Un prof réclame une charte pour le Canada

Dans une déclaration envoyée hier soir, l’Université York a rappelé que <em>« la commission Taylor-Bouchard de 2007-2008 a recommandé l’accommodement comme principe directeur tout en reconnaissant que l’obligation d’accommoder n’est pas sans limites »</em>.
Photo: Source Université York Dans une déclaration envoyée hier soir, l’Université York a rappelé que « la commission Taylor-Bouchard de 2007-2008 a recommandé l’accommodement comme principe directeur tout en reconnaissant que l’obligation d’accommoder n’est pas sans limites ».

Ottawa — Un professeur de l’Université York qui s’est fait reprocher par sa direction de ne pas avoir accommodé un étudiant refusant de travailler avec des femmes estime que le Canada devrait s’inspirer du Québec et exclure le religieux de la sphère publique. Selon Paul Grayson, en aucun cas les croyances des uns ne devraient être imposées aux autres et en ce sens, la charte des valeurs du ministre Bernard Drainville, y compris l’interdiction du port de signes religieux, est une bonne idée.

« Tout ceci indique qu’il y a un certain besoin pour le genre de choses qui sont débattues au Québec, lance Paul Grayson en entrevue téléphonique avec Le Devoir. Nous avons des universités publiques. Elles doivent être laïques. On ne peut pas avoir des droits religieux qui ont préséance sur les droits laïques des étudiantes. »

 

« Tout ceci » fait référence à un incident survenu cet automne dans la classe du professeur de sociologie à l’université ontarienne. M. Grayson donne à l’Université York un cours par Internet. Cependant, les étudiants sont appelés à se rencontrer pour simuler des « focus groups ». Un de ses étudiants réclame alors d’être exempté de l’exercice, car la classe est composée à majorité d’étudiantes et qu’il ne veut pas interagir avec des femmes pour des motifs religieux.

 

« Ma profonde croyance religieuse [qui s’applique à] l’interaction entre les hommes et les femmes constitue une des raisons principales pour laquelle j’ai choisi de suivre mon baccalauréat par des cours Internet », écrit cet étudiant dont le nom et la religion n’ont pas été dévoilés pour des raisons de vie privée. « Il ne me sera pas possible de rencontrer en public un groupe de femmes (elles composent la majorité de ma classe) pour accomplir ces tâches. »

 

Le professeur Grayson refuse la demande, car elle donnerait « un appui tacite à une vision négative des femmes ». Mais par précaution, il sollicite aussi l’avis du doyen. À sa grande surprise, il se fait répondre qu’il doit au contraire y accéder. On lui explique que trois critères doivent être remplis pour accorder un accommodement : la croyance de l’étudiant doit être sincère, l’accommodement ne doit pas « interférer avec l’expérience des autres étudiants dans la classe » et l’intégrité scolaire du cours doit être assurée. Selon la direction, ces trois critères sont remplis.

 

Le doyen de la Faculté des arts libéraux et des études professionnelles, Martin Singer, lui écrit « pour exiger que vous respectiez l’obligation légale de la faculté d’accommoder la pratique religieuse de X. […] La non-participation de X dans le groupe n’aura d’aucune manière un “ impact substantiel ” sur l’expérience ou les droits de la personne des autres étudiants de la classe ». En entrevue, M. Grayson raconte s’être fait demander par le doyen de ne pas alerter le reste de la classe de cette demande. Ainsi, si elle ignore la requête, elle ne peut pas savoir qu’il manque quelqu’un et que cette absence est motivée par un refus de côtoyer des femmes…

 

Vive Drainville

 

Selon M. Grayson, le Québec a raison de vouloir se doter d’un mécanisme de règlement des demandes d’accommodement, comme le prévoit le projet du ministre Drainville, ainsi que d’interdire le port des signes religieux. « Je vois le besoin d’une très, très stricte séparation entre l’État et l’Église. Il ne devrait pas y avoir une intrusion du sacré dans le laïque. »

 

Quand on lui soumet que l’initiative de Québec a parfois été présentée dans le reste du Canada comme une velléité à caractère raciste, M. Grayson estime qu’il y a plus d’appuis qu’on le croit. « Ce sont les élites qui parlent. Beaucoup de gens à qui je parle pensent que les Québécois ont de bonnes idées quand ils voient les excès. Le prix à payer pour restreindre l’intrusion des croyances religieuses dans la sphère publique est peut-être qu’il faut interdire le port du crucifix. Si c’est le prix à payer pour que tout le monde soit traité également, soit. Je ne vois pas le problème. »

 

Le Département de sociologie avait donné son entier appui à M. Grayson en adoptant une motion stipulant que « les accommodements académiques aux étudiants ne seront pas accordés s’ils contribuent à la marginalisation objective ou symbolique d’autres étudiants, de professeurs ou d’assistants ». Sur son site Internet, le Globe and Mail a invité les lecteurs à indiquer si l’accommodement aurait dû être accordé. 94 % des gens ont répondu « non » (4824 personnes) à ce sondage non scientifique.

