Québec a gain de cause

Si le ministre Jason Kenney voit dans l’entente un succès du « fédéralisme d’ouverture », Agnès Maltais croit plutôt qu’il s’agit d’un effet de la gouvernance souverainiste.
Photo: Pedro Ruiz - Archives Le Devoir Si le ministre Jason Kenney voit dans l’entente un succès du « fédéralisme d’ouverture », Agnès Maltais croit plutôt qu’il s’agit d’un effet de la gouvernance souverainiste.

Ottawa — Après un an de négociations, Ottawa et Québec se sont entendus… pour renouveler telle quelle leur entente sur la formation de la main-d’oeuvre. La province continuera de gérer les fonds fédéraux en la matière car sa façon de faire fonctionne, a consenti le gouvernement conservateur. Mais une seconde entente reste malgré tout à être négociée.

 

Ottawa avait beau menacer les provinces dans ses deux derniers budgets qu’il récupérerait ses transferts en formation de la main-d’oeuvre pour distribuer une subvention à l’emploi, Québec y a échappé.

 

Le nouveau« Fonds Canada-Québec pour la création d’emplois »aura toutes les allures de l’entente qui était en vigueur depuis six ans : Québec recevra près de 116 millions de dollars par année d’ici à 2020 pour offrir des programmes de formation aux chômeurs n’ayant pas droit à l’assurance-emploi (jeunes, personnes âgées, immigrants, handicapés).

 

Au moment d’annoncer la conclusion d’un accord avec Québec, le ministre fédéral de l’Emploi, Jason Kenney, a fait valoir que la province devrait toutefois rendre davantage de comptes et fournir des données démontrant que les fonds fédéraux auront été versés dans des programmes d’aide à l’emploi et non pas en frais administratifs.

 

« C’est la même entente », a rétorqué son homologue Agnès Maltais en entrevue avec Le Devoir. Les deux ordres de gouvernement s’entendaient jusqu’à présent par écrit sur les modalités de reddition de compte. Ces dernières sont désormais inscrites en annexe de l’accord. « Alors il n’y a pas de changements pour nous, on fait exactement la même chose qu’avant. »

 

Une critique en moins

 

À la veille d’élections provinciales, l’annonce de M. Kenney tombait à point pour priver le Parti québécois d’une critique à formuler au fédéral pendant la campagne. « Ce n’est pas nous qui décidons des dates des élections dans les provinces », s’est défendu le ministre en point de presse, en parlant d’une « coïncidence ». Il a néanmoins pris soin de préciser à deux reprises que c’est « une preuve que le fédéralisme d’ouverture peut fonctionner ».

 

La ministre Maltais a répliqué que « d’autres, comme moi, vous répondront que c’est la preuve qu’un gouvernement du Parti québécois, un gouvernement souverainiste, est bien placé pour défendre les intérêts du Québec ». Mais peu importe, « tout le Québec gagne »,a-t-elle argué, en rappelant que l’Assemblée nationale était unanime, appuyée par les associations patronales et d’aide à l’emploi, en réclamant le renouvellement de l’entente plutôt que la réforme annoncée par Ottawa l’an dernier. C’est maintenant chose faite et les centres d’employabilité « peuvent respirer », car leurs programmes seront renouvelés.

 

Après autant de mois de pourparlers, le fédéral a réussi à imposer aux autres provinces vendredi sa subvention à l’emploi, qui permettra aux employeurs de former des chômeurs afin de pourvoir un poste précis.

 

Autre pomme de discorde

 

La bonne entente entre Québec et Ottawa risque cependant d’être de courte durée. M. Kenney prévoit de revoir un second accord sur le développement du marché du travail, en vertu duquel la province reçoit plus de 500 millions de dollars annuellement (sur 2 milliards au pays).

 

S’il a reconnu les bons résultats du Québec en formation de la main-d’oeuvre, le ministre fédéral ne recule pas pour autant dans ce second pan de sa réforme. « Là aussi, nous espérons avoir une meilleure participation des employeurs », a fait valoir M. Kenney, en indiquant avoir « hâte » de négocier de nouveau avec Québec.

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