Le «vrai» enjeu de la campagne devrait être l’économie, selon les conservateurs

Le député et ministre d’État conservateur Maxime Bernier estime que la réelle préoccupation des Québécois est l’économie, et non pas un débat identitaire ou référendaire.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jeff McIntosh Le député et ministre d’État conservateur Maxime Bernier estime que la réelle préoccupation des Québécois est l’économie, et non pas un débat identitaire ou référendaire.

Alors que Pauline Marois a entamé sa campagne électorale en demandant aux Québécois de lui offrir une majorité afin qu’elle puisse entre autres adopter sa charte de la laïcité, les conservateurs fédéraux espèrent que le thème des débats au Québec changera rapidement. Car les troupes de Stephen Harper ont beau avoir promis de ne pas s’immiscer dans la joute électorale provinciale, ils se sont néanmoins permis de souhaiter haut et fort que la campagne porte surtout sur l’économie, sinon elle aura été « inutile ».

 

Interrogés dans les couloirs du parlement mercredi, les conservateurs québécois ont tour à tour martelé que l’élection déclenchée mercredi était « une affaire québécoise » et que « les Québécois feront leur choix ». Pas question de s’en mêler, sinon pour corriger les faits si le gouvernement fait l’objet de critiques infondées.

 

Mais la discrétion des membres de l’équipe de Stephen Harper a ses limites. Ceux-ci ont du même souffle unanimement plaidé que ce serait une erreur que le Québec cause encore charte des valeurs dans cinq semaines. L’enjeu pressant, c’est l’économie à leur avis.

 

Le Canada « traîne » le Québec

 

« Le Québec n’est pas la province qui traîne le Canada, c’est le Canada qui traîne le Québec », a reproché le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu quant à l’état des finances de la province. « Donc s’il n’y a pas un débat sur l’économie, seulement que sur la charte, c’est une campagne qui va être à mon avis au bout du compte inutile. Il va falloir reprendre le débat sur l’économie après de toute façon ! Peu importe le gouvernement qui est élu. »

 

Même son de cloche chez Maxime Bernier, qui estime que c’est là la réelle préoccupation des Québécois, et non pas un débat identitaire ou référendaire. « Mais il va y avoir plus de 30 jours d’élections […] En fin de compte, le débat aujourd’hui vous pensez qu’il porte sur la charte, mais à la fin de la campagne électorale, peut-être que la vraie question que les gens vont se poser ce ne sera pas sur la charte », mais plutôt sur l’économie, a prédit le ministre d’État responsable de la Petite entreprise, du Tourisme et de l’Agriculture.

 

M. Bernier est le seul qui a avoué, devant les journalistes, préférer l’élection d’un parti fédéraliste à Québec. Les autres se sont contentés de réclamer un débat à saveur économique — reprenant ainsi sans devoir le dire les thèmes défendus par les libéraux et les caquistes au départ de la campagne.

 

Christian Paradis a quant à lui reconnu qu’un « gouvernement péquiste majoritaire, c’est loin d’être mon scénario rêvé ». Mais pour le reste, libre aux Québécois de faire leur choix et aux militants de soutenir le parti qu’ils préfèrent, ont indiqué les conservateurs.

 

Les libéraux veulent Couillard

 

Thomas Mulcair a aussi prôné la neutralité, martelant qu’il n’appuierait « aucun parti », car il attend « le jour où il y aura un NPD au Québec ». Chez les néodémocrates non plus, il n’y a pas eu de directive sommant députés ou militants de s’abstenir d’appuyer une formation ou une autre.

 

M. Mulcair a toutefois avancé qu’un référendum serait « loin d’être bénéfique ». Si référendum il y a, le chef néodémocrate a promis de défendre le Canada ainsi que le rôle positif du Québec au sein de celui-ci.

 

Une réponse jugée insuffisante par le libéral Dominic LeBlanc, qui a reproché à M. Mulcair de ne pas avoir voulu trancher en se disant « pour une victoire au Québec des fédéralistes, et non pas des séparatistes. Pour nous, c’est extrêmement révélateur. Nous n’avons jamais eu cette confusion-là, nous ». Le PLC, lui, souhaite une victoire des libéraux de Philippe Couillard. Et M. LeBlanc estime que M. Mulcair est aux prises avec un caucus divisé sur la question.

 

Le Bloc québécois de son côté prêtera comme d’habitude main-forte à ses collègues péquistes. Le député André Bellavance a dit respecter l’opinion des députés fédéraux québécois, qui sont après tout des électeurs eux aussi. Mais il surveillera de près les publicités qui pourraient atterrir au Québec « pour faire pencher le vote plus d’un côté que de l’autre » et veillera à ce que la Loi électorale québécoise soit respectée.

