Postes Canada - Le courrier ne sera plus livré à domicile

De 6000 à 8000 emplois de facteurs disparaîtront à la suite des transformations annoncées par Postes Canada.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir De 6000 à 8000 emplois de facteurs disparaîtront à la suite des transformations annoncées par Postes Canada.

Les enfants du monde peuvent peut-être écrire gratuitement au père Noël, qui habite au Canada, comme son code postal H0H 0H0 le prouve, mais les bambins canadiens devront bientôt marcher jusqu’au coin de la rue pour aller cueillir ses réponses. Postes Canada a annoncé que d’ici cinq ans, elle cessera complètement la livraison du courrier à la porte pour lui substituer des boîtes postales collectives. De 6000 à 8000 emplois de facteurs disparaîtront.

La société de la Couronne avait besoin d’un coup de barre. Selon une étude du C.D. Howe Institute publiée en août dernier, si rien n’est fait, Postes Canada enregistrera une perte d’un milliard de dollars en 2020. Le prix du timbre unitaire passera donc de 63 ¢ à 1 $ dès le 1er avril prochain. Ceux qui achèteront un lot de timbres ne payeront que 85 ¢ l’unité, ce qui représente malgré tout une hausse de 35 %. La hausse à 65 ¢ qui était prévue pour le 1er janvier est annulée.


Les services affectés

 

Cependant, ce sont surtout les services qui seront affectés. Les cinq millions de domiciles qui reçoivent encore leur courrier à la porte, soit 40 % de tous les domiciles du pays, perdront ce privilège d’ici cinq ans. Postes Canada installera des boîtes postales collectives, forçant les citoyens à se déplacer (souvent au bout de la rue) pour récupérer leur courrier. Postes Canada estime qu’il en coûte 269 $ par année pour desservir un domicile à la porte, mais seulement 120 $ avec une boîte collective. Les entreprises ne seront pas affectées par ce changement. Comme à l’heure actuelle, celles qui ont un niveau de courrier suffisant continueront de recevoir leurs lettres et colis à la porte. Postes Canada entend économiser à terme entre 700 et 900 millions de dollars par année, dont 400 à 500 millions avec la fin de la livraison porte-à-porte, grâce à la réduction par attrition de 6000 à 8000 postes de facteurs.

 

Le Syndicat des travailleurs et travailleuses de la poste (STTP) n’approuve pas le changement. Il invite les gens à se plaindre de cette perte de service. « C’est un appel à l’action pour toutes les personnes, tous les groupes, tous les syndicats, toutes les municipalités, les personnes âgées, les personnes ayant des limitations fonctionnelles à se lever pour réclamer le maintien du service à la population, du maintien de la livraison à domicile et en même temps le service postal universel », a lancé Denis Lemelin, président national du STTP.

 

M. Lemelin fait valoir qu’au lieu de couper les services, Postes Canada devrait faire preuve d’ingéniosité et explorer de nouveaux créneaux. Déjà, à Toronto, un projet-pilote de livraison le soir même pour les achats en ligne va bon train. Le syndicat propose aussi depuis de nombreuses années d’imiter des pays tels que la France et de conjuguer services postaux et services bancaires. Elle a commandé à ce titre une étude au Centre canadien de politiques alternatives, déposée en octobre, indiquant que le nombre de succursales bancaires est passé entre 1990 et 2012 de 7964 à 6205. Dans 388 villes et villages du Québec, Desjardins est la seule présente. Or, Postes Canada a une force : un vaste réseau de succursales à travers le pays. Il y aurait, dit le syndicat, plus de comptoirs postaux que de restaurants Tim Hortons et McDonald’s réunis !

 

M. Lemelin a été bien en peine de justifier le maintien d’un service que d’autres Canadiens ont perdu depuis longtemps. Selon lui, il en va d’une « forme de droit acquis ». En outre, soutient-il, aucun pays développé n’a mis un terme à la livraison du courrier porte-à-porte. Il a été impossible de vérifier cette affirmation, mais tout indique que les choses pourraient changer. Les services postaux américains suivent la même tangente que les canadiens. L’U.S. Postal Service a admis considérer l’option d’abandonner la livraison à la porte, puisqu’elle perd 25 millions de dollars par jour.

 

En Grande-Bretagne, Royal Mail a été privatisée cet automne lors d’un lancement en Bourse qui a été des plus populaires. Ironie du sort, la grande patronne de Royal Mail est la Canadienne Moya Greene, qui a été à la tête de Postes Canada de 2005 à 2010. Elle avait à ce moment proposé l’idée d’une privatisation, refusée par un gouvernement conservateur minoritaire qui n’avait pas de plumes à perdre sur ce front. Certains analystes, dont l’ancien patron de Postes Canada Michael Warren, estiment que la fenêtre pour privatiser Postes Canada s’est depuis refermée parce que le déclin de la société de la Couronne est trop avancé pour intéresser quelque investisseur que ce soit.

