Flaherty dépose un budget austère, saupoudré de mesures clinquantes

Le ministre des Finances, Jim Flaherty
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le ministre des Finances, Jim Flaherty
Ottawa — Le gouvernement conservateur dépose un autre budget marqué du sceau de l'austérité, mais il prend soin de le draper d'atours clinquants et tape-à-l'œil.

Pour son 10e budget fédéral, le ministre des Finances, Jim Flaherty, avait voulu diminuer les attentes en minimisant les promesses de bonbons et de cadeaux. Et il n'a pas menti, car s'il saupoudre quantités de mesures visant à plaire à des groupes cibles, les sommes qu'il y associe sont faméliques.

L'objectif visé est avoué: retourner à l'équilibre budgétaire à temps pour l'an prochain - année électorale. Dans le document qu'il a présenté aux Communes mardi, le ministre prévoit ainsi un déficit de 2,9 milliards, mais il alloue 3 milliards à un fonds de réserve, ce qui rend l'équilibre budgétaire déjà virtuellement atteint.

Excédent de 6,4 milliards

Dès l'an prochain, les coffres de l'État seront bien garnis, avec un excédent de 6,4 milliards en plus d'une réserve similaire.

Ce retour à l'encre noire ne se fait pas sans effort, alors qu'Ottawa engrange des économies frôlant 14 milliards en contrôle des dépenses sur l'appareil d'État encore cette année. Et ces coupes s'annoncent récurrentes, puisque dans ses projections pour les quatre années suivantes, Jim Flaherty prévoit des économies de la même ampleur. Les fonctionnaires ne manquent pas d'écoper, avec des changements majeurs dans leurs avantages sociaux équivalent à 7,4 milliards en six ans.

Ottawa reporte également l'achat des nouveaux équipements pour les Forces armées, une économie temporaire de 3,1 milliards.

«Nous avons [...] redressé la situation en mettant de l'ordre dans les finances publiques. Et c'est exactement ce que notre gouvernement continuera de faire», a soutenu le ministre en déposant son document de près de 500 pages à la Chambre des communes.

Plusieurs petites mesures

Plusieurs observateurs s'attendent à ce que les investissements majeurs dans les programmes destinés à plaire à l'électorat coïncideront avec l'année électorale de 2015. En attendant, les Canadiens peuvent se contenter d'une pluie de petites annonces aux montants souvent minimes inscrits au budget cette année.

Ainsi, Ottawa multiplie les petits crédits d'impôts: augmentation des dépenses admissibles pour l'adoption d'un enfant, élargissement des crédits d'impôt pour les frais médicaux, bonbons pour les vétérans et les amateurs de motoneige.

Au total, les nouvelles dépenses totalisent 700 millions, dont on connaissait déjà quelques éléments, comme l'expansion d'Internet à haute vitesse en région rurale (305 millions sur cinq ans).

Certains montants cités dans le document sont étonnement petits pour un budget fédéral, comme l'enveloppe de 150 000 $ pour soutenir les femmes entrepreneures. M. Flaherty accorde notamment 1 million sur deux ans au défi Pierre Lavoie qui favorise l'activité physique.

Ottawa affecte d'autre part certaines sommes à des postes de dépenses longtemps négligés.

Ainsi, le gouvernement prévoit 165 millions sur deux ans pour la construction du nouveau pont Champlain, qui sera fait en partenariat public-privé et comptera assurément un péage. C'est accompagné d'une enveloppe supplémentaire de 378 millions sur deux ans pour la réparation et l'entretien des ponts fédéraux de Montréal.

Après s'être fait taper sur les doigts en raison de larges rappels dans l'industrie alimentaire, il injecte 390 millions en cinq ans pour le système de salubrité des aliments, dont l'embauche de 200 nouveaux inspecteurs.

Le gouvernement fédéral affecte par ailleurs 1,5 milliard sur cinq ans pour un nouveau fonds destiné à la recherche, baptisé «Apogée Canada». Il alloue également 500 millions sur deux ans au fonds d'innovation pour le secteur automobile.

Enfin, le fédéral ne lâche pas le morceau dans un dossier cher aux provinces et plus précisément au Québec, en annonçant qu'il ira de l'avant avec son nouveau programme de Subvention canadienne pour l'emploi dès le 1er avril, et ce, même s'il ne parvient pas à s'entendre avec les provinces.

Les négociations sur ce programme de 300 millions annoncé l'an dernier pour remplacer les anciennes ententes sur la formation de la main-d'œuvre sont tumultueuses. Québec, qui juge que le fédéral empiète sur ses champs de compétence, demande un droit de retrait avec pleine compensation.

Budget «ennuyeux»

M. Flaherty se dote d'une nouvelle source de revenus qui frise les 700 millions en 2014-2015 — et cela risque d'interpeller les fumeurs qui ont pris l'habitude d'acheter leurs cigarettes aux boutiques des frontières du pays et dans les aéroports. Il majore la taxe d'accise sur les cigarettes et impose un nouveau droit d'accise pour les produits du tabac vendus dans les commerces «hors taxes».