 

« J’ai reçu une quantité incroyable d’appuis, soutient M. Grayson. Des courriels d’Europe, des États-Unis, du Canada, d’étudiantes qui me disent merci et d’étudiantes musulmanes qui me disent que ce sexisme doit cesser. Alors la réponse est très positive. »

 

Il raconte avoir soumis ce cas, sous forme hypothétique, à une autre de ses classes pour connaître la réaction des étudiantes. Elles étaient outrées et se sentaient rabaissées. Selon M. Grayson, dire oui une fois ouvrirait la porte à d’autres demandes. « L’Université York deviendrait un refuge d’étudiants fondamentalistes. Je n’y enverrais pas ma fille. » Il lance : « La logique mise de l’avant par l’administration est telle que si un étudiant refusait d’avoir un professeur féminin et qu’il était possible de l’accommoder, on le ferait. Ou s’il y avait trop de Juifs dans la classe et que l’étudiant ne voulait pas interagir avec des Juifs à cause de sa religion, s’il y a une place ailleurs, on le mettrait là ! Les implications sont absolument épouvantables. »

 

Dans une déclaration envoyée hier soir, l’Université York a rappelé que « la commission Taylor-Bouchard de 2007-2008 a recommandé l’accommodement comme principe directeur tout en reconnaissant que l’obligation d’accommoder n’est pas sans limites ». L’Université explique que dans ce cas-ci, « le facteur décisif est qu’il s’agit d’un cours en ligne et qu’un autre étudiant s’était fait accorder la permission dans le passé de suivre le cours hors campus ». C’était parce que cet étudiant habitait à l’étranger. L’Université se dit heureuse que le débat « sur l’accommodement des croyances religieuses » se fasse sur la place publique. La direction avait plus tôt évoqué la nécessité de se plier au Code des droits de la personne de l’Ontario. La Commission ontarienne des droits de la personne, qui met en oeuvre ce Code, a fait une déclaration officielle jeudi, rappelant que « la même considération » doit être accordée à tous les droits. En cas de droits contradictoires, des solutions « au cas par cas » doivent être trouvées.

 

La première ministre ontarienne, Kathleen Wynn, qui avait dans le passé critiqué le projet de Bernard Drainville, n’a pas commenté l’affaire hier. C’est plutôt le bureau du ministre de la Formation, des Collèges et Universités, Brad Duguid, qui a fourni une déclaration laconique. « L’Université York a eu raison de prendre des mesures pour consulter le département des droits de la personne, l’étudiant et d’autres membres de la faculté pour en arriver à sa décision. »

 

À Ottawa, la position de l’université était généralement désapprouvée. Le ministre fédéral de la Justice, Peter MacKay, a ainsi déclaré que la mixité hommes-femmes dans les établissements scolaires était au coeur du combat mené par les soldats canadiens en Afghanistan. Pour le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, une université ne devrait pas faire d’accommodements pour une telle demande. La députée libérale Judy Sgro, qui représente la circonscription où se trouve l’établissement universitaire, a quant à elle qualifié la requête de ridicule, et a estimé que le professeur Grayson avait pris la bonne décision à l’origine.

 

Pour la petite histoire, l’étudiant X a finalement accepté de participer à l’activité.

 

Avec La Presse canadienne

113 commentaires
  • Michel Bouchard - Inscrit 10 janvier 2014 00 h 35

    Le Québec ouvre la porte...

    Le Québec ouvre la porte et les autres provinces vont suivre. Dans le ROC ( Rest of Canada ) , la même problématique des accommodements religieux va resurgir et ils vont citer le Québec comme exemple .

    • Nicole Bernier - Inscrite 10 janvier 2014 07 h 23

      Mais, ne craignez-vous pas que cela ouvre la porte à d'autres types d'accomodements qui seront refusés, cette fois, aux francophones?