 

Le gouvernement approuve

 

La décision de la société de la Couronne a été applaudie par le gouvernement conservateur. La ministre responsable, Lisa Raitt, a déclaré par voie de communiqué que « le gouvernement du Canada appuie Postes Canada dans ses efforts pour remplir son mandat d’assurer son autonomie financière afin de protéger les contribuables ». Les trois partis d’opposition ont plutôt déploré le manque d’imagination de la société de la Couronne. Le Bloc québécois et le NPD estiment qu’il en va d’un service essentiel. C’est d’ailleurs au nom de l’importance des services postaux dans l’économie canadienne que le gouvernement conservateur avait forcé le retour au travail des travailleurs en lockout, en juin 2011.

 

Plusieurs se sont interrogés sur le moment de cette annonce, survenue le lendemain de la fin abrupte des travaux à la Chambre des communes. « On sent que cette solution a probablement été poussée par le gouvernement Harper », estime Denis Lemelin. « C’est une société de la Couronne, mais chaque fois qu’on discute avec Postes Canada, on se fait répondre qu’on attend la directive du gouvernement. […] Il y a une relation très directe entre le gouvernement, le ministère des Finances et Postes Canada. » Le maire de Montréal, Denis Coderre, a critiqué sur Twitter la décision. « Postes Canada oublie ce que « services essentiels » veut dire… pas impressionné par timing de l’annonce. »

 

Pour ceux qui se posent la question, ces rationalisations n’affecteront en rien l’atelier du père Noël. Postes Canada confirme que le service de lettres, assuré par 9000 lutins bénévoles consacrant 220 000 heures de leur temps à la plume, est maintenu.

39 commentaires
  • simon villeneuve - Inscrit 12 décembre 2013 02 h 03

    je comprends mal ou quoi ?

    Peut-etre c'est moi qui est pas fort en maths mais :
    "Postes Canada estime qu’il en coûte 269 $ par année pour desservir un domicile à la porte, mais seulement 120$ avec une boîte collective."

    Me semble payer 149$ par annee pour maintenir pres de 8000 emplois qui payent des impots ( le federal en partant recupere deja 40% des salaires des facteurs plus la TPS sur tous achats pour le reste ) et qui font rouler l'economie, c'etait un bon investissement ?

    J'ai toujours cru l'economie est comme un jardin, il faut commencer a semer ( investir en economie) une petite portion ( salaire en economie) pour recolter un plus gros butin a la fin ( le gouvernement recolte les recettes fiscales directes et indirectes des facteurs).

    De nous jours, il semble le monde pense que seulement recolter sans semer est possible et viable...

    • Sylvain Auclair - Abonné 12 décembre 2013 07 h 58

      Postes Canada fonctionne maintenant comme une société privée. Elle n'a aucun intérêt direct à faire rouler l'économie. Tout ce qu'elle doit faire, c'est des profits.

    • Hélène Thompson - Inscrit 12 décembre 2013 09 h 00

      D'après vous, l'argent qui sert à payer ces 8000 emplois vient d’où? Rendu là, engageons tous les québécois et payons-les 50 000$ par année à ne rien faire, comme ça les coffres du gouvernement seront plein!
      Comme vous pouvez le constatez avec cette analogie absurde, votre théorie ne fonctionne pas du tout. Elle a été testé mainte et mainte fois dans des stratégies électoraliste de région et à chaque fois a été un échec cuisant. La source de vos revenues ne peut pas être votre dépense. Il manque un intermédiaire: la production de bien et service. C'est un peu comme si vous branchiez la prise mâle et femelle d'une même extension et que vous vous étonniez qu'il n'y ai pas de tension dans le fil...
      Je sais que ce n'est pas beau et gentil, mais c'est comme ça, ce qui ne sert à rien doit être détruit sinon c'est un poids qui est porté par tout le système. C'est à dire de la force de travail gaspillé et l'appauvrissement généralisé. La seule solution possible est d'avoir un bon système pour replacer ou reformer les employés licenciés.
      Il reste que ceci est tout à fait vrai: aujourd'hui, on n’en reçoit plus beaucoup de courrier. Et ils ne peuvent rien y faire sinon se repositionner. Le gros de leur business, c'était les lettres. Les paquets c'est la seule chose qui marche et c'est livré avec les petits camions alors aucun rapport avec le facteur à pied dans la rue. Ils ont essayé de faire rentré du fric avec des "spams". Ils ont essayé de rester ouverts. Mais on ne peut pas payer des facteurs à 50 000$ par année pour aller porter des circulaires à tous les jours. Sans compter qu'ils ont des problèmes de genoux, de dos, csst, etc… C'est obsolète et c’est un gaspillage ridicule de temps et de ressource.