«Certains diront que ce budget est ennuyeux. Je prends ça comme un compliment», a ironisé le ministre des Finances en conférence de presse.

«C'est le bon budget pour notre pays, même s'il n'y a pas de dépenses extravagantes», a-t-il soutenu.

Grandes absentes du budget: les mesures annoncées lors du discours du Trône pour donner un peu d'air aux consommateurs sont évoquées, mais elles ne sont pas précisées. Ainsi, on dit vouloir adopter des mesures législatives pour éviter que les Canadiens paient plus cher que les Américains pour les mêmes produits, sans pour autant indiquer comment on allait s'y prendre. Même chose pour l'élimination de la pratique de certains commerçants «à facturer la facturation» ou la promesse d'élargir l'accès aux services bancaires de base.

Par Fannie Olivier
6 commentaires
  • Nicolas Bouchard - Abonné 11 février 2014 16 h 43

    Coïncidence ?

    N’était-ce pas 500 millions que le gouvernement fédéral cherchait à économiser en retirant le crédit d’impôt au Fond de la FTQ? On dira que c’est une coïncidence mais ce même gouvernement veut maintenant allonger 500 millions sur deux ans au fond d’innovations pour le secteur automobile (FISA).

    « Le Canada ne possède pas d'entreprise indépendante fabriquant des voitures ou des camions. Cependant, plusieurs entreprises d'automobiles américaines et japonaises fabriquent leurs véhicules au Canada, et, à l'exception de trois usines de bus des groupes suédois Volvo et américain Paccar au Québec, les sites de production sont tous situés en Ontario » - Wikipédia, Économie du Canada, secteur Manufacture.

    Il semblerait que le gouvernement fédéral ait déshabillé Pierre (le Québec) pour habiller Paul (l’Ontario) avec ce « transfert » de 500 millions d’un fond (FTQ) avec l’autre (FISA). Avec cette logique, on comprendra pourquoi le Québec reçoit de la péréquation. Et pourtant, ce dernier devrait recevoir du support économique direct du fédéral mais cela ne semble pas être le cas.

    Ensuite, on en verra qui tenteront de justifier le tout par le montant que reçoit le Québec en péréquation. C’est un non-sens car on ne dit pas un individu sur l’aide sociale demandant une bourse pour retourner aux études et changer sa situation qu’il devrait se considérer chanceux de déjà recevoir de l’aide sociale. C’est ici la logique du système fédéral et de nombreux fédéralistes québécois. Difficile à suivre.

    Nicolas B.

    • Patrick Asselin - Inscrit 11 février 2014 19 h 37

      La péréquation n'est qu'un transfert fédéral parmi tant d'autres. Per capita, le Québec en reçoit deux fois moins que les provinces atlantiques et le Manitoba. À part les pensions de vieillesse, la plupart des services offerts par Ottawa sont inutiles. Je préfère que l'argent soit transféré au niveau des provinces, là où se trouvent les vrais besoins.

      Il n'y a pas de honte à recevoir de la péréquation surtout quand l'Alberta reçoit chaque année 3 milliards d'Ottawa pour l'exploitation de son pétrole.

    • Donald Tremblay - Inscrit 11 février 2014 20 h 42

      M. Bouchard, j'ai 2 filles et quand j'achète quelques choses à une (étant un père qui donnent égale à ces 2 enfants) l'autre me dit toujours que ce n'est pas juste, que sa soeur à plus qu'elle...

      Je suis chanceux aujourd'hui que mes filles ne connaissent pas encore le mot "coincidence"....

    • Donald Tremblay - Inscrit 11 février 2014 20 h 54

      M. Asselin.

      Je pense qu'il serait irresponsable de donner l'argent aux provinces qui ne sont pas capable de faire un budget. Vous ne donner pas de l'alcool à un alcoolique pour qu'il s'en sorte???

      Pour la péréquation, je pense que les québécois aiment mieux se comparer aux provinces riches que les provinces pauvres. Notre nation est capable de faire beaucoup mieux et je ne peux penser que certain se sente bien de prendre l'argent destiné aux provinces les moins nanti avec toutes les ressources que nous avons. L'afrique d'aujourd'hui est beaucoup mieux nanti que celle d'il y a 10-20 ans. C'est en les aidant qu'on améliore leur sort.....

      C'est avec le 3 milliards d'investissement d'Ottawa qu'on réussie à récupérer les autres milliards qu'ils nous donnent...

    • Nicolas Bouchard - Abonné 11 février 2014 21 h 11

      @M. Asselin,

      Vous avez parfaitement raison. Recevoir de la péréquation n'est ni honteux ni illégal. C'est le prix que paie la fédération canadienne pour nous convaincre que nous faisons une bonne affaire en restant.

      Nicolas B.

  • Carroll Roy - Inscrit 11 février 2014 20 h 49

    Moi, mes souliers...

    Je pense que flaherty s'est acheté, à la lumière de son budget insensé, des souliers trop chers à mon goût.

    Avec un tel budget, on retarde d'un an l'aide qu'on aurait pu apporter aux provinces.
    Si Ottawa se permet un surplus de plusieurs milliards en 1015, c'et donc dire qu'il nous siffonne trop le porte monnaie.