Un ultimatum lancé aux provinces

Le ministre des Finances, Jim Flaherty, et le premier ministre, Stephen Harper, faisant leur entrée à la Chambre des communes, mardi, avant la présentation du budget fédéral.
Photo: La Presse canadienne (photo) Patrick Doyle Le ministre des Finances, Jim Flaherty, et le premier ministre, Stephen Harper, faisant leur entrée à la Chambre des communes, mardi, avant la présentation du budget fédéral.

Ottawa — La bataille s’envenime entre Québec et Ottawa. Le gouvernement conservateur sert un ultimatum aux provinces quant au sort de la formation de la main-d’oeuvre dans son budget déposé hier : si elles ne s’entendent pas avec Ottawa d’ici le 1er avril, le fédéral ira seul de l’avant. Une annonce qui illustre le « fédéralisme prédateur » du gouvernement Harper, selon Québec.

 

Car non seulement le fédéral fonce avec sa subvention à l’emploi, mais ses fonctionnaires ont consenti hier que le droit de retrait avec compensation que réclame Québec ne fasse pas partie des scénarios d’entente envisagés.

 

À Québec, le ministre des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau, a dénoncé l’ultimatum fixé par son homologue fédéral. « On est rendu dans le monde des menaces », a-t-il lancé mardi soir. Malgré cette « menace voilée » d’Ottawa, le gouvernement péquiste cherchera à tout prix à arracher un droit de retrait avec pleine compensation d’ici au 1er avril prochain, a-t-il indiqué. « C’est une compétence du Québec. Il n’y a pas à avoir de discussion là-dessus. » M. Marceau ne digère pas le « dédoublement » de programmes proposé par M. Flaherty. « Laissez-nous 70 [millions de dollars], on va continuer à gérer. On a des programmes qui fonctionnent très bien », a-t-il dit.

 

Le ministre fédéral de l’Emploi, Jason Kenney, se targuait peut-être de mener des négociations « productives » avec ses homologues provinciaux pas plus tard que la semaine dernière, mais voilà que l’énoncé économique de son collègue aux Finances sonne le glas. Dans les provinces qui n’auront pas signé d’entente d’ici la fin de l’année fiscale, en vue de céder leurs transferts fédéraux en formation de la main-d’oeuvre au profit d’une subvention à l’emploi, le fédéral versera ses sous « directement par l’entremise de Service Canada ».

 

« Nous voulons travailler avec les provinces afin d’atteindre l’objectif. Mais nous devons nous rappeler ce qu’est l’objectif. Ce n’est pas seulement de former des gens. C’est de former des gens pour des emplois qu’ils dénicheront, afin qu’ils puissent contribuer à l’économie, à leurs familles, à leur bien-être », a fait valoir le ministre des Finances, Jim Flaherty, qui annonce en revanche une série d’investissements pour soutenir les populations les plus éloignées du marché du travail — celles-là mêmes que les provinces disent vouloir protéger avec les fonds de formation de la main-d’oeuvre qu’Ottawa menace de récupérer.

 

En coulisse à Ottawa, on tente toutefois de se faire rassurant en disant qu’on espère encore s’entendre d’ici six semaines.

 

En vertu de sa réforme des ententes sur le marché du travail, le gouvernement conservateur a annoncé dans le budget de l’an dernier qu’il récupérerait 300 millions auparavant transférés aux provinces pour les verser directement aux sans-emploi par le biais d’une subvention qui déboucherait sur un poste garanti, financée à parts égales entre Ottawa, les provinces et l’employeur. Ce sont les modalités du modèle de financement que tentaient encore de négocier M. Kenney et ses homologues la semaine dernière. Dans leur contre-offre au fédéral, les provinces — autres que le Québec, qui lui rejette catégoriquement la réforme — réclamaient de pouvoir à tout le moins choisir dans quelle enveloppe le grand frère fédéral viendrait piger pour financer sa subvention.

 

«Le problème de base avec Stephen Harper, c’est qu’il ne parle à personne, il ne s’entend avec personne. Il fait ce qu’il veut […] Les provinces ne sont pas ses adversaires, elles ont juridiction en éducation et en formation de la main-d’oeuvre », a souligné Thomas Mulcair. Le chef néodémocrate estime, comme son homologue libéral, que sans entente, le programme fédéral « n’ira nulle part ». « C’est une catastrophe totale, c’est un désastre. Cette idée d’aller de l’avant seul sans les provinces est non seulement inefficace, car ce sont les provinces qui savent quels sont les besoins, mais ça démontre un manque de respect dans les relations fédérales-provinciales », a accusé Justin Trudeau.

