Bilan parlementaire - Une session assombrie par le Senategate

Le premier ministre Stephen Harper
Photo: La Presse canadienne (photo) Graham Hughes Le premier ministre Stephen Harper

Au lendemain de la fin précipitée des travaux parlementaires mardi soir, les partis d’opposition estiment que le gouvernement a complètement perdu le contrôle de l’ordre du jour législatif, cet automne, ayant été hanté sans relâche par le scandale des dépenses au Sénat.

 

La session parlementaire devait débuter avec un nouveau souffle pour Stephen Harper qui, après avoir suspendu les travaux des Communes et du Sénat, voulait repartir à neuf avec un discours du Trône à la mi-octobre. Or, au moment de quitter Ottawa pour leurs circonscriptions mardi, les conservateurs fuyaient les mêmes questions — ou presque — qu’à leur retour deux mois plus tôt.

 

« M. Harper n’a pas mis ses pneus d’hiver. C’est un dérapage complet de la part de son gouvernement avec le scandale du Sénat. Il ne s’en remet pas, a résumé le bloquiste André Bellavance, à l’heure des bilans mercredi. Il a fait une prorogation ; on sait maintenant que c’était tout simplement pour essayer de balayer sous le tapis le scandale. »

 

Wright, Duffy, Wallin, Brazeau...

 

Au fil des huit semaines de travaux parlementaires, le premier ministre ne parvenait pas à se défaire de l’ombre de l’entente secrète conclue entre Nigel Wright et Mike Duffy, et des multiples révélations qui ont fait la lumière sur l’ampleur des stratagèmes au bureau de M. Harper pour épargner M. Duffy.

 

Le premier ministre a beau avoir annoncé, depuis Bruxelles, un accord de libre-échange avec l’Europe, le jour même à Ottawa les sénateurs apprenaient que les conservateurs proposeraient la suspension sans salaire des sénateurs Duffy, Patrick Brazeau et Pamela Wallin. Des semaines de débat ont suivi, parsemées de déclarations-chocs des sénateurs visés.

 

Les initiatives législatives du gouvernement ont elles aussi été éclipsées par le scandale et les détails de l’enquête de la Gendarmerie royale du Canada qui ont fait les manchettes. Plutôt que de vanter le travail de certains de ses accomplissements, M. Harper était forcé de commenter les dernières allégations. « Peut-être pour la première fois, la crédibilité et la confiance que les gens pouvaient avoir envers le premier ministre est entachée, a commenté le néodémocrate Alexandre Boulerice. Il est empêtré dans un scandale où il y a eu plein de versions de la même histoire. Il n’est pas capable de dire la vérité. »

 

Le Nouveau Parti démocratique aura fait parler de lui, cet automne, tandis que son chef, Thomas Mulcair, jouait le rôle de procureur aux Communes en bombardant le premier ministre de questions pointues sur ce qu’il savait des tractations qui ont mené au désormais surnommé « Senategate ».

 

Le chef libéral, Justin Trudeau, s’est de son côté fait plus discret en Chambre, passant davantage de son temps à sillonner le pays pour rendre plus attrayant son parti auprès des électeurs. M. Trudeau a été absent de 22 périodes des questions cet automne — sur 34 depuis la reprise le 17 octobre —, tandis que M. Harper en a raté 19 et M. Mulcair, 14.

 

Or M. Trudeau estime qu’il faut conjuguer le travail sur le terrain et celui fait aux Communes. « Ce n’est pas un choix qu’il faut faire entre l’un et l’autre, on doit faire les deux en même temps », a-t-il insisté en plaidant qu’il voulait consulter les Canadiens, « sortir de la bulle d’Ottawa […] pour bâtir les solutions dont les gens ont besoin ».

 

Attaques frontales

 

Les bloquistes ont en outre accusé les troupes de M. Harper d’avoir elles-mêmes lancé des « attaques directes » contre le Québec et les Québécois, notamment dans les dossiers de la réforme de l’assurance-emploi et de la formation de la main-d’oeuvre, ainsi que dans les dossiers des crédits d’impôt aux fonds des travailleurs et de la nomination du juge Marc Nadon à la Cour suprême. M. Bellavance a néanmoins salué deux enjeux sur lesquels Ottawa a dialogué avec Québec, soit le pont Champlain et le sort de Lac-Mégantic.

 

Les conservateurs n’ont pas tenu de point de presse mercredi, mais ils en prévoient ce jeudi.

 

Les députés fédéraux ont voté à l’unanimité mardi soir pour entamer immédiatement — plutôt que vendredi — leur relâche parlementaire.

1 commentaire
  • Josette Allard - Inscrite 12 décembre 2013 03 h 58

    Harpergate

    C'est plutôt ainsi qu'on devrait nommer ce qui se passe à Ottawa depuis février 2012.