«La photo à un million de dollars»

Le premier ministre Stephen Harper se recueillant au mur des Lamentations, à Jérusalem mardi.
Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick Le premier ministre Stephen Harper se recueillant au mur des Lamentations, à Jérusalem mardi.

Après avoir gravi le mont des Oliviers et visité la basilique de la Nativité, le premier ministre Stephen Harper a profité de son voyage en Israël mardi pour visiter le mur des Lamentations, un lieu d’une telle charge symbolique que son député torontois de confession juive, Mark Adler, a demandé à prendre part à la photo car elle permettrait sa réélection. Une admission qui conforte certains observateurs dans l’idée que ce voyage sert beaucoup les intérêts électoraux du Parti conservateur.

 

Le moment de candeur s’est produit alors que Stephen Harper participait, au mur des Lamentations, plus haut lieu saint pour les Juifs, à une séance de prise d’images. Sur les enregistrements, on entend le député Adler négocier avec un membre de l’entourage du premier ministre pour entrer dans le périmètre et faire partie de la photo. « C’est la réélection. C’est la photo à un million de dollars ! »

 

Pour Marci McDonald, « on a découvert le pot aux roses ». Mme McDonald est l’auteure du livre The Armageddon Factor, publié en 2010 et expliquant l’influence grandissante du mouvement évangélique chrétien sur la droite politique canadienne. « Tout ceci est une campagne de réélection ! […] Rappelez-vous que Stephen Harper est premier ministre depuis huit ans. C’est juste après le congrès du Parti conservateur à Calgary [fin octobre],quand il est devenu clair dans les coulisses que les gens commençaient à parler ouvertement d’une course au leadership et de leur déception, que ce voyage a été annoncé. » Selon elle, il s’agit d’une « diversion ».

 

Marci McDonald a documenté dans son livre la croyance évangélique selon laquelle le Christ reviendra sur terre quand les Israélites seront à nouveau regroupés en Terre sainte. Cela les mène à appuyer les revendications d’Israël et à favoriser un rapprochement avec les milieux juifs. Selon elle, ce voyage et les positions assumées de M. Harper permettent de courtiser ces deux électorats à un moment où les sondages ne sont pas réjouissants.

 

Une source conservatrice, qui refuse d’être identifiée, reconnaît que ce voyage sert, du moins en partie, cet objectif. « La base conservatrice est plutôt croyante. Des photos de la Terre sainte ne peuvent pas nuire », explique-t-on. En outre, « bien que le vote juif ne soit pas concentré [de manière à garantir des circonscriptions], l’influence de la communauté dans le monde des affaires, de la culture, etc. n’est pas négligeable ».

 

Charles McVety, le président du Canada Christian College de Toronto et tête d’affiche de la droite religieuse au Canada, abonde dans le même sens. « Tout chrétien qui se rend à Jérusalem visitera la basilique de la Nativité, l’église du Saint-Sépulcre, marchera sur la via Dolorosa et marchera sur les traces de Jésus Christ. C’est excitant de voir un premier ministre en poste faire cela. C’est la première fois ! » Selon lui, « il ne fait aucun doute que les chrétiens qui croient à la Bible verront ceci d’un oeil favorable. J’ai reçu beaucoup de messages disant “ Je suis fier d’être Canadien ” à la suite du discours de M. Harper et de sa présence en Israël. Et ces messages me sont envoyés par des chrétiens ».

 

Jean Chrétien est le seul autre premier ministre à avoir visité Israël, en 2000. Son voyage avait été jugé catastrophique par maints commentateurs, M. Chrétien ayant multiplié les déclarations maladroites. Il n’avait pas visité le mur des Lamentations ou ces autres lieux saints. Les images de M. Harper revêtent donc une importance toute particulière.


Une délégation à l’image du message

 

Stephen Harper et son épouse voyagent avec une délégation de 237 parlementaires, adjoints, personnes d’affaires et représentants de divers groupes d’intérêts. Du lot, il y a 21 rabbins, dont 9 proviennent de la filière hassidique Chabad Loubavitch, considérée comme parmi les plus orthodoxes.

 

Au chapitre des évangéliques, on trouve dans la délégation David et Agnes Hearn, le président et son épouse du Christian and Missionary Alliance, l’Église évangélique à laquelle appartient M. Harper. Il y a Don Simmonds, le président du groupe télévisuel Crossroads Christian Communications. L’an dernier, Ottawa a songé, avant de se raviser, à couper le demi-million de dollars que Crossroads touchait pour ses projets de développement en Ouganda parce qu’il affichait dans son site Internet que l’homosexualité est une « perversion » et un « péché ». Le ministre des Affaires étrangères, John Baird, avait critiqué le groupe.

