Sécurité ferroviaire - Un portrait noir, avant Lac-Mégantic

Vérification du système de freinage d’un wagon qui faisait partie du convoi qui a provoqué la tragédie de Lac-Mégantic, en juillet. Quelques jours avant le drame, le vérificateur général du Canada avait rédigé un rapport montrant que Transports Canada est incapable de cibler les entreprises les plus à risque.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Vérification du système de freinage d’un wagon qui faisait partie du convoi qui a provoqué la tragédie de Lac-Mégantic, en juillet. Quelques jours avant le drame, le vérificateur général du Canada avait rédigé un rapport montrant que Transports Canada est incapable de cibler les entreprises les plus à risque.

Malgré des incidents et des rapports accablants au fil des ans, Ottawa a une fois de plus été blâmé mardi, le vérificateur général ayant constaté des lacunes omniprésentes quant à la sécurité ferroviaire au pays.

Le gouvernement peine à cibler les entreprises et les chemins de fer les plus à risque, son ministère n’a mené que le tiers des vérifications prévues, et ses inspecteurs manquent d’outils et de compétences pour s’acquitter de leur tâche.

 

Rédigé quelques jours à peine avant la tragédie de Lac-Mégantic et déposé mardi aux Communes, le dernier rapport du vérificateur général, Michael Ferguson, ne viendra pas calmer ceux qui s’inquiétaient des chemins de fer canadiens. En se fiant à des données incomplètes provenant de diverses sources, Transports Canada ne parvient pas à cibler ses vérifications pour s’assurer qu’elles visent les sociétés ferroviaires et les voies ferrées les plus à risque. Et cela, au moment où le transport de marchandises continue de croître. Parmi les renseignements manquants figurent l’information financière des entreprises, celle sur l’état des ponts, mais aussi les évaluations des risques des compagnies et les renseignements quant aux tronçons de voie utilisés pour le transport de marchandises dangereuses — deux thèmes qui rappellent l’accident qui a fait 47 morts et a ravagé la ville de Lac-Mégantic cet été.

 

Les compagnies de chemins de fer qui relèvent du fédéral doivent, depuis 12 ans, se doter de systèmes de gestion de la sécurité (SGS) — sorte de protocole global qu’elles doivent mettre en oeuvre et dont le fédéral doit surveiller l’implantation. Or, faute d’organisation, Ottawa n’est pas en mesure de s’assurer que les entreprises s’y conforment, ni qu’elles vérifient les opérations de sociétés qui utilisent leurs voies ferrées. « C’est le boulot de Transports Canada que de s’assurer que les ferroviaires opèrent de façon sécuritaire […]. La transition prend trop de temps », a déploré M. Ferguson en point de presse.

 

Seul le tiers des vérifications prévues par le ministère ont été menées (26 %), et leur portée était « trop limitée ». À ce rythme, il faudra « de nombreuses années » pour terminer la tâche et évaluer les 31 compagnies de responsabilité fédérale, s’inquiète M. Ferguson. D’autant plus que le ministère doit dorénavant surveiller 39 entreprises de plus, en vertu d’un changement apporté en mai.

 

« Le système [d’Ottawa] n’est pas assez solide » pour mener les examens nécessaires, a résumé le vérificateur.

 

Un manque d’inspecteurs

 

Quant aux inspecteurs du ministère, leur nombre est insuffisant, leur description de tâches n’a pas changé depuis l’arrivée des SGS, ils n’ont pas toujours — et le ministère ne le vérifie pas tout le temps — les compétences nécessaires ou la formation requise. Une situation qu’il faut régler, surtout « étant donné que 40 % des inspecteurs seront admissibles à la retraite d’ici 2015 », note le vérificateur. Ottawa ne surveille pas, en outre, l’objectivité de ses inspecteurs, dont « la plupart » proviennent pourtant de l’industrie elle-même.

 

Qui plus est, ces fonctionnaires n’ont que peu de critères sur lesquels se baser pour les aider à planifier et à mener leurs vérifications et, dans « la plupart des cas », ils n’ont pas fait de suivi pour certifier que les entreprises avaient adopté des mesures correctives lorsque nécessaire.

 

La ministre des Transports a accepté toutes les recommandations du vérificateur, la majorité des rectifications étant promises pour 2014. La ministre Lisa Raitt a rappelé certains changements des derniers mois — notamment dans la foulée du drame de Lac-Mégantic —, arguant que « c’est la façon de faire que nous établissons pour l’avenir ».

 

Mais l’opposition s’est dite peu optimiste, car ce ne sont pas les premières critiques du vérificateur. « Beaucoup de belles paroles, et bien peu d’action », a déploré la néodémocrate Olivia Chow.

