Les dépenses sécuritaires bondissent de 56%

À la Défense nationale, l’augmentation du budget a été de 6,5 milliards de dollars. Si la hausse a débuté sous les libéraux, avec une augmentation de 1,8 milliard en 9 ans, elle s’est accélérée sous Stephen Harper, avec un bond de 4,7 milliards.
Photo: - Archives Le Devoir À la Défense nationale, l’augmentation du budget a été de 6,5 milliards de dollars. Si la hausse a débuté sous les libéraux, avec une augmentation de 1,8 milliard en 9 ans, elle s’est accélérée sous Stephen Harper, avec un bond de 4,7 milliards.
Ottawa — La chose sécuritaire est populaire à Ottawa. Selon une compilation effectuée par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) devant être dévoilée ce matin, les dépenses sécuritaires du gouvernement fédéral ont bondi de 56% au cours des 16 dernières années. Si cette augmentation a débuté sous le règne libéral dans la foulée des attentats terroristes en sol américain du 11 septembre 2001, elle s’est emballée avec l’arrivée des conservateurs de Stephen Harper au pouvoir.

L’IRIS a étudié l’évolution des budgets de quatre entités fédérales: la Défense nationale, les services correctionnels, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS, soit les services d’espionnage) et la Gendarmerie royale du Canada (GRC). La conclusion est la même dans les quatre cas: leur budget s’est accru depuis 1997-98 à un rythme plus élevé que le reste des dépenses d’Ottawa.

Au total, en dollars constants, ces quatre entités ont vu leur budget passer de 16,8 à 26,2 milliards de dollars, une hausse de 9,4 milliards ou 56%. Au cours de cette même période, les dépenses totales d’Ottawa ont augmenté seulement de 29%. Ce qui fait qu’au final, la chose sécuritaire accapare une part de plus en plus importante des ressources fédérales: de 8,3% de l’ensemble du budget de l’État, cette part a atteint 10% en 2012-13, conclut le think-tank de gauche.

«L’escalade décrite en ces pages s’avère difficilement compréhensible à une époque où les menaces militaires directes sont quasi inexistantes», écrivent les auteurs du rapport, Guillaume Hébert et Philippe Hurteau.

À la Défense nationale, l’augmentation du budget a été de 6,5 milliards de dollars. Si la hausse a débuté sous les libéraux de Jean Chrétien, avec une augmentation de 1,8 milliard (+13%) en neuf ans, elle s’est accélérée sous Stephen Harper, avec un bond de 4,7 milliards (+31%). La Défense nationale représente désormais 7,6% de toutes les dépenses fédérales.

Comme cela a été maintes fois indiqué, les services correctionnels ont vu aussi leur budget bondir, notamment à cause de l’accroissement de la population carcérale. Ainsi, sous les libéraux, les services correctionnels ont cru de 18%, mais depuis 2005-06, ils ont augmenté de 68%. Désormais, les services correctionnels accaparent un peu plus de 3 milliards de dollars, contre 1,8 milliards il y a 10 ans, écrivent les auteurs. Il faut dire qu’ils voient à l’incarcération d’environ 15 000 prisonniers, contre 12 000 sous les libéraux.

Le SCRS a  vu son budget grimper de 141% en 16 ans, passant de 219 millions à 527 millions. La GRC, enfin, a vu le sien passer de 1,5 à 2,6 milliards de dollars au cours de la même période (+70%).

Une récente compilation des emplois dans la fonction publique obtenue par Le Devoir démontrait que les ministères ou agences à vocation sécuritaire avaient peu perdu d’employés dans l’exercice de rationalisation en cours, contrairement aux ministères à caractère social, tels que le ministère des Ressources humaines ou celui de l’Environnement. Ainsi, les Services correctionnels comptaient 4500 employés de plus (+31%) en 2012 qu’en 2005, dernière année du règne libéral. La GRC, quant à elle, avec plus de 6200 agents, égalait son reccord de l’année 2010 (années où s’étaient tenus à Toronto des sommets internationaux).

Les auteurs de l’IRIS concluent que si Ottawa n’avait pas accordé un traitement privilégié aux fonctions sécuritaires de l’État fédéral, et avait fait croître ces dépenses au même rythme que les autres, alors il économiserait pas moins de 4,5 milliards de dollars par année. Autant dire que le déficit fédéral serait déjà éliminé.

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