​Budget fédéral: Pauline Marois se dit «outrée»

Pauline Marois a accueilli avecirritation le récent budget fédéral.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir / Archives Pauline Marois a accueilli avecirritation le récent budget fédéral.
La première ministre Pauline Marois est «outrée» par le budget fédéral, mais le ministre des Finances, Jim Flaherty, n’entend pas faire acte de contrition.

Bien au contraire, le ministre Flaherty s’est félicité mercredi de faire partie d’un gouvernement «solvable», une allusion à peine voilée à la situation difficile des finances publiques au Québec.

«Je suis le ministre des Finances d’un gouvernement qui est solvable. Nous allons équilibrer le budget l’an prochain, nous y sommes presque arrivés cette année. L’une des bonnes choses lorsque vous êtes solvables, c’est qu’il y a de la marge de manoeuvre», a-t-il déclaré.

Au lendemain du dépôt du budget, Mme Marois s’est s’insurgée contre la ferme intention du gouvernement Harper d’aller de l’avant avec la Subvention canadienne à l’emploi, aux dépens des programmes québécois de formation de la main-d’oeuvre.

Compétences provinciales

Comme son ministre des Finances Nicolas Marceau, la veille, Mme Marois a accusé le gouvernement fédéral d’agir «comme un vrai prédateur» à l’égard des compétences des provinces.

«Je suis outrée de ce qu’il y a dans le budget fédéral. Ils sont entêtés comme c’est pas possible, ils font payer le prix aux Québécois», a pesté la première ministre en point de presse.

Elle reproche au fédéral de dilapider des ressources pour des mesures de formation alors que le Québec exerce déjà cette responsabilité et tient à conserver la gestion des programmes.

«Ils veulent absolument dépenser de l’argent à côté des systèmes que l’on a et ils n’ont même pas d’institution pour être capables de gérer le tout», a-t-elle dit, qualifiant l’offensive fédérale de «mauvaise gestion des fonds publics».

Le gouvernement conservateur a prévenu qu’il fera cavalier seul avec la Subvention canadienne pour l’emploi à compter du 1er avril s’il ne parvient pas à s’entendre avec les provinces sur le transfert des fonds fédéraux en formation. À défaut d’un accord, Ottawa versera la subvention par l’entremise de Service Canada qui agira auprès des employeurs.

Que le gouvernement fédéral veuille s’immiscer dans ce domaine soulève l’ire du gouvernement Marois. La chef péquiste a mis en doute la bonne foi du lieutenant québécois du premier ministre Stephen Harper, Denis Lebel, lorsqu’il assure vouloir négocier avec les provinces.

Loin de vouloir s’asseoir à la table, le ministre Lebel veut imposer la vision fédérale, a fulminé Mme Marois.

«Il ne négocie pas, il veut nous imposer sa décision, ce qui est inacceptable. C’est du véritable gaspillage», a-t-elle argué.

Indignation

Informé de la réaction indignée de Mme Marois, le ministre Flaherty lui a signifié sans trop de ménagement de se mêler de ce qui la regarde.

«L’argent investi dans la formation de la main-d’oeuvre, ce n’est pas de l’argent qui vient des taxes provinciales, c’est de l’argent qui vient de l’impôt fédéral. Ce n’est pas à un gouvernement provincial de dire comment dépenser l’argent qui vient de l’impôt fédéral», a répliqué sèchement le ministre.

Plus encore, le gouvernement fédéral pense être en mesure de faire mieux que les provinces, y compris le Québec, pour préparer les travailleurs au marché de l’emploi.

«Nous avons versé des milliards $ — pas des millions $, des milliards $ —aux provinces pour qu’elles parviennent à former la main-d’oeuvre pour les emplois. Certaines provinces ne nous rendent même pas de comptes, nous ne savons même pas ce qu’elles font avec l’argent. Alors on va faire mieux, on aura des résultats», a-t-il promis.

Le projet fédéral sur la formation de la main-d’oeuvre est «fou braque», a lâché, de son côté, la ministre québécoise de l’Emploi, Agnès Maltais.

«Ceux qui connaissent le sujet, ceux qui travaillent en formation de la main-d’oeuvre, les entreprises, les syndicats, tout le monde dit: le Québec fait bien. M. Flaherty est dans le champ», a-t-elle dit.

Son collègue des Affaires intergouvernementales canadiennes, Alexandre Cloutier, a pour sa part averti que le gouvernement péquiste ne cédera à aucune «forme de chantage de la part du gouvernement fédéral» sur le front de la formation de la main-d’oeuvre.

«Pensez-vous vraiment qu’à partir du 1er avril, Service Canada est capable de remplacer les services offerts par Emploi-Québec? Le gouvernement fédéral va engager des nouveaux fonctionnaires pour faire exactement le travail qui est fait par Emploi-Québec? Y a-tu quelqu’un vraiment qui croit ça?», a-t-il évoqué.