    • Yves Perron - Inscrit 10 janvier 2014 07 h 28

      Comme toujours, le Québec crée et le Canada imite pour ensuite prendre le crédit.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 10 janvier 2014 07 h 50

      Il est faux de croire que de telles demandes sont nouvelles dans le ROC. Elles sont très fréquentes et fortement appuyées dans plusieurs milieux d'éducation et de travail. Les politiques du multiculturalisme et du politically correct ont aveuglé ou muselé, selon le cas, le citoyen moyen. Mais, les consciences s'éveillent peu à peu, grâce au débat entamé au Québec.

      Pour savoir jusqu'où peuvent aller ces demandent d'accommodements, allez voir du côté, entre autres, de UniversitiesUK.

      Une immigrante, obstetricienne, originaire d'un pays islamique ultraconservateur, m'a dit que les occidentaux doivent accepter qu'ils ont besoin de l'immigration, et que cette immigration ne peut être "forcée" d'adopter nos valeurs. Par contre, elle a quitter son pays pour fuir l'oppression du régime islamique et offrir un avenir à sa fille. nous devons garder la tête haute et défendre nos valeurs, une noble cause.

    • Nicole Moreau - Inscrite 10 janvier 2014 07 h 52

      j'ajouterais que ce qui est arrivé en Ontario peut arriver ou est déjà arrivé au Québec, je serais curieuse de connaître la réaction de nos universités dont plusieurs (autorités administratives) se sont prononcées contre la Charte.

      l'incident, le professeur Grayson a raison, risque d'amener une ségrégation des sexes sur les lieux mêmes de ce qui est supposé être une institution de liberté et d'ouverture. Est-ce vraiment ce qui est souhaitable? Clairement non. Si l'accommodement avait été accordé, d'autres demandes auraient certainement suivies, j'en suis persuadée.

      la laïcité est donc très importante, je ne crois pas que celle-ci puisse être qualifiée, on est laïc ou on ne l'est pas.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 10 janvier 2014 10 h 00

      J'aimerais bien avoir l'opinion de l'ex-professeur Lebel sur ce sujet. Quelle est la position des Canadiens du ROC sur la laïcité?

    • André-Jean Deslauriers - Inscrit 10 janvier 2014 10 h 36

      Tout à fait d’accord avec vous mesdames Lapierre et Moreau.

      Je trouve par ailleurs assez incongru qu’un étudiant en art demande un accomodement de ce type étant donné que des œuvres d’art sans la représentation des femmes revient à mettre aux poubelles l’Art occidental au grand complet.

      Il devrait donc se contenter d’étudier l’Art islamique où nulle représentation d’un humain n’est permise.

      Ce recteur en tout cas mériterait qu’on lui montre la porte.

      Vivement une Charte sans compromis.

    • David Boudreau - Inscrit 10 janvier 2014 12 h 51

      @ Mme Bernier, dites nous quand vous avez entendu parlé d'un accommodement demandé par les francophones hors-Québec qui implique du sexisme justifié par l'appartenance religieuse?

    • Nicole Bernier - Inscrite 10 janvier 2014 18 h 41

      M. Boudreau, que connaissez vous des pratiques religieuses des Canadiens, de la diversité de leurs règles et leur impact sur le marché du travail?... En fait, j'aimerais savoir si vous êtes aussi agressif contre les formes québécoises de sexisme dans le milieu du travail ?

      De la part de tous les fana de la charte, on entend tellement de commentaires illustrant votre aversion du religieux que votre intolérance est aussi très révélatrice de vos peurs... Si les gens comme moi, qui ne portent pas de foulard, défendent avec autant de conviction le droit des gens à la différence, c'est parce que nous savons très bien que les femmes qui portent le foulard ne sont pas automatiquement des femmes abusées. En tout cas, elles ne le sont sûrement pas plus souvent que les femmes battues par leur mari québécois pure laine ou les petites filles abusés sexuellement par leur père québécois pure laine. Quand on affirme qu'au Canada 1 femme sur 5 sera abusée physiquement ou psychologiquement, nous n'avons pas de leçon à donner contre les extrémistes. .

      De plus, si vous aviez tellement d'aversion contre l'abus fait aux femmes, vous devriez monter aux barricades pour assurer des revenus décents aux mères monoparentales et contre les hommes qui se lavent les mains de leurs responsabilités... Vous devriez vous attaquer au milieu universitaire qui n'encourage pas les femmes à publier parce que leur mari ne s'investisse pas suffisamment dans la vie familiale et qu'elles doivent faire un double emploi...

