Cap maintenu sur 2015

Selon le chef libéral fédéral, Justin Trudeau, le gouvernement Harper manque de respect envers les provinces dans le dossier de la formation de la main-d’œuvre.
Photo: La Presse canadienne (photo) Justin Tang Selon le chef libéral fédéral, Justin Trudeau, le gouvernement Harper manque de respect envers les provinces dans le dossier de la formation de la main-d’œuvre.

Ottawa — C’est sous le signe de l’intendance que le ministre des Finances, Jim Flaherty, a placé son dixième opus, offrant peu de nouvelles mesures et se réservant pour l’année électorale 2015 l’atteinte de l’équilibre budgétaire déjà à portée de main.

 

Pour une septième année consécutive, Jim Flaherty a déposé à la Chambre des communes un budget rédigé à l’encre rouge. Les revenus totaux d’Ottawa s’élèveront à 276,3 milliards de dollars, les dépenses à 250,2 milliards et les intérêts sur la dette, à 29 milliards. Conséquence : le déficit pour 2014-2015 s’élèvera à 2,9 milliards, en prenant en compte le coussin pour imprévus de 3 milliards. Si ce coussin devait ne pas être utilisé, alors Ottawa renouerait avec l’équilibre budgétaire dès cette année. Qu’importe. Le ministre Flaherty n’entend pas devancer son annonce prévue pour 2015, année où les citoyens seront conviés aux urnes et où le surplus s’établira, prévoit-on, à 6,4 milliards.

 

« Oui, c’est vrai, si on fait le calcul, le budget aurait pu dégager un surplus de 100 000 $ [NDLR : 100 millions] avec des dépenses de programmes de 75 ou 76 milliards, ce qui n’est vraiment pas significatif. Alors je préfère avoir un vrai surplus l’année prochaine », a justifié M. Flaherty en conférence de presse.

 

Il s’agit d’une légère amélioration des perspectives financières par rapport à celles annoncées cet automne. Pour parvenir à ses fins, le ministre des Finances a recours à trois éléments principaux : le report d’achats militaires, un resserrement des avantages sociaux des fonctionnaires fédéraux et une hausse de la taxe d’accise sur le tabac.

 

Ainsi, Ottawa annonce qu’il reporte de trois ans le décaissement de fonds prévus pour d’importants achats militaires (tels que les avions de recherche et de sauvetage ou les bateaux d’approvisionnement) pour un total « épargné » de 3,1 milliards, dont 575 millions dès cette année. Comme il en avait déjà annoncé l’intention, Ottawa l’employeur entamera une révision des assurances maladie et invalidité offertes à ses employés et resserrera les règles d’admissibilité au Régime de soins de santé destiné aux fonctionnaires retraités pour économiser pas moins de 1,5 milliard dès cette année. Enfin, le gouvernement, qui se targue de ne pas hausser les taxes, augmente celle sur le tabac, augmentation qui devient sous la plume conservatrice une façon de « rétablir l’efficacité du droit d’accise ». Les quatre dollars de plus par cartouche rapporteront 685 millions de dollars dès 2014-2015.

 

Dépenses modestes

 

De l’avis même de son géniteur, le budget fédéral 2014 en est un modeste sans grande mesure ni ligne directrice particulière. « Certains diront que ce budget est ennuyeux. Je considère que c’est un compliment, a blagué M. Flaherty. C’est le bon budget pour notre pays, même s’il n’y a pas de dépenses clinquantes ou autres mesures pétillantes que certains auraient voulu voir. »

 

Cette modestie vaut à ce budget ses principales critiques. Le chef du NPD, Thomas Mulcair, reproche au gouvernement de retarder sciemment des investissements nécessaires pour mieux paraître l’année prochaine avant le déclenchement électoral. « Il n’y a rien dans ce budget qui va créer de l’emploi », a-t-il dit, déplorant l’absence d’incitatif fiscal à l’embauche de jeunes. Le chef libéral, Justin Trudeau, déplore pour sa part que plusieurs des promesses visant les consommateurs ne contiennent « aucune mesure concrète ».

 

Le plus grand investissement de nouvel argent touche la recherche et le développement. Le fonds Apogée Canada verra le jour, fonds de 1,5 milliard de dollars sur 10 ans destiné aux institutions de recherche postsecondaires. Pour la première année, Apogée Canada ne bénéficiera cependant que de 50 millions. Ce n’est qu’en 2018-2019 que la dotation annuelle atteindra 200 millions.

 

Ottawa confirme par ce budget la rumeur qui circulait depuis quelques jours, à savoir qu’une somme de 305 millions sur cinq ans sera consacrée à l’élargissement du service Internet à large bande dans les communautés rurales et nordiques. Les autochtones recevront 1,9 milliard, mais seulement une fois l’équilibre budgétaire atteint. Ce total comprend la confirmation d’une somme de 1,25 milliard destinée à l’éducation à partir de 2016 et d’une tranche de 500 millions pour la construction et la rénovation d’écoles.

 

Par ailleurs, Parcs Canada recevra une somme de 391,5 millions pour rafistoler ses infrastructures. Sinon, le gouvernement utilise ce budget pour multiplier les promesses visant à soulager les consommateurs (parité des prix avec les États-Unis, plafonnement des frais d’itinérance, fin de la facturation des factures) sans toutefois expliquer comment il procédera.


Une dette et des économies

 

Avec ce budget 2014-2015, la dette canadienne atteindra un sommet historique, à 618,9 milliards de dollars. Le dernier sommet d’une tendance haussière avait été atteint en 1996-1997, à 563 millions, sous le gouvernement libéral de Jean Chrétien. Depuis que les conservateurs sont au pouvoir, ils ont ajouté 161 milliards de dollars à la dette du Canada. Le gouvernement, pour sa part, aime mieux rappeler qu’il a mis en place diverses mesures d’austérité dont l’effet combiné, calcule-t-il, représente une économie de 17,9 milliards seulement pour l’année 2014-2015.