Éducation - Les chefs rejettent la réforme d’Ottawa

Réunis en marge d’une rencontre de l’Assemblée des Premières Nations (APN), des manifestants ont marché jusqu’à la colline parlementaire mardi pour dénoncer le projet de loi que souhaite déposer le ministre des Affaires autochtones, Bernard Valcourt.
Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick Réunis en marge d’une rencontre de l’Assemblée des Premières Nations (APN), des manifestants ont marché jusqu’à la colline parlementaire mardi pour dénoncer le projet de loi que souhaite déposer le ministre des Affaires autochtones, Bernard Valcourt.

Un après le sommet qui a réuni les Premières Nations et la Couronne, lors duquel Ottawa promettait d’améliorer le système d’éducation dans les réserves, les changements sont toujours attendus. Mais une ébauche est déjà rejetée par les communautés autochtones, qui reprochent au fédéral d’imposer unilatéralement une réforme paternaliste à laquelle ils promettent de s’opposer vigoureusement.

 

Réunis en marge d’une rencontre de l’Assemblée des Premières Nations (APN), des manifestants ont marché jusqu’à la colline parlementaire mardi pour dénoncer le projet de loi que souhaite déposer le ministre des Affaires autochtones, Bernard Valcourt.

 

Les chefs autochtones ont promis de se battre, laissant planer la menace d’un nouvel hiver secoué par des manifestations du mouvement Idle No More. Seule une centaine de personnes s’étaient rassemblées devant le parlement mardi midi.


Perte de temps

 

Le chef de la communauté algonquine Kitigan Zibi en Outaouais, Gilbert Whiteduck, était de la manifestation, de même que de la rencontre entre le fédéral et l’APN en janvier dernier. « C’était une perte de temps », a-t-il déploré au Devoir mardi. Car la grande promesse d’une réforme en éducation n’est toujours pas arrivée.

 

La mouture du projet du ministre Valcourt propose notamment d’arrimer le système d’éducation des réserves à celui des provinces, en permettant aux Premières Nations de mettre en place leur propre système à condition qu’il soit conforme aux normes établies par le fédéral.

 

Une nouvelle initiative fédérale « paternaliste » imposée par Ottawa, sans consultation avec les communautés, a accusé M. Whiteduck à l’instar des critiques de l’APN. Le bureau du ministre rétorque avoir discuté amplement avec les populations.

 

Selon le chef Whiteduck, le fédéral aurait parlé de sa réforme aux communautés, une à une, en tentant de les convaincre de l’appuyer en faisant miroiter qu’une fois la loi adoptée, des sous pourraient suivre pour financer les écoles des réserves. Une tentative de chantage, a-t-il dénoncé, en accusant Ottawa de tenter de « créer de la division » au sein de l’APN.

 

« Ce que j’ai dit, c’est qu’il n’y a pas de financement qui va remplacer la réforme », s’est défendu le ministre Valcourt à sa sortie des Communes, arguant qu’il fallait changer le système qui « faillit les étudiants, qui ne donne pas de résultats ». Quant à la manifestation, il ne s’en est pas formalisé, en ricanant que « quand tu vois 40 personnes devant le parlement […] ce n’est pas plus impressionnant que ça ».

 

« Même s’il y avait eu 10 000 personnes sur la colline, il ne les aurait pas écoutées, a rétorqué le néodémocrate Roméo Saganash. Ce n’est pas des caprices politiques que de demander d’être consultés. C’est une obligation constitutionnelle du gouvernement. »

 

Attitude dénoncée

 

M. Saganash et le chef libéral Justin Trudeau ont tous deux déploré l’attitude du gouvernement dans le dossier, reprochant au ministre Valcourt de vouloir faire passer sa réforme avant de discuter de financement, alors que déjà, « les écoles autochtones n’ont pas les ressources pour livrer une éducation de base adéquate à leurs élèves », a affirmé M. Trudeau.

 

Le Canada compte 633 réserves et Ottawa verserait actuellement 1,2 milliard pour financer leurs écoles, selon le chef Whiteduck.

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