15 commentaires
  • Pierre Valois - Abonné 6 mars 2014 02 h 05

    Le double mandat...

    Dès les tous débuts du nouveau régine fédéral de 1867, les deux législatures, la fédérale et la provinciale, vont s'interroger sur l'à-propos de permettre à la même personne de sièger, en même temps, sur les deux banquettes de leurs assemblées législatives respectives.

    Je passe outre aux arguments que tous ont alors invoqué pour interdire le double-mandat.

    Pendant tout un certain temps, plusieurs députés siégeront aux deux assemblées législatives. Non sans inconvénients multiples.

    Réflexion faite, au fédéral, d'abord, puis au provincial, la raison l'emportera.

    On finira par comprendre qu'il y avait là une sorte d'avilissement d'une couronne à l'autre, ou d'une assemblée souveraine à l'autre.

    Le double-mandat deviendra interdit, par le fait de lois adoptées par les deux niveaux de législature, à des dates différentes.

    Ceci fait, on n'en continuera pas moins, d'une élection à l'autre, même double-mandat interdit, de voir les fédéraux intervenir dans les affaires politiques provinciales, principalement lors des campagnes électorales,et, quoique plus rare (exception faite des deux crises de la conscription, au Québec), les provinciaux, le faire aussi, lors des campagnes fédérales.

    Bernier et Boisvenu (conservateurs) et Leblanc (Libéral), tous trois fédéraux, viennent, dès le premier jour de la campagne électorale provinciale, d'en faire la démonstration. On en trouverait multiplicité d'autres en faisant l'examen des gazettes populaires publiées depuis l'interdiction du double-manda, au Canada.

    Ces fédéraux s'introduisent donc dans une campagne électorale provinciale qui ne les regardent pas, constitutionnellement parlant, puis tentent d'influencer le vote populaire.

    Va-t-il se trouver quelqu'un, un électeur de je ne sais-où, pour traîner devant la Cour, ces fédéraux qui, comme les curés d'une autre époque que l'on accusait d"influence indue", se mêlent de ce qui ne les regarde pas?

  • Pierre Valois - Abonné 6 mars 2014 02 h 27

    1876

    En 1876, la Cour (les juges McCord, Casault et Maguire) invalide l'élection du député de Bonaventure (QC) pour intimidation spirituelle.

    Les curés sont intervenus, dans la campagne électorale, pour influencer le vote.

    Ce jugement fixe des balises des relations entre l'État et l'Église. La Cour décide donc de censurer le prêche des curés et de mettre à l'abri le citoyen de toute influence cléricale. (La Charte...?)

    En 2014, trouvera-t-on des citoyens pour contester l'influence des fédéraux pour influencer le vote provincial?

    Et reprocher à ces fédéraux de faire ce que des curés faisaient à une autre époque: tordre des consciences?

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 6 mars 2014 04 h 41

    Quoi faire

    -«Nous ne viendrons pas nous immiscer dans l'élection de la province !» «Mais vous devriez pas la faire de même !»

    Merci de votre non-ingérence.

    PL

  • Pierre Labelle - Inscrit 6 mars 2014 04 h 49

    Des leçons?

    Avant de venir essayer de nous donner des leçons, Bernier, Boisvenu et les autres conservateurs devraient faire le ménage de leurs écuries. Qu'ils commencent par nettoyer au sénat; comptes de dépenses, fausses adresses de résidence, fausses déclarations sur une conjointe dans le cas du sénateur Boisvenu, lui qui se veut le pur et dur du PCC, le G.W. Bush du Canada. Nous n'avons pas de leçon à recevoir de qui que ce soit, et surtout pas de gens qui vivent au crochet de nos taxes et impôts et qui pensent et veulent agir comme si nous étions encore dans les années 30. Non merci.

  • Josette Allard - Inscrite 6 mars 2014 05 h 21

    Des leçons d'Ottawa, non merci.

    Des leçons à recevoir d'Ottawa? Sûrement pas. Avec tout ce que l'on entend en provenance d'Ottawa, les Conservateurs devraient se garder une petite gêne et s'occuper de nous expliquer, pour commencer, pourquoi le scandale au sénat et les tentatives de camouflage qui ont suivi? Pourquoi cette loi qui tente de réformer la loi électorale canadienne au profit du parti au pouvoir? Pourquoi les Robocalls lors des dernières élections fédérales? Pourquoi le fédéral se traîne les pieds dans la construction du nouveau pont Champlain? Pourquoi Lac Mégantic alors que Transport Canada savait que la compagnie ferroviaire était en infraction, et ce depuis près de 9ans?
    Autant de questions embarrassantes, demeurées sans réponse, devraient faire comprendre aux Conservateurs de s'occuper de leurs affaires et faire le ménage dans leur maison avant de s'occuper de celle de leur voisine.