 

Les conservateurs réitèrent, au fil du budget fédéral, que le marché de l’emploi canadien connaît des pénuries de main-d’oeuvre qualifiée, alors que le taux de chômage est passé de 6 % à 7 % depuis la récession. Le taux de postes vacants est toutefois resté inchangé à 4,2 %, reconnaît-on dans les documents budgétaires.

 

Néanmoins, l’objectif d’Ottawa est clair : cibler la formation offerte aux chômeurs et sans-emploi afin de pourvoir des postes précis. Pour ce faire, le fédéral investit auprès des groupes sous-représentés sur le marché du travail, « une priorité du gouvernement » : jeunes, handicapés, immigrants et autochtones. Les groupes qui perdront des programmes provinciaux mis sur pied pour les aider, martèlent depuis un an les provinces.

 

« Malheureusement, beaucoup d’argent fédéral, des milliards de dollars, va aux provinces sans imputabilité et on ne sait pas ce qui arrive avec l’argent. Alors maintenant, nous saurons », a expliqué M. Flaherty.

 

Populations vulnérables ciblées

 

Pour pallier le manque de main-d’oeuvre — qui sévit particulièrement en Saskatchewan et Alberta, note le budget —, Ottawa offrira aux jeunes des stages « dans des domaines à forte demande ». Le fédéral financera un maximum de 3000 stages en deux ans au coût de 40 millions — dont 30 millions dans les petites et moyennes entreprises —, et 1000 stages en réallouant 15 millions sur deux ans, toujours dans les PME. Une autre enveloppe de 40 millions, sur quatre ans, servira à offrir du mentorat.

 

Le gouvernement renouvelle également un financement 75 millions sur trois ans pour aider les aînés à renouer avec l’emploi dans des communautés au taux de chômage élevé.

 

Quant aux personnes souffrant d’une déficience intellectuelle, Ottawa propose 15 millions sur trois ans pour les aider à dénicher un emploi, et 11,4 millions sur quatre ans pour offrir de la formation aux autistes. Ces fonds — dispensés en vertu d’une entente fédérale-provinciale — iront cependant à deux organismes anglophones (dont un à Calgary) qui décideront où offrir les services. Il se pourrait donc qu’il n’y en ait pas au Québec, de l’aveu des fonctionnaires.

 

En vue de jumeler chômeurs et employeurs, le fédéral versera enfin 11,8 millions sur deux ans pour moderniser deux sites Internet qui répertorient chercheurs d’emploi et postes vacants.

 

Une telle banque sera également créée — au coût de 14 millions sur deux ans, et 4,7 millions par année par la suite — pour que les immigrants s’y inscrivent, en affichant leurs compétences et formation afin d’y être dénichés par les employeurs ou les provinces.


Avec Marco Bélair-Cirino


 

52 commentaires
  • Serge Lemay - Inscrit 12 février 2014 04 h 49

    Les provinces ont-elles des droits ?

    Si les provinces ont des droits, qu'elles les utilisent afin de changer la confédération en une assemblée d'états indépendants avec un gouvernement central ayant un mandat consultatif dont les provinces seraient gestionnaires. Ce serait un moyen de mettre un terme au dictat d'Ottawa ...

    • Gilles Théberge - Abonné 12 février 2014 07 h 56

      Oui, celui de se soumettre.

    • Pierre Vincent - Abonné 12 février 2014 08 h 54

      Le Conseil de la fédération existe et regroupe les premiers ministres des provinces, mais il ne semble ni très actif ni peser bien lourd dans la balance. C'est la beauté du fédéralisme canadien de diviser pour régner, comme on l'observe notamment depuis le rapatriement de la constitution de 1982. Les provinces qui en demandent plus risquent fort d'en avoir moins que les autres, surtout avec un PM comme Stephen Harper...

    • Serge Daigno - Inscrit 12 février 2014 09 h 18


      Absolument, se séparer d'Ottawa et non du Canada, accéder à la souveraineté politique et préserver l'unité économique du Canada, voilà un référendum gagnant à 80%.

      Ottawa n'est pas le Canada.

      Serge Daigno

    • Marc Bouchard-Marquis - Inscrit 12 février 2014 15 h 08

      Monsieur Lemay

      Votre intention est surement bonne, mais considérant que la Contitution Trudeau imposée au Québec en 1982 est quasi impossible à modifier par les conditions exigés pour accomplir le plus petit changement, je considère votre suggestion comme une perte de temps.