Plutôt que de céder le pas devant Ottawa, le gouvernement du Québec plaide pour la reconduction de l’entente conclue avec le fédéral en 2008 et qui lui a permis de mettre en place des mesures pour la formation de la main-d’oeuvre.
21 commentaires
  • Mario Leroux - Inscrit 12 février 2014 10 h 45

    Outrée

    Qu°elle demande à son Ministre des Finances de présenter le budget québecois;qu°elle soit outrée va de soi!

    • Benoit Toupin - Abonné 12 février 2014 16 h 09

      Vraiment nous n'en sommes qu'au 12 février; ça viendra comme à tous les ans; vous verrez!

      Mme Marois a vraiment raison d'être outrée. Le désiquilibre fiscal et l'arrogance à l'égard même des règles constitionnelles sont devenus l'évidence à nos yeux. Ce qui est odieux est odieux... Point!

      Les empiètements de juridiction sont toujours au détriment des contribuables. Parce que les argents du fédéral et du provincial ont une seule et même source... Notre porte-monnaie...

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 12 février 2014 18 h 11

      À FORCE DE CRIER :"AU LOUP..."

      Le PQ et gouvernement Marois n'accorderont jamais aucun rôle au Fédéral canadien..C'est dans la structure de base du PQ et la nécéssité de montrer que le fédéralisme ne marche pas!

      Pourquoi ne pas laisser le fédéral montrer s'il peut faire mieux avant de crier? Ce serait aussi à l'avantage du QC...

      À force de chercher querelle constamment et systématiquement, les hauts cris et outrages n'ont plus aucune portée...

      Les anglais disent:" Pck your battles"...Chercher querelle quand cela vaut la peine...

      En attendant, nous attendons toujours le budget Marois et L'abysse qui s'y cache!

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 12 février 2014 18 h 22

      PS: Je n'ai pas entendu Pauline dire :"Merci" pour les $ 9.3 milliards que le ROC envoit au QC, en Peréquation et qui viennent juste d'être confirmés...

      Cela va arrondir le budget-fantôme de Pauline!

  • Donald Tremblay - Inscrit 12 février 2014 11 h 33

    Rien à dire

    Le PQ manque d'argument face à ce budget et ne sait plus quoi dire.... Que les journalistes demandent au PME s'ils aiment le programme d'emploie des conservateurs. Le Québec étouffe les PME.

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 12 février 2014 13 h 30

      Si le Québec possédait toutes ses ressources financières, peut-être pourrait-il être davantage généreux avec les PME.

    • Benoit Toupin - Abonné 12 février 2014 16 h 38

      Le PQ ne manque pas d'argument; il dénonce le comportement questionnable du fédéral et défend les intérèts du Québec. Il faut bien que quelqu'un le fasse; sur qui donc pouvons-nous compter? Les cinq députés conservateurs du Québec ne le font pas; les partis d'opposition au fédéral le font mal.

      Il revient au PQ et aux autres partis politiques du Québec de faire consensus autour d'une position commune et à espérer que les québécois sauront les supporter.

      Je ne dis pas que le programme d'emploi des conservateurs ne présentent pas quelques avantages. Celà ne justifie pas l'arrogance et la désinvolture des Lebel, Flaherty et autres dans nombre d'autres dossiers.

      Nous paierons cher, un jour, pour le va-tout à l'économie à court terme des conservateurs.

  • Yannick Legault - Abonné 12 février 2014 11 h 55

    Indépendance !!!

    Fini les folies !! On en a assez de faire rire de nous, de se faire jouer dans le dos, de perdre son temps et son énergie avec des gens qui ne nous ressemblent pas.
    Indépendance !!!
    Le Québec doit devenir un pays MAINTENANT !!!

    Yannick Legault

    • Clermont Domingue - Abonné 12 février 2014 14 h 17

      Oui, m Legault. Enfin, seuls responsables d'eux-mèmes, nos Québécois deviendront plus vigoureux.Nous sommes capables.(voyez nos belles olympiennes.) Clermont Domingue.

  • Guy Desjardins - Inscrit 12 février 2014 11 h 57

    Au moins!

    Le Gouvernement Harper fait ses devoirs. Il en présente un...budget. C'est cela respecter les engagements promis.

  • Bernard Morin - Abonné 12 février 2014 12 h 11

    Monarchie

    Le ministre Flaherty est un fidèle sujet de la reine et se conforme à la constitution de son pays qui qui reconnait la suprématie de Dieu. C'est bien connu que ni la reine ni Dieu ne négocie avec ses sujets ou ses ouailles. Alors tout le québec, incluant les représentants du patronat, donc des PME, peuvent aller au diable avec leur unanimité contre le projet fédéral de formation de la main-d'oeuvre.