***

Des entrées illégales au pays

Le constat du vérificateur général est sévère aussi du côté de l’Agence des services frontaliers, qui a laissé entrer au pays des personnes illégales ou dangereuses. Se disant «très préoccupé» puisque ce n’est pas la première fois qu’il soulève de tels problèmes, Michael Ferguson a souligné que l’Agence ne détenait pas bien souvent l’information nécessaire pour identifier de tels voyageurs avant qu’ils n’arrivent en sol canadien. La Gendarmerie royale du Canada, de son côté, ne mesure pas dans quelle mesure elle parvient à intercepter ce type de visiteurs.

11 commentaires
  • Martin Simard - Inscrit 27 novembre 2013 06 h 00

    Erreur de calcul

    "Seul le tiers des vérifications prévues par le ministère ont été menées (26 %), et leur portée était « trop limitée »."

    Rectification: 26% ce n'est pas un tiers (33,3%), mais un quart (25%).

  • Nicole Bernier - Inscrite 27 novembre 2013 06 h 37

    L'incompétence à son meilleur

    Une incompétence qui coûte des milliards aux petits contribuables, une incompétence qui découle directement de la formation des professionnels... puisque tous ceux qui se retrouvent à la direction de ces services ont une formation universitaire et prétendent à des compétences qui leur donnent un statut supérieur à leurs collègues qui n'ont pas d'études supérieures... Moi, j'aimerais bien que la responsabilité des résultats soient associés au statut et au salaire reçus. Il y a comme une démission constante devant la complexité des problèmes et plein d'excuses de tous les hauts fonctionnaires sur leur incapacité d'atteindre des résultats.... Dans la formation, il y a trop peu d'effort dans bien des disciplines sur l'importance de gérer la complexité et la nécessité de résultats. Les professeurs ont trop de responsabilités. Depuis que je fréquente le milieu formant des doctorants, plusieurs professeurs seignors ont dit aux jeunes que la pédagogie et la qualité du contenu des cours ne sont pas une donnée importante pour faire carrière dans le milieu universitaire... Pour l'évaluation tu construis trois piles et tu classes les étudiants pour avoir la courbe souhaitée, tu n'as pas à transformer les étudiants, tu dois, comme professeurs, transmettre le savoir.... et chercher des subventions pour faire survivre l'université... Il y a un immense fossé entre la formation des professionnels et la nécessité de protéger l'institution... Pas étonnant que tout le monde justifie son incompétence à résoudre des problèmes en disant que l'institution ne fournit pas les ressources nécessaires pour faire sa job avec efficacité... une tradition qui commence à l'université et qui se poursuit sur le marché du travail... ce n'est pas de ma faute, c'est la faute de l'autre....

  • Normand Carrier - Abonné 27 novembre 2013 07 h 06

    Dérèglementation néfaste ....

    Lorsque l'on est un apôtre de la dérèglementation comme le gouvernement Harper , on prend un risque considérable de manquements a la sécurité et d'accidents majeures comme celui de Lac Mégantic ..... On ne peut réduire le nombre d'inspecteurs et leur formation et espérer que les compagnies ferroviaires vont prendre la relève , s'autodicipliner et s'autorèglementer ..... Elles y ont vu une ouverture pour réduire leurs coûts d'opération et d'augmenter leurs marges de profits ....

  • Claude Gélinas - Abonné 27 novembre 2013 10 h 03

    Transports Canada et la nécessité d'une réforme majeure !

    Le constat fait par le vérificateur général sur les mesures de surveillance et de contrôle de Transports Canada en matière de sécurité est inquiétant et ce que ce soit en matière de sécurité ferroviaire que de sécurité aérienne. En plus d'un manque flagrant d'inspecteur il faut noter la présence d'inspecteurs complaisant souvent d'anciens pilotes qui avant leur inspection avisent les entreprises concernées de leurs visites. Quant aux plaintes, ieur traitement est fait pour ne pas nuire à l'entreprise. En somme, Transports Canada a un préjugé favorable envers les entrepreneurs et fait passer au second rang la sécurité. En plus d'un virage à 90 degrés Transports Canada a besoin d'un changement de culture et d'une orientation plaçant le citoyen au coeur de ses préoccupations.

  • Mario Tremblay - Abonné 27 novembre 2013 10 h 31

    Performance, productivité, efficience … profitabilité ...

    Les miracles de la privatisation! Évidemment, tout est de la faute du gouvernement qui ne surveille pas assez. La prochaine fois que l'on vous vendra une privatisation, comme Hydro-Québec ou la SAQ par exemple, intégrez les coûts pour surveiller ces entreprises. Ça bousculerait certainement les chiffres avancés par certains.

    • Benoît Gagnon - Inscrit 27 novembre 2013 12 h 25

      Très bien dit. Ces fonctionnaires provenant pour plusieurs de l'industrie (donc du privé)... On essaie quand même de mettre ça sur la faute du public.