 

Se trouve aussi dans cette délégation accompagnant M. Harper Donna Holbrook, de l’International Christian Embassy Jerusalem. « C’est un groupe qui vise spécifiquement à cultiver l’appui évangélique à Israël », selon Mme McDonald. Quant à l’ex-ministre conservateur Stockwell Day, il avait contribué à tisser des liens entre Juifs et évangéliques par l’entremise de son adjoint Joseph Ben-Ami, qui a à la fois travaillé pour le B’nai Brith et Charles McVety. M. Day est lui aussi du voyage, avec son épouse Valorie.

 

Pour la petite histoire, le député Mark Adler qui voulait sa photo a plus tard diffusé sur son compte Twitter un cliché de lui serrant la main du premier ministre Benjamin Nétanyahou. Un journaliste lui a alors demandé si cette photo était « celle à 500 000 


***

Harper critique Israël, mais en privé
 

Le Canada et Israël ont une vision différente du conflit israélo-palestinien en dépit de leurs bonnes relations, ont reconnu mardi le premier ministre Stephen Harper et son homologue israélien, Benjamin Nétanyahou. M. Harper a reproché aux journalistes d’avoir tenté de l’amener à critiquer publiquement l’État hébreu pour sa position concernant les territoires, affirmant que les reporters lui avaient posé des questions à ce sujet tant en Cisjordanie qu’en Israël. Lorsque M. Harper s’est fait demander en conférence de presse s’il avait exprimé des désaccords envers Israël, il a répondu que « oui, à plusieurs occasions ». M. Harper a soutenu que son appui envers Israël « ne m’empêche pas d’exprimer aux gouvernements d’Israël et de l’Autorité palestinienne nos désaccords sur les enjeux variés qui sont de notoriété publique. Mais lorsque les intérêts vitaux et quotidiens du Canada ne sont pas en jeu, franchement, il est plus productif d’en discuter en contexte privé », a soutenu M. Harper. Ces « enjeux variés » auxquels il fait référence sont les positions officielles affichées sur le site Internet du ministère des Affaires étrangères, notamment que le Canada ne reconnaît pas le contrôle d’Israël sur les territoires occupés et estime que les colonies sont contraires au droit international.


Avec La Presse canadienne

33 commentaires
  • Carole Jean - Inscrite 22 janvier 2014 02 h 04

    Harper : un fanatique religieux et un opportuniste politique ?



    Stephen Harper est probablement le pire premier ministre que le Canada ait jamais connu. C’est sans doute le plus hypocrite. Tout ce qu’il fait semble teinté d’électoralisme crasse. Il affectionne tout particulièrement la petite politique pour s’attirer des votes et des contributions afin de poursuivre son parcours de carriériste politique.

    Dans ce voyage en Israël, on rapporte que Harper s’est fait accompagné par 237 personnes dont 21 rabbins et des représentants de six groupes chrétiens évangéliques, dont le Trinity Bible Church, le groupe médiatique Crossroads Christian Communications et l’Assemblée de la pentecôte du Canada. Tous les frais d’hébergement de ces personnes ont été assumés par le gouvernement canadien aux frais des contribuables canadiens. Nul doute que ce beau monde lui sera reconnaissant le moment des élections venu.

    Harper montre ainsi toute son hypocrisie et sa désinvolture. Rappelons que c’est lui qui a aboli les contributions gouvernementales aux partis politiques. Il n’a lui-même cependant aucun scrupule à piger dans les fonds publics pour se faire du capital politique. Un bien petit politicien.

    • Nicole Bernier - Inscrite 22 janvier 2014 06 h 49

      Madame Jean, avez-vous constatez qu'il n'a pas de signe ostentatoire, (sauf en voulant démontrer son respect aux croyants juifs) mais, comme la politique israélienne, quand il gouverne ici, il a appris à dissimuler ses appartenances religieuses...

      La stratégie de la charte, en s'attaquant aux signes ostentatoires pour éviter des choix politiques à la Stephen Harper, est une erreur stratégique grave...

      Harper est un intégrisme à l'Occidental, le genre capable de détruire n'importe quel peuple au nom de ses croyances. Il est le genre de politicien, à qui les politiciens nationalistes québécois, par leur manque de capacité d'analyse, ouvrent la porte. Quand on s'attaque à tout ce qui vient du Fédéral, sans regard pour le comportement réel des décideurs publiques, alors, quand se présente un politicien aux idéologies et croyances plus dévastatrices pour le bien des Québécois et des Canadiens, les leaders dans l'opposition n'ont plus d'influence pour faire changer la perception des gens qui finissent par dire : lui ou un autre?

