Affaire Duffy-Wright - La défense de Harper s’effrite

Il est peu probable, selon les enquêteurs, que le premier ministre Stephen Harper ait pu ne rien savoir du tout des abus de confiance de Nigel Wright dans cette affaire.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Il est peu probable, selon les enquêteurs, que le premier ministre Stephen Harper ait pu ne rien savoir du tout des abus de confiance de Nigel Wright dans cette affaire.
Ottawa – C’était mercredi au tour de la GRC de lâcher une bombe dans l’affaire de l’entente entre Nigel Wright et Mike Duffy. Après des mois d’enquête et des milliers de courriels épluchés, la Gendarmerie royale du Canada estime que MM. Wright et Duffy ont commis une fraude, un abus de confiance et de la corruption. Quant au rôle qu’aurait joué Stephen Harper dans toute cette affaire, les enquêteurs maintiennent qu’il ne connaissait pas les détails de l’accord, mais ils doutent qu’il ait pu ne rien savoir du tout.

Dans un document de 80 pages déposé en cour mercredi, la GRC fait la lumière sur des mois de tractations en coulisse entre des membres du cabinet du premier ministre (CPM) et d’influents sénateurs conservateurs afin de régler l’épineux dossier des allocations de dépenses de Mike Duffy qui faisait les manchettes.

Les dizaines de courriels cités dans le document démontrent les efforts déployés pour mettre un terme au scandale, que ce soit en édulcorant les conclusions d’un comité sénatorial, en sommant Deloitte de cesser d’enquêter sur M. Duffy, ou en forçant ce dernier à accepter de rembourser la Chambre haute.

Les échanges révèlent en outre que l’ex-chef de cabinet de M. Harper, Nigel Wright, avait partagé un minimum d’informations avec son patron quant à son entente secrète avec M. Duffy.

Dans un courriel du 22 février, après avoir convenu des détails avec les avocats du sénateur et de M. Harper, M. Wright écrit à quelques collègues du CPM : « Je veux parler au PM avant que tout soit considéré comme final. » « Moins d’une heure plus tard », explique la GRC, M. Wright a répondu : « Tout est OK pour le PM une fois que Ben [Perrin, son avocat] obtient sa confirmation auprès de [Janice] Payne [l’avocate de Duffy]. »

Au mois de mai, lorsque CTV a révélé que M. Wright avait remboursé la dette de 90 000 $ de M. Duffy au Sénat, l’entourage du premier ministre a d’autre part demandé des précisions au chef de cabinet. « Le PM sait, en termes généraux seulement, que j’ai personnellement aidé Duffy quand je l’ai convaincu d’accepter de rembourser les dépenses », relate un autre courriel cité par la GRC. M. Wright a décidé de payer début mars.

Des révélations qui ont suscité, une fois de plus, un barrage de questions de l’opposition aux Communes. M. Harper s’en est tenu tout du long à la même réponse : M. Wright lui a dit que le sénateur Duffy avait accepté de rembourser, il ne lui a pas indiqué qu’il payait à sa place, quand le premier ministre l’a appris il l’a congédié.

« Après des mois d’entrevues et d’étude de documents, l’enquêteur dit qu’il ne détient aucune preuve que le premier ministre a été impliqué dans le remboursement de l’argent au sénateur Duffy ou à son avocate. La GRC ne pourrait être plus claire », a en outre affirmé M. Harper.

La GRC indique en effet que M. Wright « a, sans le consentement écrit du chef du gouvernement, payé une récompense ou accordé un avantage ou un bénéfice à M. Duffy ».

Dans un communiqué transmis à La Presse canadienne, M. Wright s’est défendu d’avoir commis un acte illégal, soutenant qu’il n’a toujours voulu que rembourser les contribuables dans les limites de la loi et de ses fonctions.

Mais les réponses de M. Harper n’ont pas satisfait M. Mulcair. « Le même premier ministre qui contrôle tout à l’extérieur de son bureau affirme que la seule chose qu’il ne contrôle pas, c’est son propre bureau », a ironisé le leader néodémocrate.