    • simon villeneuve - Inscrit 12 décembre 2013 11 h 45

      Mme thompson, je faisait un lien avec le paquet de subvention (prets sans interet, reduction prix consommation electricite, conges fiscaux,etc,.) que le Quebec accorde au compagnies milliardaires pour garder des emplois ici, il me semblait que le cout ici pour les facteurs semblaient moins eleve quand on parle bien de 8000 emplois .

      LA grande difference est que pres de 50% des depenses du salaire des facteurs revient drectement au gouvernement a travres l'impot tandis par exemple, le rabais des cout electrique de compagnies comme Alcoa, sont des profits non recuperables.

      Mon analogie ne tient peut-etre pas la route mais c'est la premiere impression que j'ai eu sans a voir fait une analyse au prealable.
      Je vais y penser un peu plus :)

    • Hélène Thompson - Inscrit 12 décembre 2013 13 h 44

      M.Villeneuve: Effectivement, ce genre de subvention est souvent douteuse...

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 13 décembre 2013 09 h 38

      On en reparlera quand Postes Canada videra ses bureaux de cadres qui ne servent plus à rien maintenant qu'elle n'a plus de facteurs Mme Thompson !

      Ça me fait penser à notre système médical un peu ! Tout le monde reçoit une promotion et il ne reste plus personne pour faire le travail ! Mais on paye par exemple !

      PL

  • M. Hétu - Inscrit 12 décembre 2013 04 h 02

    Abandon de la livraison à domicile

    Je me suis demandé en lisant votre article si les résidents d'immeubles à appartements ou à condos étaient visés par cette mesure. J'ai trouvé la réponse dans le New York Times de ce matin (sous la signature de Ian Austin):
    In place of home delivery, Canadians who live in cities would have to pick up their mail and parcels at so-called community mailboxes, which would be established in neighborhoods across the nation. (Apartment-dwellers would continue to pick up their mail in their buildings.)
    Cela s'appelle faire du journalisme à valeur ajoutée.
    M. Hétu

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 12 décembre 2013 05 h 34

      Je sais pas où vous voulez aller avec votre idée, mais la seule différence entre une boite communautaire et le rack de casiers dans un immeuble est que le rack est à l'intérieur.

      Peut être qu'aux États ils sont obligé de se le faire expliquer, mais ici, tout le monde sais ça.

      PL

    • Michel Vallée - Inscrit 12 décembre 2013 09 h 09

      @Pierre Lefebvre

      La différence entre une boîte postale communautaire et un rack (sic) de casiers, c'est qu’en logeant dans un immeuble on pourra aller quérir son courrier en robe de chambre à l'abri des intempéries aux termes d'un court périple en ascenseur, tandis que d'autres citoyens seront contraints de s'habiller dûment pour cheminer jusqu’ à l'autre bout de la rue récupérer leurs courriers dans une boîte postale communautaire.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 13 décembre 2013 09 h 41

      Oh, je ne conteste pas votre affirmation, au contraire. Tellement qu'on a pas besoin de se le faire expliquer par le New York Times. Voyez-vous la différence ?

      En toute amitié.

      PL

  • pierre devet - Inscrit 12 décembre 2013 04 h 42

    Le service public disparait!

    Ainsi le service public prend un sale coup! Moins de service à la population, et 6 à 8.000 personnes licenciées en perspective; moins de contacts humains, et plus de misère!
    Et qui plus est au moment où Postes Canada va augmenter considérablement ses tarifs.
    On voudrait croire à une blague, mais très muvaise!

    • Hélène Thompson - Inscrit 12 décembre 2013 11 h 32

      Et vous suggérez quoi quand les chiffres ne "fit" plus? Vous vous entêtez? Vous faites quoi quand les bilans ont des signes négatifs année après année? Vous faites quoi quand manifestement les citoyens n'utilisent plus ce service? Et c'est la stricte réalité. Qui envoie une lettre aujourd'hui? À chaque fois qu'on doit envoyer quelque chose, généralement au gouvernement ou à une compagnie d'assurance, on les trouve archaïque de ne pas être à l'heure du web. Le courrier électronique est mille fois plus efficace et gaspille beaucoup moins de ressource, c'est à dire du gaz, exemple pour déplacer une masse d'un endroit à un autre. Tout le monde chiale à l'environnement et à nos impôts trop élevé mais quand c'est le temps de faire des actions concrètes, là tout le monde recule et on se plaint (encore). "Bouhou! l'état ne paye plus un employé pour venir marcher jusqu'à ma porte porter mes publicités..."sigh..