      Pourtant la politique canadienne actuelle n’a jamais été aussi loin des préoccupations québécoises depuis que je suis la politique (1970) et les Québécois ont détruit le Bloc Québécois. Malheureusement, celui qui leur a inspiré le goût du changement est mort… Que faudra-t-il pour mettre à terre Stephen Harper ? Pourquoi n’avons-nous pas une loi qui interdisse de faire plus de deux mandats ?

    • Pierrette L. Ste Marie - Inscrit 22 janvier 2014 07 h 06

      Honteux

    • Ginette Henri - Abonnée 22 janvier 2014 09 h 04

      Tout a fait d'accord avec vous Madame Jean.
      C'est désolant de voir ce premier ministre faire une telle parade électorale avec sa délégation et à nos frais!

    • Real Melancon - Inscrit 22 janvier 2014 09 h 36

      D`accord avec vous. Mais le pire c'est que ça marche!

      Il est très populaire dans l'Ouest et sera probablement réélu pour un autre mandat.

    • Real Melancon - Inscrit 22 janvier 2014 12 h 57

      Par contre à Toronto (voir commentaires sur Harper dans le globe and mail), il n`est pas populaire du tout. Il est notre George W Bush.

      Malheureusement pour nous, l`Ouest pèse de plus en plus dans la balance du pouvoir parce que leur population augmente plus rapidement que dans l`Est. :(

    • Pierre Bellefeuille - Inscrit 22 janvier 2014 13 h 24

      Très d’accord aussi avec vos propos. Tout comme aux États-Unis, les conservateurs très à droite au Canada savent parfaitement exploiter l’amalgame avec les mouvements orthodoxes religieux. La droite de la droite ne donne pas dans la nuance.

      Nicole Morgan a écrit un excellent livre permettant de comprendre les ramifications idéologiques profondes entre le conservatisme, la « Bible Belt », l’ultra libéralisme, etc. : « Haine froide — À quoi pense la droite américaine ? »

      Je trouve particulièrement dangereux cet amalgame entre une droite religieuse orthodoxe, le conservatisme et le complexe militaro-industriel!

    • Julie Carrier - Inscrite 22 janvier 2014 16 h 33

      Madame Jean, votre commentaire est excellent et exprime la réalité. Vous finissez votre commentaire par dire de Harper qu'il est un bien petit polititien. Pourrais-je ajouter qu'il est non seulement un bien petit polititien, mais qu'il est une bien petite personne tout simplement.

      Rarement vue une personne aussi basse.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 22 janvier 2014 07 h 21

    Le combat d'Harper...

    Alors qu'au Québec on se débat pour faire accepter une charte confirmant la laïcité de l'État et la séparation du religieux du politique, le PM canadien, Harper, fait tout en son pouvoir pour transformer l'État canadien en tremplin religieux évangéliste, au nom d'une idéologie qui conditionne le retour du Christ à la récupération des terres léguées par le dieu d'Israël à Moïse...Comme idéologie néfaste à la promotion de la paix sur terre, on ne peut faire mieux... Sait-il que ce faisant il force le Canada à prendre parti dans ce conflit, sans que les canadiens aient été consultés...Et les Palestiniens dans tout ça ?
    Vraiment comme entourloupette diplomatique on ne peut faire mieux...Notre PM canadien est devenu un missionnaire évangélique au nom d'un dieu qui a plus l'allure d'un guerrier que d'un être de paix et d'amour...Ce faisant, il force un parti pris politique auquel peu de canadiens adhèrent...Du moins, moi je n'y adhère pas et je condamne ce parti pris idéologique qui ne reflète pas les valeurs canadiennes...

  • Jocelyne Lapierre - Abonnée 22 janvier 2014 07 h 34

    Pélerinage payé par les contribuables canadiens

    Choquant pour le moins dire.

  • André Dumont - Abonné 22 janvier 2014 08 h 00

    Pur Opportunisme électoral conservateur

    Oui c'est lamentable en effet.

  • Gilles Delisle - Abonné 22 janvier 2014 08 h 09

    Le Québec est à des années-lumière de ce pays voisin

    Le Québec est tellement loin de ce pays qu'est le Canada, qu'il serait incompréhensible qu'un Québécois se dise encore fédéraliste. Quand je vois et je lis les déclarations de ce premier ministre, cela me renverse! Quand je vois cette délégation de plus de 200 peronnes dont la majorité se font payer un voyage tout-inclus, sans avoir aucune raison d'être là, cà m'exaspère! Cette mini-campagne électorale tenue à l'étranger, avec l'argent du peuple, par un gouvernement qui se soucie tellement peu de sa population, cà m'horripile! Ce gouvernement mériterait une lecon " à l'ukrairienne"!