      Avec l'appui du peuple, nous devrions nous extirper de ce carcan.

    • Serge Lemay - Inscrit 13 février 2014 08 h 11

      Monsieur Bouchard, comme vous le dites si bien la constitution de 1982 est quasi impossible à changer, comme il est quasi impossible que les provinces continuent de se soumettre au dictat d'Ottawa. Je considère aussi votre intervention comme quasi inutile car le peuple n'a de préoccupation que pour qui va gagner la coupe Stanley ou qui gagnera occupation double, n'oubliez pas que l'on a les politiciens que l'on mérite ou que l'on m'irrite...

  • Guy Vanier - Inscrit 12 février 2014 06 h 55

    harper va faire la souveraineté du Québec!

    Va y mon steven, tu vas l'avoir la séparation du Québec..... Tu es sur la bonne voie.

    • Mario Leroux - Inscrit 12 février 2014 09 h 09

      Les Québecois sont plus intelligents que ce que laisse entendre votre commentaire.Le budget est austère et responsable quant aux coupures dans les budgets de fonctionnement.Attendons le budget du Québec qui devrait être déposé avant les élections.

    • Roland Berger - Inscrit 12 février 2014 09 h 25

      Pas certain. Les Québécois ont été conditionnés à se faire dire quoi faire durant plus de deux siècles. Les viscères sont atteints.

  • Jeannot Vachon - Inscrit 12 février 2014 07 h 10

    Un budget fédéral hypocrite‏

    Le diagramme lié à cet article parle d'un emprunt de 2,9 milliards pour un déficit mais le déficit réel est nul. Qui emprunte pour une éventualité?

    Pourquoi le gouvernement Conservateur déclare-t-il reporter à l’an prochain le retour à l’équilibre budgétaire? Le ministre Flaherty annonce un déficit de 3 milliards causé par une provision pour éventualité de 3 milliards. Pourquoi comptabiliser une telle provision dans les dépenses? Ils pourraient l‘annuler en mettant une provision positive sur les revenus au cas où l’économie donnerait de meilleurs rendements non? 3 milliards, c’est à peine 1% des revenus annuels. C’est beaucoup moins qu’une marge d’erreur normale.

    C’est évident que tout ça n’est que pure stratégie politique. Pourquoi se pétér les bretelles cette année avec un retour à l’équilibre budgétaire? Les élections seront en 2015, alors il faut attendre pour sortir le champagne et les confettis.

    Ils risqueraient aussi cette année de se faire diluer le message par les critiques qui pourraient attaquer sur deux fronts. D’abord ce dur retour à l’équilibre budgétaire a été empiré par le renoncement à 2% de revenu de TPS pendant ces années critiques. Ensuite, ces coupes aveugles dans les services gouvernementaux suscitent beaucoup de mécontentement.

    Un budget ce n’est pas que des chiffres. C’est aussi des décisions qui peuvent affecter durement le contribuable autrement que sur sa facture d’impôt.

  • Normand Carrier - Abonné 12 février 2014 07 h 36

    Supposont une constitution différente !

    Si les pères de la confédération auraient accordé la santé et l'éducation au gouvernement du Canada , nous pouvons imaginer dans quel état seraient la santé et l'éducation aujourd'hui ...... Nous serions un pays du tier monde après toutes ces coupures effectuées dans tous les ministères dont le niveau de santé serait médiocre et l'espérence de vie très inférieure ...
    C'est ce que le gouvernement Harper est en train de créer comme situation a moyen terme de la manière qu'il traitent les provinces ....
    Ce sera un luxe de demeurer dans ce pays pour les Québécois ...

    • Mario Leroux - Inscrit 12 février 2014 09 h 16

      Soyez sérieux M.Carrier;les coupures dans les budgets de fonctionnement sont nécessaires dans cette énorme fonction publique fédérale!Et puis le tiers-monde,je vous invite à le visiter et vous reviendrez très très vite,je dirais à une vitesse olympique au Canada!

    • Gilles Théberge - Abonné 12 février 2014 10 h 17

      Alors mettons nous à l'ouvrge monsieur Carrier. On voit bien que plus ça va, ça n'a pas de bon sens.

      Certains pensent que l'idée de quitter le Canada est d'abord une question ethnique. Il n'en est rien, c'est une question de dignité tout simplement.

      La façon dont le fédéral gère est une négation des principes mêmes du fédéralisme et de ce que l'on prétent être l'assise de ce qu'ils appellent faussement une confédération.

