Bloc québécois – Daniel Paillé démissionne pour des raisons de santé

Daniel Paillé a confirmé cet après-midi qu'il démissionne de son poste pour des raisons de santé. Le chef du Bloc québécois souffre d'épilepsie. Selon différentes sources consultées par Le Devoir, la maladie de M. Paillé a diverses conséquences: perte de mémoire, perte d'équilibre ou narcolepsie. En conférence de presse, M. Paillé n'a pas voulu donner de détails à ce sujet, demandant que sa vie privée soit respectée. Il est âgé de 63 ans.

Il a toutefois indiqué que la maladie est «gérable» et peut être stabilisée. Mais pour ce faire, il lui faudra mener une «vie normale», pas celle d'un chef de parti. «Je passe la main. Savoir partir, c'est maintenant», a-t-il lancé.

Entouré de gens du Bloc québécois, il a rencontré la presse pour confirmer la nouvelle qui avait commencé à filtrer dans les médias au cours des dernières heures. Il a assuré que si ce n'avait été de sa maladie, «je serais sûrement là» encore.

Il a donc avisé ses collaborateurs au cours des derniers jours. Et il a profité de sa conférence de presse pour rappeler qu'il a travaillé au «redressement» du Bloc québécois, amoché après la dernière élection générale. Le parti fédéral souverainiste compte tout de même 35 000 membres — qui auront d'ailleurs droit de vote pour le choix du prochain chef, a-t-il précisé.

M. Paillé ne sait pas encore ce qu'il fera comme travail, mais rappelle qu'il a travaillé dans le domaine de la finance et de la gestion administrative pendant 32 ans, hormis ses six années en politique active. «Ce que je vais faire, je n'en ai aucune idée, a-t-il admis. Je vais prendre un recul reposant, profiter du temps et des gens qui m'entourent. Éventuellement, j'aurai une nouvelle vie professionnelle.»

Il pense tout de même rester actif au Bloc québécois, peut-être comme militant. «J'ai collé des pancartes en 1966 pour le RIN (Rassemblement pour l'indépendance nationale). Quand on est indépendantiste, on l'est toujours.»

Pas une belle-mère

Il ne jouera toutefois pas les belles-mères et, dans cette veine, n'a aucunement l'intention de prodiguer des conseils ou des préférences en vue de la prochaine course à sa succession. «Je ne me mêlerai absolument pas de qui va me remplacer», a-t-il prévenu. Les membres du Bloc le décideront.

Il a souligné la pertinence du Bloc québécois encore aujourd'hui. «À Ottawa, il est le seul à mettre en valeur et à défendre les intérêts du Québec sans compromis. Une nation ne peut vivre sous le contrôle d'une autre.»

En vertu des statuts du Bloc québécois, Annie Lessard, présidente du Bureau national du parti, devient présidente intérimaire. Elle était d'ailleurs aux côtés de M. Paillé, lundi.

Dans l'immédiat, le Bloc québécois tiendra un bureau national le 11 janvier pour décider de la suite des événements. Le parti a un congrès de prévu en mai à Rimouski. Ce pourrait être l'occasion d'élire un nouveau chef.

M. Paillé était chef du parti depuis le 11 décembre 2011. Il avait été élu devant Jean-François Fortin et Maria Mourani — députée qu'il a expulsée du caucus cet automne à cause de divergence concernant le projet de Charte de la laïcité. La course à la direction s'était tenue dans un contexte difficile, celui des lendemains d'une défaite sans appel aux élections de mai 2011, qui ont entraîné le départ de Gilles Duceppe.

Avec M. Paillé à sa tête, les appuis du Bloc québécois stagnent autour de 20 %, variant de quelques points selon les sondages. Le dernier Baromètre des personnalités Léger-Le Devoir lui accordait 15 % de «bonne opinion», 17 % de «mauvaise», et 48 % des répondants ne connaissaient pas le chef du Bloc.

Réactions

Depuis Bruxelles où elle est en mission, la première ministre du Québec, Pauline Marois, a remercié le chef bloquiste pour son travail de défense des intérêts du Québec. «Je veux le remercier pour ce qu'il a fait pour le Bloc québécois et pour le mouvement souverainiste. Je veux lui souhaiter bonne chance pour la suite des choses. Je pense que c'est toujours nécessaire qu'il y ait des gens pour défendre les intérêts du Québec. Tant qu'on ne sera pas indépendant, il y aura toujours un intérêt à ce que des gens défendent les Québécois sur la scène fédérale», a-t-elle commenté.

Sur Twitter, le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a «souhaité un prompt rétablissement à Daniel Paillé au cours de cette période difficile».

Au nom du gouvernement fédéral, le ministre Denis Lebel a adressé un message personnel à M. Paillé. «Daniel, j'espère que tu recouvreras la santé rapidement et que toi et les tiens aurez une belle période des Fêtes et je te souhaite bien sûr une belle continuité de carrière et une belle continuité de vie.»

Le chef de l'Opposition officielle à la Chambre des communes, Thomas Mulcair, a souligné la «contribution» et le «dévouement à la vie publique» de M. Paillé. «Au nom de toute l'équipe du NPD, je lui souhaite tout le soutien possible en ces moments difficiles», a fait savoir M. Mulcair dans un bref communiqué.

Sur Twitter, le chef libéral fédéral Justin Trudeau s'est dit «attristé d'apprendre que Daniel Pailé a des problèmes de santé. Je lui souhaite bonne chance dans cette épreuve».

La députée indépendante et ex-bloquiste Maria Mourani, expulsée du caucus bloquiste par M. Paillé, a brièvement commenté le départ de M. Paillé. «Les problèmes de santé de M. Paillé sont malheureux. J'espère qu'avec le temps, il puisse récupérer avec sa famille et ses amis. Je lui souhaite de tout coeur un prompt rétablissement», a-t-elle fait savoir par voie de communiqué. L'ex-députée bloquiste a refusé d'accorder des entrevues.