Variation sur la peine de mort

Ouacila Djemai est née en Algérie il y a 35 ans. Elle a émigré à Montréal en 2011.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Ouacila Djemai est née en Algérie il y a 35 ans. Elle a émigré à Montréal en 2011.

Il y a plusieurs façons de condamner des gens à mourir. Il y a la manière américaine, très populaire au Texas, surtout lorsque l’accusé est noir. Il y a aussi la chinoise, plus diversifiée quant aux crimes punissables. Et il y a des manières indirectes.

 

Prenons le cas d’Ouacila Djemai. Elle est née en Algérie il y a 35 ans. Elle a émigré à Montréal en 2011. Pourquoi à Montréal ? Peut-être par hasard. Et pourquoi émigrer ? À cause « des problèmes de violence contre les femmes en Algérie », dit-elle.

 

Je n’ai pas besoin d’en savoir plus.

 

En arrivant au Canada, elle a fait une demande d’asile. Elle était en bonne santé. Elle a trouvé du travail. C’était trop beau : un an après son arrivée ici, un cancer du sein s’est manifesté. Une tumeur impossible à opérer. Guérissable ? Peut-être. Un premier traitement de chimiothérapie n’a pas empêché le cancer de progresser rapidement. Mais Mme Djemai a entrepris, le 10 octobre dernier, une nouvelle série de traitements, répétés toutes les trois semaines.

 

Va-t-elle donner des résultats ? On verra bien. C’est le sort qui attend beaucoup de cancéreux.

 

Expulsion

 

Mais il y a pire. Mme Djemai vient de recevoir de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR) un avis de renvoi. Sa demande d’asile a été refusée. On lui annonce qu’elle doit rentrer en Algérie le 22 novembre — dans deux jours.

 

Le traitement qu’elle suit ne peut pas être retardé, modifié ou interrompu. Cette petite femme frêle peut donc difficilement entreprendre un tel voyage. De toute façon, ses chances d’être soignée convenablement en Algérie seraient pratiquement nulles, par manque d’infrastructures et d’équipements, rapportent plusieurs médias locaux. « Si je rentre en Algérie, ce sera un suicide pour moi », dit Mme Djemai.

 

Mardi, Florence Bourdeau, présidente du Carrefour d’aide aux nouveaux arrivants, convoquait une conférence de presse sur les marches de la Cour d’appel fédérale.

 

Elle avait invité Maria Mourani, députée d’Ahuntsic (circonscription fédérale où a résidé Mme Djemai), qui a plaidé la cause de l’immigrée : « Le médecin d’Immigration Canada, généraliste à Ottawa, n’a jamais rencontré madame, n’a jamais parlé à l’oncologue de madame, n’a pas pris la peine de vérifier la situation en Algérie pour les cancéreux. »

 

 

Sursis médical

 

Que demande-t-elle au juste ? Pas l’annulation du renvoi. Seulement que « les ministres de l’Immigration et de la Sécurité publique du Canada sursoient à son renvoi jusqu’à ce que Mme Djemai puisse voyager sans danger et recevoir les traitements adéquats en Algérie ».

 

Autrement dit, on ne réclame pas l’annulation de sa peine de mort. Seulement un sursis. Le temps que son traitement soit terminé.

 

Au bureau du ministre de la Sécurité publique, on indique ne pas « être insensible à la situation ». « Mais nous avons reçu l’assurance de l’Agence des services frontaliers du Canada [CISR, chargée de l’expulsion] que des soins appropriés lui seront offerts dans son pays d’origine. »

 

Quant au CISR, on attend la décision de la cour (le dernier recours légal possible, à part une intervention du ministre) en soulignant que « les renvois impliquant des personnes ayant des difficultés de santé sont traités au cas par cas ».

 

Avec un peu de chance, on aura une décision ce mercredi. Avec un peu de chance, ce sera la bonne.

2 commentaires
  • Christian Fleitz - Inscrit 20 novembre 2013 09 h 12

    Il y a aussi....

    Condamner à mort massivement des populations entières relèvent de génocides malheureusement banalisés mais qui existent bien de nos jours. En tolérant des agissements éloignés de ce qui devrait être la solidarité humaine, issue de l'intelligence, de la justice et de la moralité, comme l'organisation du pillage, sans compensation évidemment, des ressources naturelles, pour le plus grand profit de quelques compagnies dont la préoccupation première est la meilleure rémunération de leurs actionnaires, les populations des pays ''investisseurs'' s'avèrent complices de ces hécatombes. De même, la tolérance du commerce de produits manufactures a bas prix et les achats de ces derniers contribuent au maintien d’un système d'exploitation d’humains dans certains pays qui subissent des salaires d’à peine survie, une absence de sécurité dans leurs tâches, une vacuité en protection sociale, et relèvent de la banalisation de l’exploitation dans laquelle les intérêts commerciaux rendent complices les populations des pays développés. Enfin, est-il utile de rappeler les atteintes assassines pour l’homme, actuel et de demain, des dégâts irresponsables mais tolérés à l’environnement. Certes, dans ces cas, il n y a pas d’annonces de mises a mort, exhibionnistes, comme dans certains états américains, ou, au contraire, discrètes comme dans certains états totalitaires, mais le résultat est bien le même. Quelle différence entre ces mises à mort, lentes ou violentes. Ne nous cachons plus notre responsabilité, voire notre culpabilité dans ces massacres trop tranquilles pour alerter nos consciences. Pourtant, nous avons le pouvoir, autant politique, par le choix de nos gouvernants, que par celui de nos consommations, de faire pression pour nous opposer à cette inacceptable et hypocrite situation. Ne nous cachons pas que nous pouvons poser des choix rationnels et solidaires, alors abandonnons notre désinvolture et soyons responsables.

  • Roland Berger - Inscrit 20 novembre 2013 09 h 55

    Il y a aussi...

    Il y a aussi les condamnations à mort des bénéficiaires de l'aide sociale auxquels le pouvoir ne cesse d'imposer des conditions de vie de plus en plus inhumaines au nom de l'économie. Des morts qui ne font pas la une, mais qui n'en sont pas moins réelles.