Les tests linguistiques de Québec «made in France»

Ottawa — Les immigrants qui veulent venir s’établir au Québec doivent, pour prouver leur maîtrise du français, répondre à un examen de compréhension de la langue de Molière… « made in France ». Les tests sont conçus à Paris, et l’un d’eux pose des questions qui ne contiennent aucune référence au Québec et qui s’avérerait « infaisable » pour un ressortissant qui a appris le français au pays.

 

En vertu de son processus d’immigration, le gouvernement québécois — qui a droit de regard en la matière — fait passer des épreuves linguistiques aux demandeurs de résidence permanente ou de citoyenneté, afin de mesurer leur niveau de compréhension et d’expression orale. Les résultats obtenus font ensuite partie des critères de sélection.

 

L’un de ces examens, le Test d’évaluation du français adapté pour le Québec (TEFAQ), est préparé par la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Paris, qui en assure aussi la correction.

 

Accent parisien

 

Or, les questions de compréhension sont accompagnées d’extraits sonores qui sont lus aux candidats par des narrateurs à l’accent français et les scénarios donnés en exemple sont tout droit tirés de l’Hexagone. On parle par exemple des Vélib’ (l’équivalent parisien du Bixi), de yaourts (ou yogourts) ou encore de chaussons, qu’on appellerait plutôt ici pantoufles. L’examen contient aussi des exercices de reconnaissance vocale ; les répondants doivent préciser s’ils entendent « Quel bon petit vent » ou « Quel bon petit vin ».

 

« C’est très difficile pour quelqu’un qui a appris le français au Québec », relate Marcello Vitali-Rosati, qui a dû passer le TEFAQ pour venir enseigner la littérature française à l’Université de Montréal, l’automne dernier. Italien d’origine, détenteur d’un doctorat de la Sorbonne, il devait prouver sa « connaissance intermédiaire » du français. Mais l’accent québécois et parisien sont bien différents, souligne-t-il au Devoir. « J’ai du mal moi-même à comprendre les nasales québécoises, comme j’ai appris le français en France […] Mais pour un Mexicain, un Brésilien ou un Chinois qui arrive au Québec et apprend le français au Québec, le test était infaisable », a-t-il jugé, après avoir passé l’épreuve en octobre.

 

Car il faut comprendre des messages courts, mais aussi les détails de messages longs, en déterminant des intentions et des opinions, explique la CCI dans le manuel du TEFAQ.

 

« L’ensemble des exemples étaient français. Il n’y avait même pas une référence au Québec dans tout le test », a déploré M. Vitali-Rosati.

 

Une critique partagée par Martin Chartrand, dont la conjointe brésilienne, Eva, avait elle-même du mal à comprendre les exercices fournis pour se préparer au TEFAQ en vue d’obtenir sa citoyenneté canadienne.

 

« C’est aussi une question de principe. On est au Québec ; il me semble qu’il y a des universités québécoises qui seraient en mesure de concevoir un test en français standard », a-t-il argué.


Sans références québécoises

 

Au ministère québécois de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC), qui a approuvé le TEFAQ, on rétorque que d’autres tests linguistiques sont reconnus par le gouvernement, comme le Test de connaissance du français pour le Québec (TCF). Celui-ci est aussi rédigé en France — par le Centre international d’Études pédagogiques, en banlieue de Paris — et les exemples de questions cités dans le manuel semblent tout aussi français, sans plus de références québécoises. Un exercice sonore parle notamment de « football », alors qu’il s’agit pour les Québécois, devine-t-on, de soccer.

 

Si Québec se réfère aux examens d’institutions françaises, c’est que « les organismes qui les gèrent disposent d’un réseau de centres de passation établis dans la plupart des pays du monde, y compris les principaux bassins de recrutement de travailleurs qualifiés », a expliqué un porte-parole du ministère, lundi. « Le MICC a demandé à ses partenaires d’adapter le contenu de ses épreuves pour y inclure des références culturelles propres au Québec » et la Chambre de commerce et d’industrie de Paris « y travaille présentement », a-t-on indiqué au Devoir. Il « n’y a pas d’échéance fixe » prévue pour ces changements.

À voir en vidéo