      Donc, ceux qui choisissent d'être haineux contre les croyants en disent autant sur eux que les gens qui considèrent que le gouvernement n'a pas à cibler, par une loi, certaines femmes pour les contrôler...

  • David Boudreau - Inscrit 10 janvier 2014 00 h 41

    on constate qu'un règlement clair commence à devenir plus qu'urgent, ne serait-ce qu'au niveau des accomodements religieux car il semble bien que certaines administrations sont trop incompétentes pour gérer de telles situations et prennent des décisions qui vont à l'encontre du bon sens le plus élémentaires. Les intégristes n'ont même plus à lever le petit doigt pour imposer leur vision, on défend pour eux leur convictions moyennageuses....comment des gens arrivent à prendre de telles décisions, sinon qu'ils sont complètement dénués de jugement et déconnectés de la réalité?

    • Raymond Chalifoux - Inscrit 10 janvier 2014 08 h 03

      "Déconnecté de la réalité" dites-vous: J'ajouterais juste qu'il faut noter au passage OÙ l'affaire se passe, soit à Ottawa!

      Ceux qui connaissent, savent que la région n'est pas piquée des vers.. en ce genre de matière... La présence des ambassades où les étrangers - dans un autre pays fort différent - se sentent en fait CHEZ EUX et donc en position de... Allez savoir, n'empêche que...

    • Cyril Dionne - Abonné 10 janvier 2014 11 h 00

      @ Raymond Chalifoux

      L'Université York est à Toronto.

    • Mario Paquette - Inscrit 10 janvier 2014 11 h 19

      Je crois que la charte Québécoise devrait contenir les termes suivant: Vivre de manière Occidentalle (vetu de manière convenable) et en acceptées ses principes de bases (laicité et égalité).

      Oui Oui a l immigration !!!!!! Lorsque les candidats viennent pour trouver un bon job et permet a leurs enfants de leur offrir une bonne éducation Nord Américaine. Combien de fois je vois a Montréal (cartierville) des hommes ou femmes vetu comme en afganistan avec la barbe longue ou avec le voile. Il ne s aide pas vraiment a s intégrer au paysage Québécois.


      Bye Bye sinon la visite.

  • LAURENT PRADIES - Inscrit 10 janvier 2014 01 h 52

    Quel cauchemard !

    on marche sur la tête , comment se peut-il que des gens en responsabilités comme ce doyen promeuvent de telles idées d'exclusion, légitimant tout les délires de personnes ayant un trouble de la personnalité...pauvres religions, les textes religieux, une fois compris, ne portent rien de tel, seuls ceux qui ne les comprennent pas s'appuient sur eux pour justifier leurs violences et rejet...donc ce doyen serait-il prêt à légitimer n'importe quel crime si on le revendique pour des raisons religieuses ???
    Heureusement que des Paul Grayson existent ....

    • Nicole Bernier - Inscrite 10 janvier 2014 11 h 43

      Hier, je me déplaçais en métro et j'ai vu la publicité d'une compagnie de mise en condition physique... Cette compagnie faisait la promotion des centres qui accueillent seulement les femmes...

      Je me demandais pourquoi les femmes québécoises auraient le droit d'exiger des services pour femmes seulement mais que les hommes ne pourraient pas aussi demander des accommodements pour rester entre hommes?

      Personnellement, j'aime bien l'idée de m'entrainer dans un milieu féminin quoiqu'actuellement, j'apprécie beaucoup le centre où je m'entraîne puisque les quelques hommes présents n'enterrent aucunement l'énergie féminine de leurs testostérones... Est-ce que cela signifie que c’est une agression à l’égalité entre hommes et femmes ?

      L’égalité n’implique pas nécessairement que les hommes et les femmes doivent absolument faire les mêmes choses aux mêmes endroits et aux mêmes moments. N'oublions pas que l'individualisme se développe mal dans des contextes où tout le monde doit se comporter de la même manière...

    • Nicole Moreau - Inscrite 10 janvier 2014 12 h 09

      mais pour un Paul Grayson, combien de professeurs, conscients de la position de leur hiérarchie et pour ne pas avoir de problèmes, accèdent à la demande sans se soucier réellement de l'impact pour l'avenir d'une telle demande qui crée un précédent?

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 10 janvier 2014 13 h 11

      Madame Bernier,
      il existe des clubs d'entraînement pour hommes seulement, et il n'existe aucune université qui exclut les hommes pour accommoder les femmes qui ne veulent pas les côtoyer.

