Les conservateurs divisés sur une promesse phare

Le fractionnement du revenu était une promesse phare du Parti conservateur lors de la dernière élection fédérale, mais elle semble aujourd’hui diviser les troupes de Stephen Harper. Le ministre des Finances n’est pas convaincu de son efficacité, Maxime Bernier dit préférer des mesures abaissant les impôts de tout le monde, tandis que Jason Kenney soutient que cela fait encore partie du plan de match pour 2015.

 

« Je ne suis pas certain qu’en bout de piste, cela est bénéfique pour notre société, a lancé mercredi le ministre des Finances, Jim Flaherty. C’est une idée intéressante. Moi, je ne suis qu’une voix [sur 308 députés]. Cette mesure est très bénéfique pour certains segments de la population canadienne et ne l’est pas du tout pour d’autres segments de la population canadienne. Et j’aime penser que je suis un ministre des Finances analytique, alors quand nous aurons ces discussions au cabinet, en caucus, je présenterai mon analyse à mes collègues. »

 

Son collègue Maxime Bernier, moins direct, a néanmoins répété aux journalistes que ce qui importait, c’est de réduire les impôts « de tous les Canadiens » en insistant sur le mot« tous ». Il a ajouté qu’il existait d’autres moyens « peut-être plus simples » de réduire les impôts.

 

En 2011, Stephen Harper a promis qu’une fois les finances publiques équilibrées, il permettrait le fractionnement du revenu, jusqu’à 50 000 $, pour les couples avec enfants. Le fractionnement du revenu est une opération comptable qui permet, sur papier, de transférer d’un conjoint à l’autre une portion de son revenu pour le soumettre à un taux d’imposition inférieur et ainsi réduire sa facture fiscale. Les économistes, de gauche comme de droite, ont démontré que cette mesure profite surtout aux familles gagnant plus de 25 000 $ ou celles dont un des deux conjoints ne travaille pas, et qu’elle n’aura aucun effet pour au moins 50 % des contribuables.


2,5 milliards

 

Cette sortie du ministre des Finances a mis en lumière une apparente division au sein du cabinet conservateur. Rapidement, le ministre Jason Kenney a rappelé que le fractionnement « est un de nos engagements électoraux. On a pris l’engagement de faire cette politique dans le prochain budget ». À la Chambre des communes, le NPD a demandé au premier ministre si son équipe avait changé d’avis. Stephen Harper a répondu que « lorsque nous équilibrerons le budget, une des principales priorités de ce gouvernement sera de réduire les impôts pour les familles ». Il n’a pas fait référence directement à ce programme, dont le coût est évalué à 2,5 milliards par année.

 

Ce n’est pas la première fois que MM. Kenney et Flaherty ne sont pas au diapason. En décembre, les deux hommes ont été entendus sur le plancher de la Chambre des communes en train de s’insulter, après que le premier ministre eut demandé la démission du maire de Toronto, Rob Ford, un ami du ministre des Finances. Ce dernier aurait dit à M. Kenney : « Shut the fuck up ! » Les deux poids lourds du cabinet n’adoptent pas non plus le même ton envers les provinces dans le dossier de la formation de la main-d’oeuvre.

 

Notons que M. Flaherty ne s’est pas levé une seule fois en Chambre pour défendre le budget qu’il avait pourtant déposé la veille. Au printemps dernier, M. Flaherty n’avait assisté qu’à 9 des 46 périodes de questions suivant le dépôt de son budget. Le ministre est atteint d’une grave maladie de peau.

3 commentaires
  • Philippe Riondel - Inscrit 13 février 2014 10 h 10

    Il n'y a même pas matière à débat

    Je ne comprends même pas que cette mesure évidente fasse débat. Tout tient dans cette seule question : pourquoi un couple qui gagne 90 000 $/an devrait-il payer des milliers de dollars d'impôt de plus qu'un autre couple qui gagne 90 000 $/an juste parce qu'un seul des conjoints travaille dans le premier, alors que les deux travaillent dans le second? Où est la justice fiscale? Le fractionnement permet de rétablir cette justice.

    • Bernard Terreault - Abonné 13 février 2014 14 h 43

      Monsieur Rondel, ce ne sont pas les couples qui payent de l'impôt, ce sont les individus! Si on suit votre raisonnement, deux personnes quelconques pourraient décider de former un "couple" de manière à minimiser l'impôt. Par exemple, M. Richard qui fait 100 cent mille dollars par année, s'associe en couple avec M. Décrocheur qui en fait seulement 25 mille. M. Richard réduit ainsi considérablemet son impôt, et pour remercier M.Pôvtype, il lui achète des meubles pour un montant équivalent à la moitié de son gain. Les deux sont gagnants, et surtout le gouvernement est perdant, ce qui l'obligera à augmenter les impôts de tous les autres!

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 14 février 2014 05 h 15

      Cette nouvelle mouture législative est tellement pointu qu'ils n'ont même pas encore trouvé l'individu qui va pouvoir en profiter ! Une seule chose est certaine, il ne se nommera pas Tremblay ou Beaulieu.

      PL