Justin Trudeau remplit les coffres du Parti libéral

La personnalité de Justin Trudeau aide aussi à remplir les coffres des libéraux. Le parti mise sans retenue sur le charisme du chef de 42 ans pour inciter les militants à faire un chèque au PLC.
Photo: La Presse canadienne (photo) Justin Tang La personnalité de Justin Trudeau aide aussi à remplir les coffres des libéraux. Le parti mise sans retenue sur le charisme du chef de 42 ans pour inciter les militants à faire un chèque au PLC.

L’arrivée de Justin Trudeau a fait résonner la caisse électorale du Parti libéral du Canada (PLC), au point où les libéraux rivalisent pour la première fois avec les conservateurs de Stephen Harper dans la course au financement de fin d’année.

Champions incontestés du financement depuis plus d’une décennie, les conservateurs étaient en voie d’amasser 1,7 million au cours du trimestre qui a pris fin le 31 décembre, comparé à 2,2 millions pour les libéraux, selon les plus récentes données rendues publiques par les partis.

 

Plus important encore, Justin Trudeau a fait le plein de 20 593 donateurs qui ont financé le PLC pour la première fois en 2013. Cette donnée est jugée cruciale par les organisateurs libéraux, parce que le parti avait toujours eu de la difficulté à solliciter un grand nombre de petits donateurs. À l’opposé, les conservateurs de Stephen Harper se targuent depuis une décennie de compter sur une vaste base de militants qui n’hésitent pas à sortir leur portefeuille pour financer le parti, à coups de centaines ou de dizaines de dollars.

 

« La culture de financement du parti est en train de changer », dit Marc Garneau, un des sept députés libéraux à avoir survécu à la vague orange qui a déferlé sur le Québec à l’élection de mai 2011.

 

« Le message a été bien reçu par nos militants : il n’est pas suffisant de s’affirmer comme libéral, il faut aussi contribuer [à la caisse du parti]. Les conservateurs l’ont fait avec beaucoup, beaucoup de succès. Leurs coffres débordent. On n’a pas le choix de s’adapter, parce qu’on se fera attaquer très agressivement par nos adversaires d’ici aux élections d’octobre 2015 », ajoute l’ancien astronaute, qui s’est rallié à Justin Trudeau en mars dernier après l’avoir affronté brièvement dans la course à la direction du parti.

 

Fin du financement par l’État

 

Les partis fédéraux doivent à tout prix s’assurer d’avoir une solide base de donateurs parce que le financement public des formations politiques sera annulé dès l’an prochain, le 1er janvier 2015. Le gouvernement Harper a décidé en 2011 de mettre fin au financement des partis par l’État, qui avait été instauré au début des années 2000 par les libéraux de Jean Chrétien.

 

L’ex-premier ministre libéral avait réformé le financement des partis fédéraux en s’inspirant de la politique mise en oeuvre par René Lévesque au Québec : M. Chrétien avait interdit les contributions des entreprises, imposé un plafond aux dons des militants et créé un financement des partis à même les fonds publics, en fonction du nombre de votes obtenu aux élections. Stephen Harper maintient l’interdiction faite aux entreprises de financer les partis, mais élimine le financement de l’État.

 

« Les libéraux ont mis une décennie à s’adapter aux nouvelles règles du jeu qui interdisent les contributions des entreprises », a indiqué Denis Saint-Martin, professeur de science politique à l’Université de Montréal, lors d’une récente entrevue avec Le Devoir. Les libéraux étaient tellement proches des grandes entreprises, qui remplissaient traditionnellement les coffres du parti à coups de dizaines de milliers de dollars, qu’il a fallu l’arrivée de Justin Trudeau pour inciter les militants à sortir leur chéquier, selon lui.


Un Bronfman à la rescousse

 

Ironie du sort, c’est un illustre représentant du monde des affaires — le milliardaire montréalais Stephen Bronfman — qui aide le Parti libéral à prendre le virage du financement populaire. Ce membre bien en vue de l’establishment financier canadien a été nommé en août dernier conseiller spécial du chef Justin Trudeau en matière de financement.

 

Stephen Bronfman a été appelé à la rescousse pour donner une crédibilité à Justin Trudeau, qui était critiqué pour son manque de connaissances en gestion de l’économie. En privé, des libéraux se félicitent que le représentant de l’illustre famille Bronfman ait convaincu la communauté des affaires d’appuyer le PLC — par des contributions personnelles limitées à 1200 $ par année, les dons des entreprises étant interdits.

