Le Canada est «absent» de la scène internationale, déplore Louise Arbour

Louise Arbour
Photo: Jake Wright Louise Arbour

Les belles années du Canada sur la scène internationale sont bel et bien derrière lui, juge Louise Arbour, qui a dirigé le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme de 2004 à 2008. Pire encore, le pays est carrément « absent » de plusieurs grandes discussions à l’échelle planétaire depuis les dernières années.

 

« Je caractériserais [l’image internationale du Canada] par l’absence. Ça va prendre beaucoup de temps pour se repositionner et combler cette absence », a confié Mme Arbour au Devoir en marge d’une conférence sur la place du Canada dans le monde, organisée vendredi par la Fondation Trudeau.

 

Aujourd’hui p.-d.g. de l’International Crisis Group, une ONG qui travaille à la prévention et à la résolution de conflits armés, Louise Arbour est basée à Bruxelles et observe son pays d’origine de l’extérieur.

 

Le fait que le Canada ait perdu son siège non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies en 2010 aux mains du Portugal est selon elle symptomatique de cette absence. « On est loin de la visibilité que le pays a déjà eue. »

 

Retrouver sa voix

 

Sans se prononcer sur des enjeux précis, l’ancienne juge de la Cour suprême estime que le Canada a du mal à tirer son épingle du jeu parce qu’il n’agit pas, ou pas de la bonne façon. « Dans certains dossiers, le Canada a pris des positions très isolées, affirme-t-elle. Les États-Unis peuvent se permettre d’être tout seuls, mais quand c’est le Canada, ça n’a pas beaucoup d’impact. »

 

Mais tout n’est pas perdu pour autant. Le pays a déjà été porteur d’une voix « très forte » sur la scène internationale en misant sur des interventions ciblées, comme les missions de paix et l’appui à la Cour pénale internationale.

 

« Pour être vu et entendu, il faut avoir une voix très claire, parler fort et envoyer un message percutant. » L’environnement, la justice internationale, même le multiculturalisme : Mme Arbour énumère plusieurs thèmes que pourrait exploiter le Canada lors de ses échanges diplomatiques. Malgré sa population sept fois inférieure à la nôtre, la Norvège « est partout », illustre-t-elle. « Alors c’est faisable. Mais ça prend beaucoup de visibilité pour se positionner entre l’Union européenne et les États-Unis. »

 

Elle concède que la politique étrangère attire rarement des votes, mais soutient que le désengagement n’est pas souhaitable. « On devrait se sentir une certaine responsabilité morale en tant que citoyens du monde. On ne peut pas simplement gérer nos affaires entre nous. »

 

La philosophie du « court terme » est l’un des plus grands maux qui affligent notre démocratie, conclut Louise Arbour. Consciente qu’elle prêche peut-être dans le désert, elle souhaite que les élus canadiens parviennent à des accords bipartisans sur des enjeux internationaux qui font consensus pour redorer à long terme le blason du pays.

3 commentaires
  • Denise Lauzon - Inscrite 23 novembre 2013 03 h 04

    Mauvaise image du Canada

    Le grand responsable de l'image négative du Canada sur la scène internationale est bel et bien Stephen Harper. Il faudra attendre que lui et son parti soient battus aux prochaines élections pour voir la situation s'améliorer. Si cela s'avère, ses successeurs auront la lourde tâche de réparer les erreurs commises par notre PM actuel.

  • Yves Côté - Abonné 23 novembre 2013 06 h 19

    La philosophie du court terme ...

    La philosophie du court terme convient toujours au conservatisme.
    Et il faut être aveugle pour ne pas voir que le Canada, le Québec et bien d'autres pays riches du monde où l'âge moyen des individus et leurs revenus de capital s'accroissent ne sont pas en train de s'encrouter dans un conservatisme des plus propre à préparer une chute d'influence spectaculaire à l'échelle internationale.
    Chute d'inluence contre laquelle ces pays ne trouveront, comme toujours dans l'histoire de l'humanité, que l'accroissement de leur forces brutales, à l'interne policière et à l'externe armée, pour maintenir leur prérogative politique à sur-consommer.
    Raison pour laquelle la viabilité d'un Québec où il fera bon vivre passe en même temps par sa seule indépendance politique républicaine et l'humble sentiment de ses habitants de ne pas être supérieurs, bien que différents, aux autres habitants des nombreux pays du monde.
    Vive le Québec libre !

  • Jean Richard - Abonné 23 novembre 2013 09 h 59

    Le 51e état américain

    Parce que les deux pays partageaient langue et culture, on a souvent dit du Canada qu'il n'était que le 51e état américain.

    En élisant Stephen Harper, le Canada confirme que le partage ne se limite pas qu'à la langue et à la culture, mais inclut de plus en plus la politique – en matière de politique étrangère et d'environnement entre autres.

    Certains croient que la différence entre les systèmes politiques constitue un rempart contre l'américanisation intégrale et pour cette raison, s'accrochent à la monarchie. Sauf que l'influence de la reine se résume à moins que rien.