Espionnage et lobbying: pas de quoi fouetter un chat

Ottawa — Le double emploi de l’ex-ministre conservateur Chuck Strahl, qui est à la fois grand patron du comité de surveillance des services de renseignement canadien et lobbyiste pour Enbridge, ne dérange pas les spécialistes des questions de sécurité. Rien dans son rôle de président du CSARS ne lui confère un avantage qu’il pourrait mettre au profit de la pétrolière.

 

Le Vancouver Observer a révélé au cours des derniers jours que l’actuel patron du Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité (CSARS) s’est inscrit au registre des lobbyistes de la Colombie-Britannique le 6 décembre dernier. D’ici le 6 juin prochain, Chuck Strahl entend contacter des titulaires de charges publiques dans la province pour promouvoir le projet de pipeline Northern Gateway. Certains, notamment le Nouveau Parti démocratique et le groupe Démocratie en surveillance, y ont vu un conflit éthique. Une des prédécesseurs de M. Strahl ne voit, au contraire, aucun problème.

 

L’avocate Paule Gauthier a présidé le CSARS de 1996 à 2005. (Elle a été remplacée par l’oncologue Arthur Porter, tombé en disgrâce depuis, puis par M. Strahl.) « Il n’y a rien dans le travail [de président du CSARS] qu’il peut prendre à son avantage », soutient Me Gauthier en entrevue avec Le Devoir. S’il y a un conflit d’intérêts, dit-elle, « je ne le vois pas du tout ». Tout au plus reconnaît-elle que le poste confère à son titulaire une certaine notoriété qui peut peut-être faciliter l’obtention de certaines rencontres ministérielles, mais sans plus. Elle souligne que la présidence du CSARS est un poste à temps partiel qui n’interdit pas la poursuite d’activités professionnelles.


Pas d’accès quotidien

 

Le CSARS veille à ce que le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), l’agence d’espionnage canadienne, agisse correctement. Sa porte-parole confirme que tous les membres du comité de direction y siègent à temps partiel et ont d’autres occupations. Rien n’interdit le lobbying expressément.

 

Même son de cloche de la part du professeur de l’Université d’Ottawa Wesley Wark, spécialisé dans les questions de renseignement de sécurité. « M. Strahl n’aurait pas accès sur une base routinière aux rapports de renseignement du SCRS », explique-t-il par courriel. Ce sont plutôt les employés à l’interne qui y auraient accès. « L’apparence de conflit pourrait survenir si le CSARS était appelé à revoir les activités de surveillance des activistes environnementaux du SCRS et s’il semblait minimiser les préoccupations potentielles. Mais cela fait beaucoup de « si » ! », conclut M. Wark.

 

M. Strahl n’a pas donné suite aux messages du Devoir.

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