 

La personnalité de Justin Trudeau aide aussi à remplir les coffres des libéraux. Le parti mise sans retenue sur le charisme du chef de 42 ans pour inciter les militants à faire un chèque au PLC. Les libéraux ont ainsi fait tirer un souper avec Justin parmi les contributeurs à la caisse du parti, en octobre. La campagne a été un succès.

 

Le PLC a aussi commencé à envoyer systématiquement des courriels de sollicitation à ses sympathisants, comme le font les conservateurs depuis des années. Libéraux, conservateurs et néodémocrates ont ainsi sollicité leurs militants de façon presque quotidienne au cours du mois de décembre, dans un sprint endiablé pour faire tinter la caisse avant la fin de l’année.

 

« Il n’est pas toujours facile d’agir comme il se doit. Et il n’est pas toujours facile d’être premier ministre. C’est pourquoi nous devons nous assurer que Justin Trudeau ne sera jamais élu à ce poste », a écrit le Parti conservateur à ses membres, le 22 décembre. Le parti avait amassé 1,7 million sur un objectif de 2 millions, selon ce message.

 

Malgré le regain d’énergie des libéraux en deuxième moitié de l’année 2013, les conservateurs ont amassé nettement plus de fonds que le PLC, durant les trois premiers trimestres : 12,8 millions (PC), comparé à 7,1 millions (PLC) ; le Nouveau Parti démocratique vient au troisième rang avec 4,4 millions. En soirée jeudi, il a été impossible d’obtenir des détails sur la récolte de fonds du Bloc québécois.

37 commentaires
  • Stéphane Laporte - Abonné 3 janvier 2014 00 h 38

    Bien sûr

    La perspective du pouvoir ramène les gens d'argent...

    • Carole Dionne - Inscrite 3 janvier 2014 11 h 36

      Faux


      Ilo semblerait qu'il vend plus de POT qu'il n'en fume (une blague)

    • François Robitaille - Inscrit 3 janvier 2014 15 h 12

      En fait c'est plutôt: Sans argent on ne fait rien aujourd'hui

  • Pierre Valois - Abonné 3 janvier 2014 02 h 35

    Quand Mme Patenaude de la rue Panet

    Quand madame Patenaude, assistée sociale de la rue Panet aura pris la gouverne de la caisse électorale du Parti libéral du Canada, et aura réussi à convaincre ses concitoyens et concitoyennes que le parti libéral lutte désormais pour nous procurer une société plus juste (on doit bien se rappeler de ce qui n'a été qu'un slogan dans l'histoire de ce parti), peut-être pourrons-nous croire que les choses ont changé. Pour l'instant, c'est Stephen Bronfman qui tient les cordons de la bourse. C'est tout dire. C'est trop dire.

    Notre astronaute national, qui sur toutes les tribunes, pendant la course à la chefferie du parti libéral, n'avait de cesse de dénoncer la mièvrerie de la pensée politique de son chef, s'est maintenant mis dans l'orbite du clan Bronfman. Il a ravalé ses propos. Il a chngé d'orbite.

    De tout cela, ce qui est désolant, c'est que ce n'est pas la profondeur de la pensée politique de ce chef qui fera la différence, ce seront ses minauderies.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 3 janvier 2014 05 h 06

    Le conseiller spécial qui dirige tout

    Pour les millions que rapporte le conseiller Bronfman il faudra que M. Trudeau soit très attentif à ses revendications législatives qui favoriseront encore et toujours les financiers.

  • Nicole Bernier - Inscrite 3 janvier 2014 05 h 46

    L'illusion du pouvoir populaire...

    Qui a les moyens de verser 1,200$ par année pour faire vivre un parti politique? Sûrement pas les membres du Parti vert... Mon rêve, depuis l'alliance entre les différents partis conservateurs qui a donné le pouvoir à Harper, fut que le NPD, le Bloc et le Parti Vert fassent une alliance contre les vieux partis... Malheureusement, mon rêve ne s'est jamais réalisé et pire le NPD, avec Muclair, a choisi de se rapprocher des stratégies et valeurs des vieux partis.

    On a beau se gargariser qu'en Occident, on est les plus démocratiques de la planète, quand la masse, la majorité de la population n'a pas les moyens de financer le parti qui défendrait le mieux ses intérêts, nous nous retrouvons toujours devant le bulletin électoral en ayant aucun choix représentant notre vision de la politique... Alors pourquoi aller voter? Personnellement, j'y vais pour que personne ne vole mon bulletin de vote, car je sais très bien que je ne gagnerai pas mes élections puisqu’aucun parti qui a une chance de gagner ne représente ce que je veux... D'ailleurs, avant, on donnait le nombre de votes annulés, mais depuis que le taux de participation est très bas, c'est ce qui fait la manchette. Pourtant, devant ces chiffres peu reluisant d'absence de participation, il faudrait, il me semble ajouter ceux qui annulent leur vote et qui sont rejetés, pour mieux saisir l'ampleur de la non-représentation de ces partis existants.

