tués dans un « tir ami » de l’armée de l’air des États-Unis, qui les avait bombardés par erreur en croyant à tort que leur exercice d’entraînement à l’aérodrome de Kandahar était une véritable attaque. « La deuxième fois que je suis venu [en Afghanistan], nous avons perdu 23 de nos hommes. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à eux et aux sacrifices qu’ils ont faits », a mentionné l’adjudant-chef Crabb.

 

158 soldats morts

 

Des dignitaires canadiens et britanniques ont assisté à la sobre cérémonie de mercredi organisée pour souligner le départ des derniers militaires canadiens encore sur place. Cette centaine de militaires étaient à Kaboul depuis trois ans pour assurer la formation des soldats afghans.

 

Le reste des « militaires combattants » de l’OTAN les imitera d’ici la fin de l’année.

 

« Votre force a protégé les plus faibles, votre bravoure a apporté de l’espoir à ceux qui n’en avaient plus, et la main que vous avez tendue au peuple afghan lui a redonné foi en un avenir meilleur », a déclaré mercredi l’ambassadrice canadienne en Afghanistan, Deborah Lyons.

 

Au total, 158 soldats canadiens ont été tués au cours de cette mission qui aura duré près de 12 ans. À ce bilan militaire, il faut ajouter le décès de trois civils canadiens — un diplomate, une journaliste et deux consultants.

 

Des commandos canadiens avaient été parmi les premiers à être déployés en Afghanistan à la fin de 2001, suivis par quelque 40 000 militaires. Ils ont participé à différentes campagnes dans plusieurs régions du pays, dont une mission de combat de cinq ans dans la province de Kandahar.

 

Le chef de l’armée canadienne, le général Tom Lawson, a soutenu mercredi que les militaires seraient pris en charge à leur retour, et leurs blessures, « qu’elles soient visibles ou non », seraient soignées. Le ministère de la Défense a confirmé le suicide de 10 militaires depuis novembre dernier. Les autorités ont été questionnées à plusieurs reprises sur leurs promesses d’embaucher plus de personnel en santé mentale, mais elles tardent encore à être tenues.

 

Le premier ministre Stephen Harper a indiqué par voie de communiqué que « le Canada continuera à jouer un important rôle [en Afghanistan] en appuyant les efforts visant à assurer aux Afghans un avenir meilleur ». « Plus de 40 000 membres des Forces armées canadiennes ont combattu pour vaincre la menace du terrorisme et assurer la liberté d’autrui, afin de créer un monde plus fort et plus sûr », a écrit le premier ministre Harper.

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