    • Bruno Arpin - Inscrit 12 décembre 2013 13 h 59

      Dans l'histoire qui nous concerne de la Poste mme Thompson, juste pour clarifier au niveau de l'efficacité du courrier électronique vs moins gaspiller de ressource (gaz). En effet, cela est plus facile et rapide par internet. Cependant, le courrier physique existera toujours pour différentes raisons, et dans ce cas, aucun essence de camion ne sera sauvé pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, AU CONTRAIRE... Je vous explique. Déjà beaucoup de facteurs sont "motorisés" et doivent déjà utiliser le petit camion pour livrer le courrier sur leur route (nouvel effet de la poste moderne). Au lieu d'arrêter au coin de la rue pour desservir à pied cette portion de rue, ils devront dans l'avenir arrêter à la même place pour remplir les boîtes communes et reprendre leur camion pour aller à la prochaine. Et ce, qu'il y ait 3 lettres à livrer dans la boîte, ou 50 (aucun gain d'essence donc; statut quo). Le hic, c'est que quasiment TOUS les facteurs pédestres à l'avenir vont devoir se convertir au petit camion car avec la restructuration, en plus de livrer les colis et de ramasser les boîtes rouges, ils devront aussi arrêter dans toutes les futures boites communes (davantage de facteurs en camion dans l'avenir et de gas à effet de serre)
      P.S. (par rapport à votre cri de "joie" dans votre dernière ligne: l'État et vos impôts ne payent aucun employé de la poste depuis qu'elle est une société d'État. Malheureusement, trop de gens comme vous pensent encore le contraire...

    • Hélène Thompson - Inscrit 12 décembre 2013 16 h 41

      La lettre qu'on envoie se déplace par camion. Si on envoie un email, rien de physique ne se déplace et le message se transmet quand même. C'est ça que j'ai dit. C'était une comparaison entre les emails et le courrier papier. Je n'ai fait aucune comparaison avec le cas du facteur qui marche et les boites postales communes. Par contre, il est faux de dire que ça va prendre autant ou plus de gaz. Les facteurs ne partent pas du bureau de poste à pieds et ils partent tous à peu près en même temps. Ils prennent un petit camion ou très souvent un taxi(jamais de véhicule personnel, c'est interdit). Mais le fait qu'on remplit plusieurs boites avec un seul camion qui se déplace de boite en boite selon un itinéraire précis, on sauve beaucoup de gaz comparé à 200 facteurs qui prennent 200 taxis dans 200 directions différentes mais pas si éloignées les unes des autres. Et qui, de plus, reviennent également avec 200 taxis au bureau....
      Effectivement le gouvernement n'a presque rien à voir avec poste canada et nos impôts n'y passent pas, je le sais très bien. D’ailleurs je n’ai pas dit qu’on payait ce service avec nos impôts, j’ai dit qu’on chiale qu’on paie trop d’impôt dans le sens que la vie coute chère. Ce n’était peut-être pas clair, je m’en excuse. La dernière phrase n'était qu’une phrase comme ça pour démontrer que peu importe ce qui se passe, on chiale toujours. Par contre, si ça continue à aller dans le trou, qui croyez-vous paiera sinon le fédéral si on veut garder le service intact?

  • Philippe FALCONNIER - Inscrit 12 décembre 2013 04 h 59

    Modèle Français ?

    En france, la poste a su s'adapter en développant les services financiers. Toutefois, de nombreux bureaux de postes ont été fermés dans les campagnes.Si le résultats est bénéficiaire en 2013, la poste s'attend à des pertes en 2014.Pour la première fois, l'activité courrier ne couvre plus les coûts du service universel postal. La baisse du volume du courrier en est la cause. Les courriels, mails ont fortement diminué le volume du courrier échangé alors que le coût reste le même. Il faut donc créer un nouveau modèle.Et pourquoi demander au villes ou communauté de communes de financer le portage du courrier à la porte.
    Philippe FALCONNIER

    • Sylvain Auclair - Abonné 12 décembre 2013 07 h 59

      De toute manière, on a un choix: payer plus cher ou avoir moins de services.

  • Roland Wikaryjak - Inscrit 12 décembre 2013 05 h 38

    La dégringolade

    se poursuit et toujours du mauvais côté, hélas.