    Chaque fois que l'on accuse les citoyens de ne pas s'intéresser à la politique, je pense aux gros égos carriéristes des politiciens incapables de mettre les intérêts du peuple au centre de leur projet, incapable de présenter des projets excitants et rassembleurs pour la population. On mise sur le conflit de la « droite » et de la « gauche ».

    • Loraine King - Abonnée 3 janvier 2014 11 h 00

      Qui a les moyens de verser 1,200 $ par année à un parti? Quiconque a les moyens de passer une semaine à Cuba. C'est une question de choix.

    • Loraine King - Abonnée 3 janvier 2014 11 h 06

      J'aimerais ajouter que j'estime ne pas avoir les moyens de payer pour un abonnement à un cablodistributeur ou une mensualité pour un iPhone ou autre bidule du genre. Mais j'ai les moyens de donner à un parti politique et de payer pour un abonnement au Devoir. Je fais mes choix.

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 3 janvier 2014 13 h 04

      L'illusion du pouvoir populaire ne vient pas tant du fait qui s'avère exact que peu de personne puisse contribuer à hauteur de 1200$ pour un parti.

      La démocratie n'existe pas parce que nous élisons une infime minorité de la population qui, en plus, est sujette à se faire influencer par les lobbies d'argent. La démocratie, c'est le pouvoir par et pour le peuple ; ça n'a rien à voir avec une élection à chaque quatre ans.

    • Loraine King - Abonnée 5 janvier 2014 08 h 29

      M. Rozzi - la plus grande illusion c'est de faire un lien quelconque entre un parti politique et la démocratie. Les partis politiques sont des organisations privées auxquelles on doit verser une cotisation annuelle, au miniumum, pour être membre. Il n'y a aucun rapport entre démocratie et parti politique, sauf dans l'esprit de certains.

  • Guy Lafond - Inscrit 3 janvier 2014 06 h 55

    Le poids de l'argent versus le poids des réseaux sociaux


    Rappelons-nous tous. Le maire de Calgarie avait causé toute une surprise lorsqu'il avait été élu pour la première fois sans pratiquement aucun budget.

    Quelle sera la plateforme des Libéraux? Sera-t-elle aussi sage que celle du Partie Vert?

    • Nicole Bernier - Inscrite 3 janvier 2014 11 h 17

      D'abord, pour être élu maire, cela demande beaucoup moins d'infrastructure et de stabilité que ce qu'il faut pour être premier ministre du Canada. Donc, oui, les réseaux sociaux peuvent influencer pour l'élection d'un maire

      Mais, personnellement, je ne crois pas à la force des réseaux sociaux pour élire et soutenir un gouvernement pan-canadien... C'est vrai que cela peut jouer un rôle pour déstabiliser une certaine politique (par la critique), mais les gens engagés dans les réseaux sociaux ne sont pas ceux qui sont capables ou intéressés de consolider les infrastructures nécessaires qui s'appuient sur des bases solides de négociation de la diversité des égos et des besoins autour d'un projet collectif de parti...

      D'ailleurs, l'opportunité pour les différents partis de gauche de créer un contre-parti au vieux parti a disparu avec l'effondrement du Bloc et le virement à droite du NPD. En fait, nous ne nous dirigeons pas vers la collégialité de différents groupes d'intérêt, mais plutôt vers le morcellement en petites organisations... Même les nationalistes québécois ne parviennent plus à s'entendre autour d'un seul parti.

    • Loraine King - Abonnée 3 janvier 2014 12 h 18

      C'est évident que cela coute beaucoup moins cher de faire campagne pour être maire d'une ville : on peut aller rencontrer les électeurs à pied ou en utilisant le transport en commun. Mais un chef d'un parti national devra prendre l'avion pour visiter jusqu'à 338 circonscriptions en 2015. Et les électeurs, entre autre 90 % des Québécois, votent avant tout pour le parti, pas pour le candidat local.

      Quant à la plateforme, la question des régimes de retraite retiendra l'attention des Canadiens, et des libéraux. Selon moi l'intransigeance du gouvernement actuel dans ce dossier a beaucoup à faire avec les sondages qui lui sont peu favorables ces jours-ci.