Quant aux déclarations de M. Harper selon lesquelles M. Wright a agi seul, le chef libéral Justin Trudeau a noté que « le document de la GRC démontre clairement » le contraire.

Panoplie de pourparlers

Au fil des courriels, une douzaine de noms sont mêlés aux discussions, tant des employés du CPM que des sénateurs qui siégeaient au Comité de régie interne qui enquêtait sur M. Duffy.

Et les échanges démontrent les efforts déployés au gouvernement pour aseptiser le rapport du comité sénatorial et la vérification comptable de Deloitte, une fois que M. Duffy aurait remboursé — condition établie par son avocate pour qu’il accepte de repayer et plaider coupable dans l’opinion publique.

Le sénateur Irving Gerstein aurait notamment appelé des « contacts » à la firme Deloitte pour s’assurer que cette dernière cesse ses vérifications sur M. Duffy lorsqu’il aurait remboursé. Le sénateur David Tkachuk aurait de son côté invité le sénateur déchu à écrire à la firme pour demander qu’on lui fasse la même garantie. Deloitte aurait refusé, selon la GRC.

Les courriels indiquent d’autre part que le CPM discutait avec les sénateurs Tkachuk, Marjory LeBreton et Carolyn Stewart-Olsen pour que leur rapport de la régie interne soit plus clément à l’endroit de M. Duffy, puisqu’il aurait reversé la totalité des allocations de dépenses injustement réclamées.

En entrevues avec la GRC cet été, les trois sénateurs — qui ont tous quitté le Comité de régie interne depuis le début de l’enquête — ont affirmé le contraire, et ont dit ne pas avoir tenté d’influencer la conclusion du rapport ni d’en avoir discuté avec le CPM. Une version des faits contradictoire, souligne le caporal Greg Horton.

Le document de la GRC démontre enfin que M. Duffy faisait pression pendant des mois sur le CPM et ses collègues sénateurs, par la voix de son avocate, pour qu’ils lui garantissent qu’il ne ferait pas l’objet d’autres enquêtes et qu’il serait exonéré. Des échanges si fréquents que le sénateur en est venu à exaspérer ses interlocuteurs.

C’est la première fois que des documents de la GRC indiquent qu’il y aurait matière à accuser MM. Wright et Duffy d’actes criminels. Les deux hommes font encore l’objet d’une enquête. Aucune des allégations contenues dans les courriels cités par la GRC n’a été prouvée en cour.
15 commentaires
  • Josette Allard - Inscrite 20 novembre 2013 12 h 44

    Harper patron de Wright

    Et le patron ne savait rien? Lui qui a demandé à son chef de cabinet de régler l'affaire Duffy n'aurait pas chercher à connaître par quel moyen on avait réglé le problème?
    Allez raconté çà à d'autres.

  • Josette Allard - Inscrite 20 novembre 2013 12 h 48

    Que savait son patron

    Stephen Harper était le patron de Wright et lui avait demandé de règler l'embarassant problème causé par Duffy. Et Harper n'aurait rien su de tout ceci? Mon œil.

  • Sol Wandelmaier - Inscrite 20 novembre 2013 12 h 57

    La question brûlante est....

    ...est-ce que monsieur Wright va parler???

    Il y a une suspicion très répandue que Harper était au courant de l'affaire et a donné le feu vert. Si Nigel Wright se trouve confronté à dix ans de prison, la question sur toutes les lèvres est la suivante: va-t-il garder le silence ou révéler l'implication de Harper?
    Harper a fait volte-face, au Parlement et a très mal traité Wright...

    Qui vivra verra!

  • Loraine King - Abonnée 20 novembre 2013 13 h 05

    Les limites de ses fonctions?

    Et qui établissait les limites de ses fonctions?

  • Sylvain Auclair - Abonné 20 novembre 2013 14 h 01

    Et l'arrestation?

    Depuis quand parle-t-on d'un crime avant d'arrêter la personne en question?

    • Vincent Bussière - Inscrit 21 novembre 2013 07 h 32

      souvent