    • Nicole Bernier - Inscrite 10 janvier 2014 15 h 50

      Mme Collin, il y a plein de situation où les hommes exclus les femmes et vice et versa. Il y a tout un protocole de non dit sur ce que l'on peut faire pour éviter de côtoyer ou de travailler en équipe avec quelqu'un de l'autre sexe... Et je peux vous assurer que les professeurs qui cherchent à imposer la structure du travail d'équipes, vont avoir plusieurs visites dans leur bureau pour faire les réajustements demandés par les étudiants... Par exemple, les gars sont pas assez sérieux et ils nous laissent toujours tout faire le travail… Mon horaire est compliquée, il serait préférable que je travaille avec des personnes qui travaillent dans mon milieu (nous sommes des infirmières et cela les empêche de devoir travailler avec des gars qui viennent de d’autres cultures). Combien de fois, j’ai vu des jeunes hommes se faire laissé de côté parce qu’ils n’étaient pas de pure québécois pour le travail en équipe ?

      Chaque culture établit des espaces privilégiées pour échanger ou non entre les hommes et les femmes... Le problème, on trouve toujours normal nos interdits implicites et on accepte difficilement d'admettre qu'ils existent, cependant un étranger qui vient vivre dans notre culture, au fur et à mesure qu'il plonge dans des situations nouvelles, l'étranger découvre peu à peu toutes ces règles implicites qui provoquent une tonne d'impatience de la part des membres de la communauté d'accueil.

    • Eric Walter Schaffner - Inscrit 10 janvier 2014 16 h 02

      Madame Bernier,

      Un club privé (ou entreprise privée) et une institution publique telle une université, c'est deux choses différentes.

      Ceci dit, je me permets d'ouvrir une petite parenthèse: je me souviens qu'il y avait à l'époque des tavernes qui excluaient les femmes. Nos féministes ont fait fermer, plus ou moins directement, ces établissements en les forçant à inclure les femmes dans leurs établissements. Dans le temps de le dire, «Les Tavernes» disparurent du paysage québécois. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose? Je n'ai pas à juger de la question. Cependant, force est de constater que ces femmes dont vous parlez, font exactement la même chose qu'elles reprochaient aux hommes. Personnellement, tant que cela reste dans le domaine du privé (de l'entreprise privée) je n'ai aucun problème avec ça. Vivre et laisser vivre! Mais svp; qu'on laisse donc aussi aux hommes le droit de s'exprimer et d'être ce qu'ils sont: des hommes à part entière. ;-)

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 10 janvier 2014 18 h 09

      Madame Bernier, si les institutions cautionnent les différents types de discrimination dont vous parlez, ça les renforcera. Bien sûr que la ségrégation informelle existe, mais si je suis votre logique : puisque la ségrégation informelle existe, pourquoi ne pas formellement accommoder les gens qui en font ? C'est pour le moins particulier comme raisonnement.

    • Nicole Bernier - Inscrite 10 janvier 2014 18 h 49

      M. Schaffner, personnellement, je crois fondamental que les hommes aient des espaces à eux et les femmes des espaces à elles, comme je trouve fondamental qu'il y ait des espaces communs...

      De plus, je défends le droit que les cultures ou les religions organisent différemment la vie en société. Et, je crois qu'un État est responsable d'organiser l'équité entre sa diversité de groupes sociaux (classes sociales, nations différentes, groupes linguistiques, etc.)... En d'autres mots, je suis contre la domination unilatérale d'un groupe sur l'autre... Je valorise l'Équité, ce qui exige beaucoup plus d'efforts de réflexion pour établir la justice sociale que d'imposer à tous les mêmes comportements.

  • Pascal Jacquinot - Inscrit 10 janvier 2014 02 h 03

    Accomodement ou arbitraire ?

    Je suis extrêmement surpris que le premier des critères avancés par la direction de cette université pour accorder un accommodement soit que "la croyance de l'étudiant doit être sincère". Je me demande bien par quel prodige le Professeur Grayson ou tout autre professeur, fût-il d'université, pourrait se faire une idée objective de la sincérité de telle ou telle "croyance" avancée par l'un de ses étudiant.
    Et au passage, je constate entre le Canada et l'Europe un certain parallélisme, car nous voyons bien de notre côté de l'Atlantique, que les Britanniques qui, il n'y a pas si longtemps, raillaient avec condescendance la politique de laïcité de la France, sont en train de prendre conscience des pièges de plus en plus inextricables dans lesquels ils se sont fourrés avec ce qu'ils appellent le "multiculturalisme", et que ces mêmes britanniques, d'ordinaire si imbus de leur pragmatisme, découvrent de plus en plus clairement que leurs voisins du sud, tout français qu'ils soient, peuvent parfois leur donner des exemples de rationalité et, qui sait, de sagesse.