      On voit bien que c'est un système dépassé. Ceux qui n'ont de cesse de parler de passer à autre chose ont maintenant de quoi se mettre sous la dent.

      Passer à autre chose c'est de sortir de cette patente et créer une République à notre image et à nos besoins. C'est ça passer à autre chose, parce que ce qui est en face de nous ça ne marche plus du tout.

    • Normand Carrier - Abonné 12 février 2014 10 h 23

      Le tier-monde , monsieur Leroux , je l'ai visité sur tous les continents et croyez-moi ce sera vers quoi le Canada se dirige si ce gouvernement Harper reste encore cinq ans au pouvoir ... Ceci dans les domaines de la santé , de l'éducation , des sciences , de la recherche , de l'environnement et de l'équité entre les classes économiques .... Ce gouvernement a fait de l'argent son maître a penser au dépend d'autres valeurs ce qui en fait un cancre international en sciences , en recherche et en environnement .... Mais ceci étant dit , on ne peut empêcher un coeur d'aimer ..... Même le maire Ford est aimé de 40% de la population qui ne jurent que par des baisses de taxes qui se fiche qu'il soit un narcomane et un voyou ....

    • Mario Leroux - Inscrit 12 février 2014 11 h 20

      Alors M.Carrier,on a pas vu le même tiers-monde et puis il y aura élection en 2015 donc on élira Justin et tout ira mieux!

    • Guy Vanier - Inscrit 12 février 2014 13 h 06

      Sortir harper à tout prix! Si ça prends Justin ce sera Justin.

  • Francois Cossette - Inscrit 12 février 2014 08 h 10

    Le canada des conserharpers

    Finalement les meilleurs promoteurs de la séparation du quebec ce sont les conservateurs eux-memes ou ils ont compris qu'ils pouvaient traiter les quebecois comme des chiens parce que ceux-ci jappent mais ne mordent jamais.

    • Mario Leroux - Inscrit 12 février 2014 09 h 29

      Traiter les Québecois comme des chiens.....ouf que serait un Québec souverain avec pareille interprétation du budget fédéral,un budget austère et sage dans le contexte économique mondial actuel!Quand je fais mes courses pour nourrir ma famille je paie en dollars canadiens pas dollars Canadian Tire!Et attendons le budget québecois,le dernier datant de 18 mois rien de moins.Du courage M.Marceau il en faut alors agissez à votre tour!

    • Daniel Bérubé - Abonné 12 février 2014 10 h 35

      Je comprend M. Leroux votre fierté à voir démanteler lentement les provinces Kanadiennes, mais pourriez vous m'expliquer comment vous pouvez approuvez l'ordre des valeurs comme présenté par le min. des finances au fédéral, comme il le dit lui-même: ... " C’est de former des gens pour des emplois qu’ils dénicheront, afin qu’ils puissent contribuer à l’économie, à leurs familles, à leur bien-être »

      La valeur première à défendre s'avère donc l'argent (l'économie),
      viens en second lieu: la famille et son bien-être.

      Sans doute vos points forts dans votre vie dépendent de l'argent, ce qui vous oblige à mettre cette valeur en tête de liste... pourriez vous m'aider à expliquer à mes enfants que l'argent vaut plus qu'eux ?

    • Mario Leroux - Inscrit 12 février 2014 10 h 41

      M.Bérubé,
      Venant d°un milieu ouvrier et pauvre,j°ai appris au fil du temps la valeur de l°argent.C°est triste à dire mais on ne paye pas ses courses avec un sourire.Ma famille possède toutes les valeurs essentielles:respect,honnêteté et dignité!

    • Daniel Bérubé - Abonné 12 février 2014 12 h 04

      D'accord, mais je ne sais toujours pas comment expliquer à mes enfants qu'à mes yeux, l'argent vaut plus qu'eux...

      Vous avez plus confiance en l'argent qu'en l'amour: c'est votre choix. Mais de voir ce que l'argent apporte comme problèmes et injustices dans le monde, ce que l'argent occasionne comme démantellement des richesses naturelles souvent au prix de la santé et de vies humaines... alors moi, j'ai fait le choix de l'amour, une valeur que vous ne pourrez jamais m'enlever, me voler, car immatériel. Les générations qui viennent sont consciente que l'argent entre les mains de certainsES peut détruire le monde...

    • Guy Vanier - Inscrit 12 février 2014 20 h 29

      <Ma famille possède toutes les valeurs essentielles:respect,honnêteté et dignité!>

      Monsieur Leroux et la compassion, connaît pas??