Ni Churchill, ni Reagan…

Winston Churchill respectait une maxime, rappelait John Ivison cette semaine : être résolu en temps de guerre et magnanime dans la victoire. La classe. Mais les temps ont changé, ajoute-t-il en constatant que les conservateurs de Stephen Harper n’ont aucune considération pour la magnanimité.

 

Ivison (National Post) et quelques autres ont déploré cette semaine la décision du gouvernement de ne pas inviter les partis d’opposition à se joindre à la délégation canadienne qui s’est rendue en Ukraine.

 

Le directeur des communications du premier ministre a expliqué cette décision en disant que les néodémocrates avaient hésité à se positionner dans le dossier et que les commentaires de Justin Trudeau lors de son passage à Tout le monde en parle n’avaient pas « contribué de façon positive aux efforts déployés par le Canada ». Le dossier ukrainien n’est « pas une plaisanterie », a déclaré Jason MacDonald.

 

Ni conservateur ni néodémocrate dans l’avion gouvernemental, donc. Pour John Ivison, c’est la preuve d’une incapacité des conservateurs d’oublier une insulte ou d’agir sans être vindicatifs. Bien sûr, le gouvernement n’est pas obligé d’inviter des membres de l’opposition pour toutes les missions qu’il effectue à l’étranger. Mais dans le dossier ukrainien, le message du gouvernement n’en aurait été qu’amplifié, croit Ivison. Ç’aurait été une façon de souligner que tout le Canada appuie le message.

 

Il faut voir le paradoxe, dit Ivison, quand le Canada envoie une délégation en Ukraine pour encourager l’émergence d’une démocratie robuste, mais qu’il empêche sa propre opposition de participer…

 

Le problème, selon lui, c’est qu’Ottawa voit cette crise comme une occasion de marquer des points politiques au Canada. L’affaire rappelle à Ivison ce qui s’est passé lors du voyage de Harper en Israël au début de l’année, quand le député Mark Adler a tenté de se faire photographier avec le premier ministre au mur des Lamentations. « C’est la réélection, c’est la photo à un million de dollars », avait dit Adler, qui représente une circonscription à forte population juive.

 

Le même Adler avait refusé que le député libéral Irwin Cotler assiste à un événement qu’il organisait lors de ce voyage, rappelait Tim Harper (Toronto Star) dans une chronique sur le même sujet. L’an dernier, les conservateurs s’étaient aussi distingués en n’invitant pas Marc Garneau à l’inauguration d’une exposition sur le bras canadien.

 

Nous ne sommes plus dans la partisanerie, mais dans la mesquinerie, croit Tim Harper. Rien ne force le gouvernement à inviter l’opposition à des événements. Mais les conservateurs de Harper ressemblent de plus en plus à des enfants qui protègent leur petit coin de carré de sable, dit-il.

 

Stephen Harper peut pourtant être magnanime, rappelle le chroniqueur : pensons aux funérailles de Jack Layton ou à celles de Nelson Mandela, où il avait invité plusieurs adversaires. Mais quand des votes sont en jeu, le ton change et l’attitude devient grossière, note Tim Harper.

 

Ainsi la présence dans le voyage actuel du député Ted Opitz, justifiée par le fait qu’il pourrait bénéficier de quelques votes supplémentaires de la communauté ukrainienne, lui qui n’a gagné que par 26voix en 2011. C’était la même chose pour le voyage en Israël, se désole Tim Harper. Or ce sont des voyages où le gouvernement représente un pays, pas un parti.

 

Blague

 

Le dossier ukrainien a aussi causé des ennuis à Justin Trudeau cette semaine. Sa blague ratée à l’émission Tout le monde en parle a beaucoup fait jaser. Mark Steyn (National Post) écrit que l’art de la blague est risqué en politique. Ronald Reagan s’y risquait souvent, mais avec plus d’aisance que Trudeau, dit-il.

 

Steyn rappelle une des blagues favorites de Reagan, celle où un Soviétique va payer la voiture qu’il recevra dans 10 ans et qui demande tout de suite si l’auto arrivera en après-midi ou en matinée. Quelle importance? demande le vendeur. « C’est parce que le plombier doit passer dans dix ans, mais en avant-midi », répond l’acheteur prolétaire.

 

Au moins, dit Steyn, les blagues de Reagan disaient quelque chose de la réalité soviétique. Celle de Justin Trudeau — à savoir que la défaite de l’équipe nationale russe de hockey aura une incidence sur l’humeur générale de la Russie dans le dossier ukrainien — dit surtout que le chef libéral ne comprend pas le dossier et que les problèmes ukrainiens demeurent abstraits pour lui. Reagan se servait de l’humour pour évoquer les aspirations des citoyens : Trudeau ne les comprend juste pas, estime Steyn.

 

De la langue…

 

La décision de l’Office québécois de la langue française de donner un avertissement à une commerçante de l’Outaouais qui utilise l’anglais sur la page Facebook de son entreprise a inspiré un éditorial au National Post. Le quotidien critique un « organisme qui donne la chair de poule et qui vient d’étendre ses efforts orwelliens pour forcer l’utilisation du français dans les réseaux sociaux ».

 

Le Post y voit un enjeu de liberté d’expression. Mais il s’étonne surtout de voir un gouvernement endetté « gaspiller ses ressources pour harceler de petits commerçants bilingues ». On évoque une « persécution » qui ne peut s’expliquer que par le « fanatisme » linguistique du gouvernement Marois.

 

La bonne nouvelle là-dedans, estime le Post, c’est que « plusieurs Québécois rejettent ce non-sens ». Au lieu de se soumettre à la police de la langue, ils vont voir les médias pour dénoncer des injustices, comme ce fut le cas pour le « pastagate ». Une bonne chose, parce que tout le monde au Canada devrait être mis au courant des « instincts autoritaires » de ceux qui cherchent à « anéantir le fait anglophone » au Québec, dit-on.

1 commentaire
  • Denis Miron - Inscrit 1 mars 2014 09 h 21

    Pour quelques votes de plus.

    «Se donner bonne conscience en dénonçant les dérives d’un état étranger semble être plus une grande campagne d’autosatisfaction qu’un réel engagement pour la défense de la démocratie, donc des intérêts et des droits du plus grand nombre contre la tyrannie d’une minorité.» Mehdi
    Harper s’en va donner des leçons de démocratie en Ukraine, pendant qu’ici, une majorité de journalistes s’entendent pour dire que l’état de santé de la démocratie parlementaire est dans un état pitoyablement malade, baillons à répétition, projet de loi mamouth, prorogations, muselage des scientifiques, coupure de budget à tous les contre-pouvoir, muselage du DGE… la liste est trop longue, j’arrête ici…
    Qui peut-il croire encore duper par cette évidente manœuvre hypocrite?