    • Roland Berger - Inscrit 10 janvier 2014 09 h 50

      En soi, toute croyance religieuse est sincère. Elle motive le prosélytisme qui fait partie du devoir du croyant.

    • Normand Richard - Inscrit 10 janvier 2014 14 h 43


      Monsieur Jacquinot,

      L’Université York s’appuie sans doute sur ce jugement :

      http://scc-csc.lexum.com/decisia-scc-csc/scc-csc/s

      « La décision du conseil des commissaires interdisant à G de porter son kirpan à l’école porte atteinte à sa liberté de religion. G croit véritablement qu’un kirpan de plastique ou de bois ne lui permettrait pas de se conformer aux exigences de sa religion, et aucune des parties au litige n’a contesté la sincérité de cette croyance. »

      En fait, il s’agit simplement d’être sincère pour pouvoir imposer au reste de la société d’accueille ses croyances, ses accoutrements et ses rites.

    • Diane Julien - Inscrite 10 janvier 2014 16 h 32

      En fait, l'Université York s'est basée sur le jugement de la Cour suprême du Canada dans la cause opposant des copropriétaires juifs au Syndicat de copropriété, la fameuse affaire Amselem en 2004. C'est à cette occasion que les juges de la Cour suprême ont créé ce critère de «croyance sincère.» Rappelons les faits. Des copropriétaires juifs orthodoxes avaient décidé de faire construire sur leur balcon une «souccah», malgré le fait qu'ils avaient signé et donc accepté le règlement de copropriété qui interdisait ce genre de choses. Face au témoignage de rabbins et de spécialistes qui affirmaient que cette pratique ne faisait pas partie de la religion juive, mais de coutumes locales, la Cour supérieure et la Cour d'Appel avaient entériné l'injonction demandée par le Syndicat de copropriété et ainsi rejeté la demande d'accommodement. Malheureusement, la Cour suprême a statué ( 5 juges contre 4) que «si le croyant était sincère,» sa croyance était protégée par la Charte. Et voilà, le tour était joué !

      Ce critère a été réutilisé dans d’autres décisions célèbres, notamment celle de N.S. la femme qui refusait d’enlever son niqab pour témoigner devant le tribunal (2012) et l’Affaire Multani, (2006) relative au port du kirpan, un poignard traditionnel, par un élève sikh dans une école primaire.
      http://scc-csc.lexum.com/decisia-scc-csc/scc-csc/s

  • Annie-Ève Collin - Inscrite 10 janvier 2014 03 h 45

    Si la demande...

    ...était pour éviter de côtoyer des Noirs, des Arabes, des Juifs, on ne se poserait même pas la question. On refuserait d'accommoder la personne.

    • Jean-Yves Proulx - Abonné 10 janvier 2014 07 h 44

      Bien dit. Votre commentaire est éclairant.

    • Nicole Moreau - Inscrite 10 janvier 2014 08 h 55

      je suis tout à fait d'accord, la preuve que la question de l'importance d'assurer l'égalité entre les femmes et les hommes doit être réaffirmée avec une très grande vigueur puisque bien des autorités, même celles d'institutions de haut savoir comme les universités, ne semblent pas y être sensibles.

    • Pierrette Bouchard - Abonnée 10 janvier 2014 09 h 05

      Madame Collin, vous soulignez ici le coeur de ce problème.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 10 janvier 2014 09 h 48

      Un argument sans faille, mais qui a été ignoré par UniversitiesUK, alors que des groupes d'étudiants et diverses association s'opposaient à la décision de ces universités d'accepter la ségrégation des sexes dans des conférences données par des associations islamistes dans les locaux universitaires.

    • Paul Gagnon - Inscrit 10 janvier 2014 10 h 00

      Madame Collin : on ne répétera jamais assez ce que vous dite, car il y en a qui sont dur d’oreilles. Très, très dur.

    • Cyril Dionne - Abonné 10 janvier 2014 11 h 01

      Vous avez raison Mme Collin.

    • Robert - Abonné 10 janvier 2014 19 h 48

      Quoi dire de plus ? Une courte phrase et tout est dit. Bravo Mme Collin.