Anti-charte n’égale pas fédéraliste

Sur les ondes de Radio-Canada jeudi, Mme Mourani a reconnu que certains souverainistes sont contre la charte. « Mais malheureusement, ils sont marginaux », a-t-elle affirmé.
Photo: - Archives Le Devoir Sur les ondes de Radio-Canada jeudi, Mme Mourani a reconnu que certains souverainistes sont contre la charte. « Mais malheureusement, ils sont marginaux », a-t-elle affirmé.

On peut être souverainiste et contre la charte des valeurs, rétorquent une trentaine d’indépendantistes à Maria Mourani. Au lendemain de la profession de foi fédéraliste de l’ex-bloquiste, un groupe de militants souverainistes ont signé une lettre lui indiquant qu’elle fait « une erreur de raisonnement ».

En claquant la porte du mouvement indépendantiste mercredi, Maria Mourani a dit tourner le dos à un front qu’elle ne reconnaît plus depuis le dépôt la charte des valeurs du Parti québécois (PQ).

 

« Vous avez tort, Mme Mourani ! […] Tous les indépendantistes ne sont pas à mettre dans le même panier », lui a répliqué jeudi un groupe de militants d’autres formations souverainistes.

 

Incrédules devant le changement de cap de la députée fédérale, ces candidats et partisans de Québec solidaire (QS) et d’Option nationale, ainsi que des universitaires membres du mouvement indépendantiste, ont voulu prendre la plume pour rappeler à d’autres souverainistes qui s’opposent à certains pans de la charte péquiste qu’une autre frange du mouvement est du même avis.

 

« On peut facilement être en faveur de l’indépendance du Québec, et au même moment être en faveur d’une laïcité inclusive », a fait valoir en entrevue Alexandre Leduc, de QS.

 

Ses cosignataires partagent une part de l’argumentaire de Mme Mourani ; eux aussi reprochent au PQ d’utiliser sa charte « pour tenter d’obtenir une majorité parlementaire lors des prochaines élections ».

 

« Ce n’est pas vrai que le mouvement parle d’une seule voix dans ce dossier-là, a souligné M. Leduc. Alors, on est complètement atterrés qu’elle [Mme Mourani] fasse main basse là-dessus, qu’elle passe ça sous silence et qu’elle sorte maintenant des arguments de la Charte canadienne pour défendre l’identité québécoise… Mais on est où, là ? »

 

La faute du Bloc ?

 

Confrère de Mme Mourani aux Communes de 2008 à 2011, l’ex-député bloquiste Jean Dorion note que son ancienne collègue « a toujours soutenu le même point de vue sur cette question », soit la position du Bloc défendue en 2007 et qui prônait l’interdiction de signes religieux uniquement pour des postes d’autorité dans la fonction publique.

 

« Les gens ont leur tempérament, leur caractère, leurs ambitions. Je conçois tout ça, a confié M. Dorion au Devoir. Mais aussi, quand on change brutalement de politique sur une question qui, pour certaines personnes, est fondamentale, bien il ne faut pas s’étonner non plus. » Cet automne, le chef bloquiste d’alors, Daniel Paillé, a appuyé la charte péquiste qui va plus loin en interdisant les signes ostentatoires dans toute la fonction publique.

 

« Ça m’a heurté. Si j’avais été réélu en 2011, peut-être que j’aurais été expulsé moi aussi », a avoué M. Dorion, qui s’oppose également au projet péquiste. Est-ce donc la faute de M. Paillé et des bloquistes si Mme Mourani a quitté le parti et maintenant le mouvement ? « Je n’oserais dire que ça aurait tout changé s’ils avaient gardé la position. Mais je pense que oui. »

 

Sur les ondes de Radio-Canada jeudi, Mme Mourani a reconnu que certains souverainistes sont contre la charte. « Mais malheureusement, ils sont marginaux », a-t-elle affirmé.

 

Or selon M. Dorion, « une certaine fraction du mouvement indépendantiste » partage le raisonnement de son ancienne collègue. « Le mouvement souverainiste a perdu un certain nombre de personnes avec ce projet-là, et il risque d’en perdre d’autres », estime-t-il. M. Dorion rappelle que, lors de l’élection partielle dans Viau, le PQ a récolté 14,6 % des votes, et QS et ON — tous deux contre la charte —, 17,9 %.

 

Le coporte-parole et président de QS, Andrés Fontecilla, s’est à son tour dit déçu jeudi du geste de Mme Mourani, affirmant qu’elle fait « fausse route en se tournant vers le fédéralisme. […] J’aurais aimé qu’elle reste à nos côtés pour consolider un mouvement souverainiste inclusif et progressiste au lieu d’abandonner la cause de la souveraineté ».

 

En coulisse, on confirme que les cochefs de QS, Françoise David et Amir Khadir, ont appelé Mme Mourani à la suite de son départ du Bloc en septembre afin de lui confirmer qu’ils étaient d’accord avec sa position et de lui offrir leur sympathie. « C’est sûr qu’il y a toujours une proximité idéologique » et une affinité entre les personnes, explique une source. Mais, résume une autre, « on lui a tendu la main très clairement, elle n’a pas voulu la prendre ».


Indépendante pour l’instant

 

La députée d’Ahuntsic a déclaré qu’elle ne démissionnerait pas pour briguer une nouvelle élection en tant qu’indépendante. La « très grande majorité » de sa circonscription l’appuie, a-t-elle déclaré à la Première Chaîne de Radio-Canada, et « il ne faut jamais oublier que 60 % du vote n’est pas allé au Bloc québécois ».

 

Néodémocrates et libéraux se sont dits prêts à l’accueillir, si elle brigue une investiture. Au NPD, on exige en outre qu’elle se fasse élire sous la bannière orange pour devenir députée du parti.

 

Dans le passé, des députés ayant changé d’allégeance en cours de mandat ont réussi à se faire réélire avec leur nouveau parti. C’est le cas des Québécois André Harvey, David Price et Diane Saint-Jacques qui ont quitté les progressistes-conservateurs pour se joindre aux libéraux et qui ont conservé leurs sièges à l’élection de 2000 lors de laquelle Jean Chrétien est devenu premier ministre en récoltant son meilleur résultat électoral en carrière au Québec. En revanche, Angela Vautour, qui avait quitté le Nouveau Parti démocratique pour être candidate progressiste-conservatrice au même scrutin, avait perdu sa circonscription aux mains de son successeur libéral, Dominic LeBlanc, qui a été porté par la même vague que les trois autres.

 

Du côté des candidats indépendants, des députés comme Rick Laliberte ou John Nunziata ont perdu leur siège après avoir quitté leur parti (respectivement en 2004 et en 2000, après une première victoire en tant indépendant pour M. Nunziata en 1997).

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Ce texte a été modifié après sa publication

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