Main-d’oeuvre: Ottawa accède aux demandes des provinces

Ottawa — Dans la saga entourant les négociations entre Ottawa et les provinces quant au sort du financement fédéral en formation de la main-d’œuvre, les conservateurs ont acquiescé aux demandes des gouvernements provinciaux. Quant à Québec, qui ne veut rien savoir des changements envisagés par le fédéral, les discussions se poursuivent pour en venir à une entente bilatérale.

Après un an de pourparlers, Ottawa accepte désormais de laisser les provinces choisir au sein de quels budgets elles pigeront les fonds fédéraux qui serviront désormais à financer une subvention à l’emploi. Dans le budget de 2013, le gouvernement conservateur a annoncé que les 300 millions transférés aux provinces pour la formation de la main-d’œuvre seraient redirigés pour être versés directement aux chômeurs par le biais d’une subvention, financée à parts égales par les provinces et les employeurs qui offriront à terme un emploi. Ottawa avait déjà renoncé à exiger une contribution égale des provinces. Le fédéral accepte maintenant, dans sa dernière offre distribuée vendredi, que les gouvernements provinciaux choisissent où puiser pour financer ce nouveau programme — ce qui leur permettra de conserver des programmes de formation pour chômeurs qu’ils craignaient de devoir annuler.

Le ministre fédéral de l’Emploi, Jason Kenney, a également consenti à repousser la mise en œuvre de ses changements. Plutôt que d’entrer en vigueur le 1er avril — comme annoncé au départ —, la subvention à l’emploi sera créée le 1er juillet, en vertu de la dernière contre-offre présentée par M. Kenney aux provinces et qualifiée de « finale ». Les homologues de M. Kenney, qui demandaient de reporter les changements au 1er octobre, ont jusqu’à la fin du mois pour y répondre. À défaut de quoi, « comme je l’ai déjà dit, le gouvernement du Canada livrera la Subvention canadienne à l’emploi seul, à partir du 1er avril 2014 », écrit le ministre Kenney dans sa contre-proposition dont La Presse canadienne a obtenu copie.

Les provinces contactées par Le Devoir vendredi n’ont pas voulu commenter la dernière proposition fédérale. Le ministre de l’Innovation et de l’Enseignement supérieur de l’Île-du-Prince-Édouard, Allen Roach — qui préside le forum réunissant ses homologues responsables du dossier —, a simplement indiqué qu’il avait « hâte d’étudier et de discuter » la contre-offre d’Ottawa avec ses collègues provinciaux.

Québec ne fait pas partie de ces négociations, puisque la province exige de son côté, depuis le début de cette affaire, d’avoir un droit de retrait avec pleine compensation, ou encore de resigner avec Ottawa l’entente sur le marché du travail qui est en vigueur jusqu’à la fin de la présente année fiscale. La semaine dernière, M. Kenney a appelé son homologue québécoise, Agnès Maltais, pour discuter du dossier. Au bureau de la ministre de l’Emploi, Mme Maltais, on réitère que « les canaux de communication sont ouverts ».

La province voit d’un bon œil le fait de ne pas avoir été jointe à la liste de destinataires de l’offre de M. Kenney, estimant que cela laisse présager que le ministre a accepté de procéder de façon « bilatérale avec Québec ».

Le bureau du ministre fédéral n’a pas voulu commenter les négociations avec Québec, qui pose « une situation assez unique ». Le ministre est toujours « en période d’étude » de la demande québécoise, a-t-on indiqué au gouvernement. L’échéancier du 31 mars pour en venir à une entente semble cependant repoussé. Puisque l’offre présentée aux autres provinces prévoit que les changements débutent désormais le 1er juillet, il n’y aurait plus la même urgence de s’entendre avec Québec d’ici au 1er avril, reconnaît-on à Ottawa.